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Ce ne serait peut-être pas un conseil peu important à donner aux écrivains que celui-ci : n'écrivez jamais rien qui ne vous fasse un grand plaisir; l'émotion se propage aisément de l'écrivain au lecteur.
Dans les travaux littéraires, la fatigue avertit l'homme de l'impuissance du moment.
Les jeunes écrivains donnent à leur esprit beaucoup d'exercice et peu d'aliments.
La conscience des auteurs tombés ou malades calomnie leur talent; ils sentent alors leur faiblesse, mais ils ne sentent plus leur force.
Rendre agréable ce qui ne l'avait pas encore été est une espèce de création.
Les lieux communs ont un intérêt éternel. C'est l'étoffe uniforme que, toujours et partout, l'esprit humain a besoin de mettre en œuvre quand il veut plaire. Les circonstances y jettent leur variété. Il n'y a pas de musique plus agréable que les variations des airs connus.
Le mot de Léandre : « Ne me noyez qu'à mon retour, » est, au fond, le même que celui d'Ajax : c Faisnous périr à la clarté du jour. » Mais, par les circonstances, le mot d'Ajax est héroïque, et celui de Léandre n'est que galant. Les circonstances forment une espèce de lieu qui moule sur soi et rapetisse ou agrandit ce qui se passe ou ce qui se dit au milieu d'elles.
Il faut que l'ouvrier ait la main hors de son ouvrage, c'est-à-dire qu'il n'ait pas besoin de l'appuyer par ses explications, ses notes, ses préfaces, et que ia pensée soit subsistante hors de l'esprit, c'est-à-dire hors des systèmes ou des intentions de l'auteur.
vouloir se passer de ce qui est nécessaire, ou era-
DE^ QUALITÉS DE l'kCRIVAIN. 313
ployer ce qui est inutile : sources de maux dans la composition.
Il est bon d'écrire ses vues, ses aperçus , ses idées, mais non pas ses jugements. L'homme qui écrit toujours ses jugements place partout devant ses yeux des Calpe et des Abila. Il en fait des nec plus ultra, et ne va pas plus loin.
Il ne faut jamais pousser hors de soi toute sa pensée, excepté celle dont il est bon de se débarrasser. Exhalez la colère tout entière, mais non pas l'amitié; l'injure, et non pas la louange. N'éteignez pas l'esprit ; ne le videz pas non plus. Retenez toujours une portion de ce qu'il a produit, et laissez un peu de son miel à cette abeille, afin qu'elle s'en nourrisse.
Celui qui fait tout ce qu'il peut s'expose au danger de montrer ses bornes. Il ne faut porter à ces extrémités ni son talent, ni sa force, ni sa dépense;
Il faut éviter, dans toutes les opérations littéraires, ce qui sépare l'esprit de l'âme. L'habitude du raisonnement abstrait a ce terrible inconvénient.
Pour produire une pensée, il ne faut que de la chaleur et du mouvement, je veux dire une conviction et un jugement. Mais une idée est le résultat, l'esprit, la pure essence d'une infinité de pensées. Pour la mettre au jour, il faut une notion exacte et claire, et des paroles transparentes. Or, on ne saurait y parvenir sans laisser longtemps fumer sa tête, afin que l'esprit soit plus net; sans donner à son premier aperçu le temps
is
31 4 TJTHE XXIII.
de quitter sa lie, enfin sans polir ses mots, comme les verres se polissent.
Les beaux sentiments et les belles idées que nous voulons étaler avec succès dans nos écrits doivent nous être très-familiers, afin qu'on sente dans leur expression la facilité et le charme de l'habitude.
Il y a pour le connaisseur des pensées remarquables partout, même dans la conversation des sots et dans les écrits les plus médiocres. Ces pensées sont en circulation comme les pièces d'or dont tout le monde fait usage et dont presque personne ne remarque l'éclat, la valeur intrinsèque et la beauté. On peut cependant en faire des joyaux; mais l'art est de savoir les mettre en œuvre.
