XL VII
La musique, dans les dangers, élè\e plus haut les pensées.
L'air périodique ne convient qu'à l'expression des sentiments où l'âme aime à circuler, pour ainsi dire, et dont elle ne peut se séparer qu'après un long détour. Toutes les émotions qu'on n'exprime que pour les exhaler, et se rendre soi-même plus calme, n'admettent l'air périodique qu'autant qu'il est court et brisé, comme l'air fameux : Che fard senza Euridice?
La musique des chants de deuil semble laisser mourir les sons.
Il n'est pas toujours nécessaire, dans la musique, d'exprimer un mouvement marqué ou une émotion distincte. Le chant lui-même peut être l'objet du chant. S'il peint une âme en harmonie, un talent qui s'élève et redescend par une belle échelle de sons, une existence qui, libre de soins et livrée à mille affections passagères et rapides, s' égayé et se joue entre la terre et le ciel, enfin une intelligence désoccupée, qui vole au hasard, comme l'abeille, s'arrête sur mille objets, sans se fixer sur aucun, caresse toules les fleurs et bourdonne soi) nlaisir, cette peinture en vaut une autre.
TlTllIS XXI.
Qu'est-ce donc que la poésie? je n'en sais rien eu ce moment; mais je soutiens qu'il se trouve, dans tous les mots employés par le vrai poëte, pour les yeux un certain phosphore, pour le goût un certain nectar, pour l'attention une ambroisie qui n'est point dans les autres mots.
Platon enseignait que toutes les choses créées ne sont que le produit d'un moule, qui est dansl'esprit de Dieu, et qu'il appelle idée. L'idée est à l'image ce que la cause est au produit. Or, prétendait ce philosophe, toutes choses n'étant qu'une copie de l'idée, l'image qu'une copie des choses, et les mots, à leur tour, qu'une expression de l'image , les poètes qui sont fiers de leur art ne font cependant, dans leurs poëmes, que des copies de la copie d'une copie, et, par conséquent, quelque chose d'infiniment imparfait, parce que cela est infiniment éloigné et différent du vrai modèle. Platon voulait condamner la poésie, et il lui faisait des reproches dignes d'elle et dignes de lui. Mais je veux la défendre, et, ei*
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entrant dans sa doctrine, je la tourne toute en faveur de cette poésie qu'il proscrivait, en lui donnant une couronne. Je dis, n'en déplaise à Platon : Tout est périssable et défectueux ici-bas, excepté les formes qui sont l'empreinte de l'idée. Or, que fait le poète? A l'aide de certains rayons, il purge et vide les formes de matière, et nous fait voir l'univers tel qu'il est dans la pensée de Dieu même. Il ne prend de toutes choses que ce qui leur vient du ciel. Sa peinture n'est pas la copie d'une copie, mais un plâtre de l'archétype, plâtre creux, si je puis dire, qu'on porte aisément avec soi, qui entre aisément dans la mémoire, et se place au fond de l'âme, pour en faire les délices dans les instants de son loisir.
Les accents inarticulés des passions ne sont pas plus naturels à l'homme que la poésie.
L'esprit n'a point de part à la véritable poésie; elle est un don du ciel qui l'a mise en nous; elle sort de l'âme seule; elle vient dans la rêverie; mais, quoi qu'on fasse, la réflexion ne la trouve jamais. L'esprit, cependant, la prépare, en offrant à l'âme les objets que la réflexion déterre, en quelque sorte. L'émotion et le savoir, voilà sa cause, et voilà sa matière. La matière sans cause ne sert à rien; la cause sans matière vaudrait mieux : une belle disposition qui demeure oisive se fait au moins sentir à celui qui l'a, et le rend heureux.
Le talent poétique naît dans les âmes vives de l'impuissance de raisonner.
La poésie n'est utile qu'aux plaisirs de notre âme
La nature bien ordonnée, contemplée par l'homme bien ordonné, est la base, le fondement, l'essence du beau poétique.
vm.
