DU CARACTÈRE DES NATIONS. J
français, un homme qui savait se montrer; il ne savait
pas autre chose.
Le mot de Louis XIV : « Il n'y a plus de Pyrénées, » manque de justesse. Ce n'est pas là ce qui a rendu l'Espagne et la France amies ; c'est plutôt la conquête de a Franche-Comté qui, n'ayant plus laissé, entre les deux nations, aucun sujet de discorde, a fait rentrer l'Espagne dans les limites naturelles où nous n'avions rien à lui envier. L'Espagne et la France sont donc et doivent rester unies, parce qu'il y a des Pyrénées.
L'orgueil est le caractère dominant du peuple espagnol. Jusque dans sa passion pour l'or, il y a plus d'orgueil que de cupidité. C'est l'éclat de ce métal , sa pureté, sa grandeur, et, pour ainsi dire, sa gloire, qui le lui rendent si cher. Il le regarde comme le roi des métaux, et se croit, comme la nation la plus noble de la terre, seul digne de le posséder. Aussi a-t-il été impitoyable envers les Indiens, pour leur arracher cette matière souveraine, qui lui semblait captive entre les mains d'un peuple nu.
Les Espagnols ont, dans leurs sentiments, l'enflure qu'on trouve dans leurs livres; enflure d'autant plus déplorable qu'elle couvre une force de caractère et une grandeur réelles. Ils se sont rendus odieux et criminels par un faste insensé, et souffrent encore aujourd'hui de l'horreur que nous inspirent les conquérants de l'Iode. Cet exemple doit enseigner aux autres peuples à prendre plus de soin de l'honneur de leur nom, et à le maintenir san* tache; car, malgré soi, on départ sur les individus, dans les rapports même de l'intimité, l'opinion qu'on
a conçue des mœurs et du caractère général de leur nation.
Donner à ses souverains de nouveaux empires, et trouver l'occasion de devenir et de se montrer savant, tel était le double but qu'ambi>:onnait Améric Yespuce, et qui l'honorait à ses yeux II trouvait beau de se gouverner, sur la mer et dans des pays inconnus, par les règles de l'astronomie, science alors peu répandue et peu avancée. Il avait de l'élévation dans l'esprit et delà hardiesse dans le caractère; mais aucun grand principe de morale ne le dirigea jamais. Dans 3es relations, il veut toujours paraître imbu des bonnes lettres ; mais il écrit plutôt en homme à qui sa mémoire rappelle de belles descriptions, qu'en voyageur à qui son imagination représente de beaux objets.
Anson voyagea avec faste, suivi pompeusement d'une nombreuse escorte. Byron se promena sur la mer en homme qui voulait la connaître, parce qu'il devait s'y battre; Carteret, en marin qui aime son métier; Wallis, en gentilhomme qui veut étudier les coutumes et les lieux ; M. de Bougainville, en militaire français qui prépare une relation piquante ; Cook, en navigateur qui veut acquérir un grand nom et laisser une longue mémoire chez les nations polies et chez les sauvages.
Frédéric IL Ce roi sans femmes ne sera jamais mon héros. Sa fameuse tactique a déjà démenti toute l'estime qu'on en faisait, lorsqu'elle a voulu, dans ces derniers temps, se mesurer avec notre impétuosité française. Ces Prussiens si vantés étaient toujours battus avant d'avoir achevé de se mettre en garde, en déroulant
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leurs longues évolutions. Si ses institutions militaires ont déjà peu réussi, que sera-ce de r.a morale, ou, pour mieux dire, de ses influences de toute espèce, qui ont porté dans les esprits prussiens tant d'indifférence pour tout ce qui est grave et sérieux, hors du travail et de la guerre? Il rendit son pays plus riche, plus belliqueux ; il ne le rendit pas meilleur.
La politesse dans les manières, et la barbarie dans les mœurs ; la faiblesse par l'ignorance, et la présomption par les succès ; l'imperfection par nature, et l'excellence par emprunt; des vices qui ont mille ans et seront éternels, parce qu'ils sont de race, d'habitude et de climat; des vertus qui n'ont qu'un jour et dureront peu, parce qu'elles sont de culture et non d'essence; un peuple enfin dont on a fait ce qu'il ne peut pas être, et qui est condamné à redevenir ce qu'il était : tels sont les Russes.
Il y a, dans les flatteries des Orientaux, plus d'admiration que de crainte.
xcn.
Les Chinois sont-ils dans un état aussi imparfait qu'on le prétend, et y a-t-il au monde un seul peuple où le pouvoir, le ministre et le sujet soient plus fortement et plus distinctement unis, séparés, établis? « Ils ont été souvent vaincus, » dit-on ; mais faut-il rendre les institutions d'une nation responsables deshasards et des événements de la guerre? Ils ont été souvent vaincus! Oui, leurs empereurs, mais jamais leurs mœurs. Et la durée n'est-elle pas un signe de l'excellence dans les lois, comme l'utilité et la clarté sont un caractère de vérité dans les systèmes? Or, quel peuple eut jamais
I l TITRE XVI.
des lois plus anciennes, qui aient moins varié, et qui aient été plu- imment honorées, aim