LXXX1X
Ferme les yeux, et tu verras.
Pour arriver aux régions de la lumière, il faut passer par les nuages. Les uns s'arrêtent là ; d'autres savent passer outre.
Il faut craindre de se tromper en poésie, quand on ne pense pas comme les poètes, et en religion, quand on ne pense pas comme les saints.
xcn.
Soyons hommes avec les hommes, et toujours enfants devant Dieu ; car nous ne sommes, en effet, que des enfants à ses yeux. La vieillesse même, devant l'éternité, u'estque le premier instant d'un matin.
Avec Dieu il ne faut être ni savant ni philosophe, mais enfant, esclave, écolier, et tout au plus poète.
Il faut être religieux avec naïveté, abandon et bonhomie, et non pas avec dignité et bon ton, gravement et mathématiquement.
La dévotion embellit l'âme, surtout l'âme des jeunes
gens.
Ceux qui n'ont pas été dévots n'ont jamais eu l'âme
assez tendre.
xcvn.
Quand l'humilité n'accompagne pas la dévotion, celle-ci devient inévitablement orgueil.
L'humilité est aussi convenable à l'homme devant Dieu que la modestie à l'enfant devant les hommes.
Y aurait-il quelque chose de supérieur à la foi.... une vue, une vision? Je ne sais quel rayon éclairerait-il mieux certains hommes que certains autres? et, pendant le jour delà vie, Dieu se manifesterait-il à quelquesuns hors de la nuée? Mais quand cela pourrait être, qui oserait se flatter de l'avoir obtenu?
Dieu éclaira ceux qui pensent souvent à lui, et qui
lèvent les yeux vers lui. <
L'idée de Dieu est une lumière, une lumière qui guide, qui réjouit; la prière en est l'aliment.
Les meilleures prières sont celles qui n'ont rien de distinct, et qui participent ainsi de la simple adoration. Dieu n'écoute que les pensées et les sentiments. Les paroles intérieures sont les seules qu'il entende.
cm.
Le prie-Dieu est un meuble indispensable au bon
ordre; où il n'est pas, il n'y a point de pénates, point
de respect.
Faites à Dieu cette prière : Etre sans fin et sans commencement, vous êtes ce que l'homme peut concevoir de meilleur. Comme un rayon de la lumière est renfermé dans tout ce qui brille, un rayon de votre bonté reluit dans tout ce qui est vertu. Tout ce que nous pouvons aimer, et tout ce qui est aimable montre une part de votre essence, une apparence de vousmême. Toutes les beautés de la terre ne sont qu'une ombre projetée de celles qui sont dans le ciel. Rendeznous semblables à vous, autant que notre nature grossière permettra cette ressemblance, afin que nous soyons participants de votre bonheur autant que le permet cette vie.
Parler à Dieu de ses souhaits, de ses affaires, cela est-il permis? On peut dire que ceux qui s'en abstiennent par respect, et ceux qui le pratiquent par confiance et simplicité, font bien.
Il faut demander la vertu à tout prix et avec instance, et la prospérité timidement et avec résignation. Demander, c'est recevoir, quand on demande les vrais biens.
Ce qui rend le culte utile, c'est sa publicité, sa manifestation extérieure, son bruit, sa pompe, son fracas e son observance universellement et visiblement insinuée dans tous les détails de la vie publique et de la vie intérieure ; o est là seulement ce qui fait les fêtes, les temps et les véritables variétés de l'année. Aussi fautil dire hardiment que les chants, les cloches, l'encens, le maigre, l'abstinence, etc., étaient des institutions profondément sages, et des choses utiles, importantes, nécessaires, indispensables.
Il n'y a de véritables fêtes que les fêtes religieuses. Le pauvre offre à Dieu, dans ces saints jours, le sacrifice de son salaire, par son repos.
Les évolutions religieuses, comme les processions, les génuflexions, les inclinations du corps et de la tête, la marche et les stations, ne sont ni de peu d'effet, ni de peu d'importance. Elles assouplissent le cœur à la piété, et courbent l'esprit vers la foi.
1 ex.
La religion est un feu que l'exemple entretient, et qui s'éteint, s'il n'est communiqué.
Pour être pieux, il faut qu'on se fasse petit. Les attitudes qui, en nous faisant ployer nos membres, en amoindrissent le volume ou en inclinent la hauteur, sont favorables à la piété. Aussi dit-on que la piété nou porte à nous anéantir devant Dieu.
ex II.
Les cérémonies du catholicisme plient à la politesse.