C'est surtout dans la spiritualité des idées que consiste la poésie.
Rien de ce qui ne transporte pas n'est poésie. La lyre est, en quelque manière, un instrument ailé.
Il faut que le poëte soit, non-seulement le Phidias et le Dédale de ses vers, mais aussi le Prométhée, et qu'avec la figure et le mouvement, il leur donne l'âme et la vie
La haute poésie est chaste et pieuse par essence, disons même, par position ; car sa place naturelle la tient élevée au-dessus de la terre, et la rend voisine du ciel. De là, comme les esprits immortels, elle voit les âmes, les pensées, et peu les corps.
Quiconque n'a jamais été pieux ne deviendra jamais poëte. L'exemple de Voltaire même ne dément pas cette assertion. 11 fut enfant, et ce qui prouve qu'il avait été dominé par les impressions religieuses, c'est qu'il passa sa vie à les rappeler, à les décrier et à les combattre.
Même quand le poëte parle d'objets qu'il veut rendre odieux, il faut que son style soit calme, que ses termes soient modérés, et qu'il épargne l'ennemi, conservant cette dignité qui vient de la paix d'une âme supérieure
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à toutes choses. Qu'il se souvienne de ce beau mot de Lucain :
Pacera sumina tenent
Voulez-vous connaître le mécanisme de la pensée, et
ses effets? lisez les poètes. Voulez-vous connaître la
morale, la politique? lisez les poètes. Ce qui vous plaît
chez eux, approfondissez-le : c'est le vrai. Ils doivent
être la grande étude du philosophe qui veut connaître
l'homme.
Les poètes sont enfants avec beaucoup de grandeur
d'àme et avec une céleste intelligence.
Le poète s'interroge; le philosophe se regarde.
Les poètes ont cent fois plus de bon sens que les philosophes. En cherchant le beau, ils rencontrent plus de vérités que les philosophes n'en trouvent en cherchant le vrai.
Les poètes qui, dans l'épique, représentent une communication, perpétuellement ouverte, de la terre au ciel, et entretenue par des êtres intermédiaires entre les hommes et les dieux, n'ont fait qu'imaginer et que peindre confusément le véritable état du monde, dans ce qu'il y a de plus digne d'être connu et de plus caché à nos veux.
Le vrai poète a des mots qui montrent sa pensée, pensées qui laissent voir son âme, et une âme où se peint distinctement. Il a un esprit plein d'im
DE LA POÉSIE. i67
très-claires, tandis que le nôtre n'est rempli que de signalements confus.
Les poètes sont plus inspirés par les images que par la présente même des objets.
Pour être bon et pour être poëte, il faut vêtir d'abord ce qu'on regarde, et ne rien voir tout nu. Il faut au moins mettre sa bienveillance et une certaine aménité entre tous les objets et soi.
Les autres écrivains placent leurs pensées devant notre attention ; les poètes gravent les leurs dans notre souvenir. Ils ont un langage souverainement ami de la mémoire, moins encore par son mécanisme que par sa spiritualité. Il sort des figures de leurs mots , et des images des choses qu'ils ont touchées.
Il ne faut pas seulement qu'il y ait dans un poëme de la poésie d'images, mais aussi de la poésie d'idées.
Il faut que les pensées des poètes soient légères, nettes, distinctes, achevées , et que leurs paroles ressemblent à leurs pensées.
Les beaux vers sont ceux qui s'exhalent comme des sons ou des parfums.
Tous les vers excellents sont comme des impromptus laits à loisir. On peut dire de ceux qui ne sont pas nés comme d'eux-mêmes, et sortis tout à coup des lianes
d'une paisible rêverie : Prolem sine matre creatam. Ils ont tous quelque chose d'imparfait et de non achevé.
Chaaue parole du poëte rend un son tellement clair, ekprésente un sens tellement net, que l'attention, qui s'y arrête avec charme, peut aussi s'en détacher avec facilité, pour passer aux paroles qui suivent, et où l'attend un autre plaisir, la surprise de voir tout à coup des mots vulgaires devenus beaux, des mots usés rendus à leur fraîcheur première, des mots obscurs couverts de clartés.
