‹ Pensées de J. JoubertChapitre 76 sur 94 · CXL1I · texte numérisé non relu

CXL1I

La critique sans bonté trouble le goût et empoisonne les saveurs.

La critique est un exercice méthodique du discernement.

La connaissance des esprits est le charme de la critique; le maintien des bonnes règles n'en est que le métier et la dernière utilité.

Les critiques de profession ne sauraient distinguer et apprécier ni les diamants bruts , ni l'or en barre. Ils sont marchands, et ne connaissent, en littérature, que les monnaies qui ont cours. Leur critique a des balances, un trébuchet; mais elle n'a ni creuset, ni pierre de touche.

Certains critiques ressemblent assez à ces gens qui, toutes les lois qu'ils veulent rire, montrent de vilaines dents.

CXLYII.

Le goût est la conscience littéraire de l'âme.

Le goût sert plus souvent de mesure au plaisir que de discernement de ce qui est bien.

Que de gens , en littérature , ont l'oreille juste , et chantent faux ! ^

Le bon jugement en littérature est une faculté trèslente, et qui n'atteint que fort tard le dernier point de son accroissement.

L'homme raisonnable veut la solidité, l'homme d'esprit l'apparence, l'homme de goût la saveur. La matière suffit à l'un, la forme à l'autre; il faut au dernier les délices et la salubrité.

En littérature, ce sont les premières saveurs qui forment ou déforment le goût.

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