Les pensées qui nous viennent valent mieux que celles que nous trouvons. Elles naissent sous nos pas, pendant le chemin de la vie, comme ces sources qu'en pressant la terre le pied fait jaillir sans qu'on y songe.
On devrait ne croire ce qu'on sent qu'après un long repos de l'âme, et s'exprimer, non pas comme on sent, mais comme on se souvient.
Ce n'est pas tant la ressemblance que l'essence de nos pensées, leur suc, leur extrait, leur vertu, qui doivent entrer dans nos discours.
LXXVU.
H ne faut décrire les objets que pour décrire les sentiments qu'ils nous font éprouver, car la parole doit à la fois représenter la chose et l'auteur, le sujet et la
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pensée. Tout ce que nous disons doit être teint de nous, de notre âme. Cette opération est longue, mais elle immortalise tout.
Il faut qu'un ouvrage de l'art ait l'air, non pas d'une réalité, mais d'une idée. Nos idées, en effet', sont toujours et plus nobles, et plus belles, et plus propres à toucher l'âme, que les objets qu'elles représentent, quand, d'ailleurs, elles les représentent bien.
Loin d'employer la réalité, c'est toujours avec des clartés qu'on doit représenter les ombres, et avec des beautés qu'il faut figurer les défauts.
L'esprit conçoit avec douleur; mais il enfante avec délices.
Trois choses sont nécessaires pour faire un bon livre: le talent, l'art et le métier, c'est-à-dire la nature, l'industrie et l'habitude.
Un ouvrage gai peut être l'œuvre de plusieurs, et non un ouvrage grave, parce que la gravité a besoin d'uniformité et d'harmonie, tandis que la gaieté se compose de saillies et de discordances.
On doit, en écrivant, songer que les lettrés sont là: mais ce n'est pas à eux qu'il faut parler.
Dans la pure région de l'art, il faut éclairer son snjet avec un rayon de lumière unique et partant d'un seul point.
Par la nature de notre goût, par les qualités nécessaires à un sujet vrai ou feint, pour plaire à l'imagination et pour intéresser le cœur, enfin, par la condition donnée et l'immutabilité de la nature humaine, il est peu de sujets épiques, peu de tragiques, peu de comiques, et, par nos combinaisons pour en créer de nouveaux, nous tentons souvent l'impossible.
L'utilité ou l'inutilité essentielle de nos pensées est le seul principe constant de leur gloire ou de leur oubli.
Il ne faut qu'un sujet à un livre ordinaire ; mais, pour un bel ouvrage, il faut un germe qui se développe de lui-même dans l'esprit comme une plante. Il n'y a de beaux ouvrages que ceux qui ont été longtemps, sinon travaillés, du moins rêvés.
Pour faire un grand ouvrage, il faut avoir eu plus d'une idée gigantesque; l'excès réduit à la juste mesure donne la grandeur dans ses proportions.
L'ordre littéraire et poétique tient à la succession naturelle et libre des mouvements. Le beau désordre dont parle Boileau est un désordre apparent et un ordre réel. L'esprit est conduit au but, après l'avoir désiré, et y parvient par un labyrinthe délicieux.
Il y a, dans le lucidus ordo d'Horace, quelque chose de sidéral. Notre sèche méthode est plutôt un ordo ligncvs vel ferreus; tout s'y tient par des crampons, ou s'y enchâsse par des mortaises.
DES QUALITÉS DE l' ÉCRIVAIN. 317
Je ne vois dans la plupart des livres que leur matière amoncelée, une distribution grossière et presque de hasard, aucun jeu d'architecture, et quelques constructions seulement qu'il a fallu au maçon pour distinguer
ses matériaux.
xcn.
Les meilleures pensées de certains écrivains ne me paraissent pas avoir occupé plus de place dans leur esprit qu'elles n'en occupent sur leur papier. Je ne vois dans leurs idées que des points lumineux au centre et de l'obscurité autour. Il n'y a rien ià de retentissant, rien qui se meuve librement dans un espace plus grand que soi.