L'élocution, dans l'éloquence, roule ses flots comme les fleuves. Mais, dans la poésie, il y a plus d'art : des jets, des cascades, des nappes, des jeux de mots de toute espèce y sont ménagés avec soin, et en augmentent le charme par leur variété.
Le caractère de la poésie est une clarté suprême. Il faut que les vers soient de cristal ou diaphane ou coloré : diaphane, quand ils ne doivent nous donner que la vue de l'âme ou de sa substance ; coloré, quand ils ont à peindre les passions qui l'altèrent, ouïes nuances dont l'esprit de l'homme se teint.
Il y a des vers qui, par leur caractère, semblent appartenir au règne minéral : ils ont de la ductilité et de l'éclat ; d'autres, au règne végétal : ils ont de la sève; d'autres, enfin, au règne animal ou animé , et ils ont de la vie. Les plus beaux sont ceux qui ont de l'âme, ils appartiennent aux trois règnes, mais à la muse encore plus.
Les vers ne s'estiment ni au nombre ni au poids , mais au titre.
Les belles poésies épiques, dramatiques, lyriques, ne sont autre chose que les songes d'un sage éveillé.
xxxm.
Dans l'ode, il faut laisser au poëte, pour repos et pour délassement, le plaisir de parler de lui.
Le poëte ne doit point traverser au pas un intervalle qu'il peut franchir d'un saut.
Quelquefois l'âme, en partant d'un sentiment, franchit tout, pour en atteindre un autre dont elle éprouve le besoin. Les strophes de l'ode en offrent de fréquents exemples. Il n'y en a pas moins entre elles un indissoluble lien ; elles sont unies des nœuds de la nécessité nœuds éternels, célestes et ravissants.
Il est des vers qu'on croit rapides, et qui ne sont que remuants ; ils marquent plus le mouvement que le progrès; ils n'ont pas d'ailes, mais des pattes, des pieds, des articulations où l'on voit la secousse. Il faut que le vers sérieux avance à grands pas, et non en piétinant. Il doit donner à la rapidité, quand il veul la peindre, la marche des dieux d'Homère : « Il fait un pas, et il arrive. »
xxxvn.
Dans le langage ordinaire, les mots servent à rappeler les choses; mais quand le langage est vraiment poétique, les choses servent toujours à rappeler les mots
Dans le style poétique, chaque mot retentit comme le son d'une lyre bien montée, et laisse toujours après lui un grand nombre d'ondulations.
Une des causes principales de la corruption et de la dégradation de la poésie est que les vers n'aient plus été faits pour être chantés.
Le chant est le ton naturel de l'imagination. On raconte l'histoire, mais on chante les fables ; la raison parle , mais l'imagination fredonne. Si les maximes et les lois offrent une sorte de mesure, c'est que la mémoire aime les cadences, et que le souvenir se plaît aux symétries.
H faut que son sujet offre au génie du poëte une espèce de lieu fantastique qu il puisse étendre et resserrer à volonté. Un lieu trop réel , une population trop historique emprisonnent l'esprit et en gênent les mouvements.
Tout ouvrage de génie, épique ou didactique, est trop long, s'il ne peut être lu dans un jour.
On doit bannir avec soin du poëme épique tout appareil combiné trop fastueux, et s'y interdire également les attitudes et les décorations du théâtre.
Tout ouvrage étendu ne peut être bien composé que par une égale continuité de force, de mouvement et d'attention. Delà vient que îa nature elle-même veut que les poèmes épiques soient écrits avec la même
espèce de vers , et avec celui de tous qui demande, pour être bien fait , le plus de calme et de sagesse,
Il est nécessaire, pour le succès d'un poème épique, que la moitié des idées et de la fable soit dans la tête des lecteurs. Il faut que le poëte ait affaire à un public curieux d'apprendre ce que lui-même est désireux de raconter. C'est ainsi que l'auteur et les lecteurs ont à la fois la tête épique, conjonction ou conjoncture qui est réellement indispensable.
