DES LOIS
quité; il faut qu'il y ait de vieilles désinences dans les mots qui les expriment, et quelque chose qui réponde aux untor et unto des Latins.
En Grèce, les sageb avaient égard, dans leurs lois, à la commodité des peuples dont ils évitaient de contrarier les habitudes et les mœurs. Ils les faisaient propres à plaire, et comme ils auraient fait des vers. Il faut bien, en effet, que les lois s'ajustent, jusques à un certain point, aux habitudes et aux mœurs, et qu'elles soient bonnes, comme disait Solon, pour le peuple qui les reçoit; mais il faut qu'elles soient meilleures que lui. On doit avoir égard, peut-être, à la grossièreté des esprits, mais non à leur dépravation; car il s'agit de redresser, et il y a dans les hommes une chose qui est éternellement flexible : ce sont leurs vices. Nos in rectum genitos natura juvat, si emendari volumus.
Le lois sont de simples écriteaux placés souvent dans des recoins où personne ne peut les lire. Si vous voulez que le public ne passe pas par un chemin, fermez-le par une barrière qui arrête, dès le premier pas, l'homme même le plus distrait. L'impossibilité éloigne mieux que la défense des choses qui sont interdites.
Nécessité qui vient des choses nous soumet ; nécessité qui vient des hommes nous révolte. Mettez donc dans des choses insensibles, impassibles et inflexibles, telles que la loi et la règle, les nécessités que vous avez besoin d'imposer aux autres ou à vous-mêmes.
On peut plaider des causes, mais il ne faut pas plaider les lois. Plaider publiquement les lois, c'est en mettre
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le germe à nu. La source en doit être sacrée, et par cette raison cachée ; et vous l'exposez au grand air, au grand jour ! Quelle horrible profanation ! Quand les lois naissent de la discussion, elles ne viennent plus d'en haut, ni du secret de la conscience : elles naissent justiciables de la chicane.
Depuis l'établissement des parlements, tout le monde, dans la plupart des causes, était jugé par les mêmes juges. Hors de l'administration de la justice, les juges n'étaient, à proprement parler, les supérieurs de personne. On était donc jugé par ses pairs, mais par des pairs plus savants que soi.
Passer des jurisconsultes aux pairs, c'est descendre et rétrograder.
Pour bien présider un corps d'hommes médiocres et mobiles, il faut être médiocre et mobile comme eux.
Un corps vaut mieux qu'une assemblée, parce qu'il est moins pressé d'agir, de constater son existence, et que, lorsqu'il s'égare et qu'il se trompe, il a le temps de se reconnaître et de s'amender.
Il faut placer dans le temple des sages, et non pas sur les bancs des opinants, ceux dont l'opinion est d'une grande autorité. On doit les employer à décider, mais non pas à délibérer. Leur voix doit faire loi et non pas faire nombre. Comme ils sont hors de pair, il faut les tenir hors des rangs.