Il faut se faire de l'espace pour déployer ses ailes. Si l'incohérence est monstrueuse, une cohésion trop stricte détruit toute majesté dans les beaux ouvrages. Je voudrais que les pensées se succédassent, dans un livre, comme les astres dans le ciel, avec ordre, avec harmonie, mais à l'aise et à intervalles, sans se toucher, sans se confondre, et non pourtant sans se suivre, s'accorder et s'assortir. Je voudrais, enfin, qu'elles roulassent, sans se tenir, en sorte qu'elles pussent subsister indépendantes, comme des perles défilées.
Une pensée n'est parfaite que lorsqu'elle est disponible, c'est-à-dire lorsqu'on peut la détacher et la placer à volonté.
Ce sont les pensées seules et prises isolément qui caractérisent un écrivain. On a raison de les nommer des traits et de les citer; elles montrent la tète et le
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visage, pour ainsi dire; le reste ne fait voir que les mains.
Rien ne se groupe, ne se drape et ne se dessine dans l'esprit de certains écrivains. Leurs livres offrent une surface plane, sur laquelle roulent des mots.
xcvn.
Faire d'avance un plan exact et détaillé, c'est ôter à son esprit tous les plaisirs de la rencontre et de la nouveauté dans l'exécution; c'est se rendre cette exécution insipide, et par conséquent impossible, dans les ouvrages qui dépendent de l' enthousiasme et de l'imagination. Il n'en est pas de même dans les œuvres dont l'achèvement dépend de l'œil ou de la main. Les formes et les couleurs qui naissent à chaque instant, sous le ciseau du sculpteur ou le pinceau du peintre , leur offrent une foule de ces rencontres indispensables au génie pour lui faire trouver du plaisir dans le travail. Mais il ne faut à l'orateur, au poëte, au philosophe qu'un plan entrevu et non pas arrêté; il leur suffit de connaître par avance le commencement, le milieu et la fin de leur ouvrage, de choisir leur diapason, leur repos
et leur but.
xcvm.
L'ouverture, l'exorde, le prélude, servent à l'orateur, au poëte, au musicien, à disposer leur propre esprit, et aux auditeurs à préparer leur attention. Il doit y régner je ne sais quelle lenteur, participant du silence qui précède et du bruit qui va suivre. L'artiste y doit faire montre de ses ressources, afin de donner des gages de sa capacité, mais avec la modestie et la réserve d'un homme dont les sens s'éveillent, pour ainsi dire, et i'enlreut enjeu que l'un après l'autre. Ce a' es* que
lorsque l'esprit a pris son vol, et l'attention sa stab.lité, que l'opération commence et que le sujet se déploie.
Les épisodes rendent, par l'entrelacement, la trame plus solide et la fable plus vraisemblable. La seconde fable, en se mêlant à la première, accoutume l'esprit à y trouver plus de réalité, et semble, par une plus longue durée, lui donner plus d'existence.
Il y a des citations dont il faut faire usage pour donner au discours plus de force, pour y ajouter des tons plus trancbants, en un mot, pour en fortifier les pleins. Il en est d'autres qui sont bonnes pour y jeter de l'étendue, de l'espace, et, pour ainsi dire, du ciel, par des teintes plus délayées. Telles sont celles de Platon.
En composant, on ne sait bien ce qu'on voulait dire que lorsqu'on l'a dit. Le mot, en etfet, est ce qui achève l'idée et lui donne l'existence. C'est par lui qu'elle vient au jour, in lucem prodit.
en.
Il faut que la fin d'un ouvrage fasse toujours souvenir
du commencement.
cm.
Que le dernier mot soit le dernier; c'est comme une dernière main qui met la nuance à la couleur : on n'y peut rien ajouter. Mais aussi que de précautions à prendre pour ne pas dire le dernier mot le premier!
<iv.
Ce qui fait qu'on cherche longtemps quand on compose ou qu'on crée, c'est qu'on ne cherche pas où il faut, et qu'on cherche où il ne faut pas. Heureusement, en s'égarant ainsi, on fait plus d'une découverte; on a
des rencontres heureuses, et l'on est souvent dédommagé de ce qu'on cherche sans le trouver par ce qu'on trouve sans le chercher.