On ne peut trouver de poésie nulle part quand on n'en porte pas en soi.
La poésie construit avec peu de matière, avec des feuilles, avec des grains de sable, avec de l'air, avec des riens. Mais, qu'elle soit transparente ou solide, sombre ou lumineuse, sourde ou sonore, la matière poétique doit toujours être artistement travaillée. Le poëte peut donc construire avec de l'air ou des métaux , avec de la lumière ou des sons, avec du fer ou du marbre, avec de la brique même ou de l'argile : il fera toujours un bon ouvrage s'il sait être décorateur dans les détails et architecte dans l'ensemble.
Les mots s'illuminent quand le doigt du poëte y fait passer son phosphore.
Les mots des poètes conservent du sens, même lorsqu'ils sont détachés des autres, et plaisent isolés comme de beaux sons. On dirait des paroles lumineuses, de l'or, des perles, des diamants et des fleurs.
Il faut que les mots, pour être poétiques, soient chauds du souffle de l'âme, ou humides de son haleine
Comme ce nectaire de l'abeille qui change en miel la poussière des fleurs, ou comme cette liqueur qui convertit le plomb en or, le poëte a un souffle qui enfle les mots, les rend légers et les colore. Il sait en quoi consiste le charme des paroles, et par quel art on bAtit avec elles des édifices enchantés.
Lorsque les langues sont formées, la facilité même de s'exprimer nuit à l'esprit, parce qu'aucun obstacle ne l'arrête, ne le contient, ne le rend circonspect, et ne le force à choisir entre ses pensées. Dans les langues encore nouvelles , il est contraint de foire ce choix par le retardement que lui imprime la nécessité de fouiller dans sa mémoire, pour trouver les mots dont il a besoin. On ne peut écrire, en ce cas, qu'avec une grande attention.
L'homme aime à remuer ce qui est mobile, et à varier ce qui est variable ; aussi chaque siècle imprime aux langues quelque changement ; et le même esprit d'invention qui les créa les détériore en subsistant
toujours.
C'est toujours par Y au delà , et non par Yen deçà, que les langues se corrompent ; par Y au delà de leur son ordinaire, de leur naturelle énergie, de leur éclat habituel. C'est le luxe qui les corrompt, et le fracas qui accompagne leur décadence.
Les mots dont le son, la clarté et, pour ainsi dire, le volume sont amoindris, c'est-à-dire, qui n'expriment rien que d'adouci, sont dans le langage ce que les demi-tons sont dans la musique ; ils y forment uu genre achromatique. Ces mots prennent faveur lorsqu'une langue, ayant acquis toute son énergie, et en ayant abusé, son affaiblissement devient, quand il est élégant, une nouveauté qui frappe et qui plaît. Les esprits très-cultivés s'en contentent longtemps.
En littérature, il faut remonter aux sources dans chaque langue, parce qu'on oppose ainsi l'antiquité à la mode, et que d'ailleurs, en trouvant, dans sa propre langue, cette pointe d'étrangeté qui pique et réveille le goût, on la parle mieux et avec plus de plaisir. Quant aux inconvénients, ils sont nuls. Des défauts vieillis et abolis ont perdu tout leur maléfice : on n'a plus rien à redouter de leur contagion.
On n'aime pas à trouver dans un livre les mots qu'on ne pourrait pas se permettre de dire, et qui détournent l'attention , non par leur beauté , mais par leur singularité. Mais on les tolère, on les aime même dans les vieux auteurs, parce qu'ils sont là un fait de l'histoire littéraire ; ils montrent la naissance du langage, tandis que, dans les modernes, ils n'en montrent que la dépravation.
Remplir un mot ancien d'un sens nouveau, dont l'usage ou la vétusté l'avait vidé, pour ainsi dire, ce n'est pas innover, c'est rajeunir. On enrichit les langues en les fouillant. 11 faut les traiter comme les champs :
pour les rendre fécondes, quand elles ne sont plus nouvelles, il faut les remuer à de grandes profondeurs.
vin.
