‹ Pensées de J. Joubert, précédées de sa correspondance, d'une notice sur sa vie, son caractère et ses travauxChapitre 47 sur 123 · LXII LA VIE ET LES TRAVAUX · texte numérisé non relu

LXII LA VIE ET LES TRAVAUX

le moins besoin d'indulgence, personne n'avait plus que lui le droit de dire : « Quand on aime, c'est le « cœur qui juge; )) ou de répéter ce mot singulier et charmant : « Quand mes amis sont borgnes, je les « regarde de profil. » Comme il lui fallait des tendresses entières, des admirations que rien ne vînt amoindrir ou contrarier, il prêtait volontiers aux personnes qu'il aimait tout ce qui manquait à leur perfection. Soit par l'effet de la bienveillance qui lui était naturelle, soit, ainsi qu'il le disait encore, qu'il lui semblât nécessaire de savoir bravement « s'aveugler « pour le bonheur de la vie, y> son imagination complaisante effaçait les aspérités de leur caractère , comblait les petites lacunes de leurs bonnes quahtés, et, une fois éprise par un point, se laissait éprendre par tous, ainsi qu'un aimant flexible qui suivrait, en s'y attachant, les sinuosités d'une surface inégale. Il y avait d'ailleurs en son âme des trésors de sentiment, une surabondance d'idées dans son esprit, qui lui permettaient d'en céder à mains pleines à ses amis : il se plaisait à les enrichir de son supei'flu.

Aussi , dès son retour à Paris , devint-il tout naturellement le centre de la société qui, naguère réunie près de madame de Beaumont, s'était, depuis sa mort, un moment dispersée. Son salon remplaça celui de la rue Neuve-du-Luxembourg. Bientôt même les soirées semblèrent trop courtes à ses amis; et, comme il res-

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