De même que nous avons dans les mains des lignes qui sont des puissances, comme le levier, de même il y en a dans la rhétorique, dans la poétique, et jusque dans les opérations de l'esprit seul avec lui-même. Souvent, après s'être donné une idée inutile, il se la souffre et la manie, pour en faire venir une autre. C'est ainsi que, dans les écrits et dans les arts, certaines phrases et certaines couleurs ne sont là que pour en faire mieux apercevoir d'autres. Seules, elles ne seraient rien; mais elles deviennent puissances par leur effet, et cet effet n'est pas dû à leur nature ou à leur valeur propre, mais à la place qu'elles occupent, à l'application qu'on en fait. Leur voisinage en fait le prix, leur isolement le
néant.
evi .
Il vient dans la tête beaucoup de phrases inutiles, mais l'esprit en broie ses couleurs.
cvn.
Il faut dire ce qu'on pense, pour être content de soi et de ce qu'on dit; mais pour être éloquent, fécond, varié, abondant, pour être orateur, en un mot, il est peut-être nécessaire de n'avoir à dire que ce qu'on pense à demi, vaguement, depuis peu, à l'instant même. La chaleur des pensées, en effet, vient de leur nouveauté, et leur surabondance, des indécisions mêmes de l'esprit. Le sage, c'est-à-dire celui qui ne met au grand jour que ce qu'il a mûri, le sage peut être éloquent comme un oracle; mais il ne sera jamais disert comme Cicéron. Pour faire aisément de beaux discours, il faut opérer
sur soi-même comme on veut opérer sur son auditeur. c est-à-dire se persuader, à proportion qu'on parle, dt la vérité de ce qu'on dit.
cvm.
Il y a deux sortes d'éloquence : l'une tend à communiquer nos enthousiasmes, et l'autre nos passions. Dans la première, tout vise au repos et à la lumière; tout dans la seconde, au contraire, tend à l'ardeur et au mouvement.
Toute éloquence doit venir d'émotion, et toute émotion donne naturellement de l'éloquence.
ex.
L'orateur est occupé de sou sujet, et le déclamateur de son rôle; l'un agit, l'aube feint; le premier est une personne exposant dp. grandes idées, et le second un personnage débitant de grands mots.
On ne persuade aux hommes que ce qu'ils veulent.
Il ne s'agit donc, pour les dissuader, que de leur faire
croire que ce qu'ils veulent, en effet, n'est pas ce qu'ils
pensent vouloir.
cxn.
Beaucoup de choses sont des motifs, et ne sont pas des raisons; je veux dire que beaucoup de choses déterminent la volonté, et lui impriment son mouvement, qui ne déterminent pas /'intelligence et n'y portent point de clarté. L'orateur doit employer et les motifs et Jes raisons, car il tend plus à déterminer qu'à instruire mais le but où il se propose d'arriver et d'amener les autres doit être le plus sage et le plus juste, aux yeux de sa propre raison et de sa propre intelligence. Il faut
que son mobile unique soit l'équité, ou la légitimité de sa cause préalablement démontrée à sa conscience.
CXTII.
Il y a un grand charme à voir des faits à travers des mots, parce qu'on les voit alors à travers une pensée.
Tout n'est pas grave et important dans l'histoire des peuples, et souvent on y rencontre avec plaisir des minuties qu'on se plaît à y regarder, et qui n'y sont point inutiles, soit parce qu'elles détendent et amusent l'attention, soit parce qu'elles entrent facilement dans l'esprit, et, s'attachant à la mémoire, y fixent les faits principaux, dont elles sont des dépendances. Quelques détails, après les masses, introduisent la variété. Les petits faits sont des traits excellents pour le signalement. Ils doivent leur existence aux mœurs du temps, à l'humeur d'un personnage, à ses goûts, à ses habitudes, à ses manies. C'est un fonds qui les a produits, un terrain où on les a vus. Les grands événements naissent des choses et de l'enchaînement des causes; mais les petits naissent de l'homme, productions spontanées dont la semence est dans le sol, et qui en décèlent la qualité.