Toutes les langues roulent de l'or.
Rendre aux mots leur sens physique et primitif, c'est les fourbir, les nettoyer, leur restituer leur clarté première; c'est refondre cette monnaie, et la remettre plus misante dans la circulation ; c'est renouveler, par le type, des empreintes effacées.
Le nom d'une chose n'en montre que l'apparence. Les noms bien entendus, bien pénétrés, contiendraient toutes les sciences. La science des noms 1 nous n'en avons que l'art, et même nous en avons peu l'art, parce que nous n'en avons pas assez la science. Quand on entend parfaitement un mot, il devient comme transparent; on en voit la couleur, la forme; on sent son poids; on aperçoit sa dimension, et on sait le placer. Il faut souvent , pour en bien connaître le sens , la force, la propriété, avoir appris son histoire. La science des mots enseignerait tout l'art du style. Voilà pourquoi, quand une langue a eu plusieurs âges, comme la nôtre, les vieux livres sont bons à lire. Avec eux, on remonte à ses sources, et on la contemple dans son tours. Pour bien écrire le français, il faudrait entendre „e gaulois. Notre langue est comme la mine où l'or ne se trouve qu'à de certaines profondeurs.
Il est une foule de mots usuels qui n'ont qu'un demisens, et sont comme des demi-sons. Ils ne sont bons qu'à circuler dans le parlage, comme les liards dans le commerce. On ne doit pas les étaler, en les enchâssant
dans des phrases, quand on pérore ou qu'un écrit. Il faut bien se garder surtout de les faire entrer dans des vers; on commettrait la même faute que le compositeur qui admettrait, dans sa musique, des sons qui ne seraient pas des tons, ou des tons qui ne seraient pas des notes.
Il y a dans la langue française de petits mots dont presque personne ne sait rien faire.
Dans la langue française, les mots tirés du jeu, de la chasse, de la guerre et de l'écurie, ont été nobles.
Il est important de fixer la langue dans les sciences, surtout dans la métaphysique, et de conserver, autant qu'il se peut, les expressions dont se sont servis les grands hommes.
Quand les mots n'apprennent rien, c'est-à-dire lorsqu'ils ne sont pas plus propres que d'autres à exprimer une pensée, et qu'ils n'ont avec elle aucune union nécessaire, la mémoire ne peut se résoudre à les retenir, ou ne les retient qu'avec peine, parce qu'elle est obligée d'employer une sorte de violence pour lier ensemble des choses qui tendent à se séparer.
Avant d'employer un beau mot, faites-lui une place.
Toutes les belles paroles sont susceptibles de plus d'une signification. Quand un beau mot présente un sens plus beau que celui de l'auteur, il faut l'adopter.
Il faut que les mots se détachent bien du papier;
c'est-à-dire qu'ils s'attachent facilement à l'attention , à la mémoire ; qu'ils soient commodes à citer et à déplacer.
Les mots liquides et coulants sont les plus beaux et les meilleurs, si l'on considère le langage comme une musique ; mais si on le considère comme une peinture, il y a des mots rudes qui sont fort bons, car ils font trait.
Les hommes qui n'ont que des pensées communes et de plates cervelles ne doivent employer que les mots les premiers venus. Les expressions brillantes sont le naturel de ceux qui ont la mémoire ornée, le cœur ému, l'esprit éclairé et l'œil perçant.
Un seul beau son est plus beau qu'un long parler.
Les plus beaux sons, les plus beaux mots sont absolus, et ont entre eux des intervalles naturels qu'il faut observer en les prononçant. Quand on les presse et qu'on les joint, on les rend semblables à ces globules diaphanes qui s'aplatissent aussitôt qu'il se touchent, perdent leur transparence en se collant les uns aux autres, et ne forment plus qu'un corps pâteux quand ils sont ainsi réduits en masse.