La couleur qu'on nomme historique est d'autant meilleure qu'elle sert en quelque sorte de vêtement. Employez-la donc dans les figures nues; mais, dans les figures vêtues, peignez soigneusement la chair. Il faut que la nudité porte toujours son voile avec elle, et que jamais le vêtement ne cache toute la nudité. Il faut, enfin, dans les œuvres de l'art, que le feint et la vrai jouent perpétuellement ensemble.
DES QUALITÉS DE l'ÊCRIVALN. 323
Les récits coupés et rapides, en entraînant le lecteur, le cahotent.
ex vu.
La description d'une bataille devrait être une leçon de morale. Il faudrait n'en parler avec quelques détails que pour montrer l'empire que le sang-froid, les précautions, la prévoyance, ont sur la fortune, ou l'empire que la fortune a quelquefois sur tout le reste, afin que les audacieux soient prudents, et que les heureux soient modestes. Mais, au lieu de leçons de morale, on ne trouve guère, dans l'histoire, que des leçons de politique et d'art militaire.
ex vin.
Il ne faut mêler aux récits historiques que des réflexions telles que l'intelligence d'un lecteur judicieux ne suffirait pas pour les lui suggérer.
exix.
L'histoire a besoin de lointain, comme la perspective. Les faits et les événements trop attestés ont, en quelque sorte, cessé d'être malléables.
Il faut que l'auteur comique et le tragique se maintiennent méditatifs, celui-ci pour être égal à son ouvrage, et celui-là pour être supérieur au sien.
ex XI.
Le comique naît du sérieux du personnage; le pathétique, de la patience ou du repos de celui qui souffre. 11 n'y a donc point de comique sans gravité, ni de pathétique sans modération. Celui qui fait rire doit oublier qu'il est risible, et celui qui pleure, ignorer ou retenir ses larmes.
32i TITRE XXIII.
Le plaisir propre de la comédie est dans le rire, et celui de la tragédie dans les larmes. Mais il faut, pour l'honneur du poëte, que le rire qu'il excite soit agréable, et que les larmes soient belles. Il faut, en d'autres termes, que la tragédie et la comédie nous fassept rire et pleurer décemment. Ce quiforcele rire et ce qui arrache les larmes n'est pas louable.
Le vrai comique excite, non pas seulement de la gaieté, mais de la joie. C'est qu'il y a, dans le vrai comique, beaucoup de lumière et d'espace; les caractères y sont montrés dans un jour vrai et tout entiers; l'attention en fait le tour.
La comédie ne corrige que les travers et les manières, et souvent elle les corrige aux dépens des mœurs.
La comédie doit s'abstenir de montrer ce qui est
odieux.
Les théâtres doivent divertir noblement, mais ils ne doivent que divertir. Vouloir en faire une école de morale, c'est corrompre à la fois la morale et l'art. Une morale héroïque et poétique peut y avoir son utilité sans doute; mais la morale usuelle, quand on l'enseigne sur ces tréteaux, en contracte je ne sais quoi de comique ou de tragique, qui n'en fait plus qu'un verbiage de comédien.
cxxvn.
Pour être dramatiquement beau, l'homme flétri par le malheur doit l'être par un long malheur : tel Œdipe. Il faut qu'on découvre dans ses traits la destinée qui
l'attend, comme on prévoit le sacrifice jusque dans l'arrangement des fleurs dont la victime est couronnée. Niobé doit conserver la trace, et, pour ainsi dire, la beauté de sa prospérité passée.
cxxvin.
Avec la fièvre des sens, le délire du cœur et la faiblesse de l'esprit; avec les orages du temps et les grands fléaux de la vie, la faim, la soif, le déshonneur, les maladies et la mort, on fera tant qu'on voudra des romans qui feront pleurer; mais l'âme dit : « Vous me faites « mal. »