Pour bien aimer, il faut être pur. (36, p
451. — Lorsque Dieu n'est pas l'ami commun que chacun aime le plus , celui que chacun de deux amis aime le plus , c'est soi-même. (20, p. 419.)
452. — La bienfaisance est une qualité, la charité est une vertu. La bienfaisance donne, la charité aime; la bienfaisance agit volontiers par ambassadeurs , la charité est tendre, ingénieuse, infatigable ; l'aspect de la misère ne la décourage pas et l'excite au contraire ; elle ne veut pas seulement aider les pauvres, elle veut les servir; elle les voit de ses yeux, les aime de son cœur, les sert de ses mains. (39, p. 265.)
453. — Le baume divin de la charité , Dieu ne le forme que dans les âmes qu'il s'est choisies. La bonté ne suffît pas pour le produire , l'amitié elle - même n'en est pas toujours enrichie : il faut la foi , la prière , la souffrance, plus encore l'amour de la souffrance. (10, p. 200.)
454. — Pour le travail rude de la charité , il ne suffit pas d'avoir des sentiments philanthropiques. Le dévouement demande une base plus solide : il faut l'appuyer sur le crucifix. Il faut que ni les yeux, ni l'âme, ni la pensée ne s'écartent de ce corps flagellé, de ce front couronné d'épines, de ces pieds, de ces mains, de ce sein d'où s'écoule sans cesse le sang qui a racheté le monde, de ce cœur adorable plus déchiré par nos ingratitudes que par le fer des bourreaux. 11 faut venir là, se tenir là dans les fatigues , dans les dégoûts, dans les abattements, regarder, adorer, imiter, se dire: « Il l'a fait pour moi, je le ferai pour lui. » Grand Dieu ! Si l'on ne vous aimait, qui donc nous ferait aimer les hommes? ( 7, p. 453.)
Nos Petites - Sœurs des pauvres n'ont - elles pas résolu le problème d'assister le pauvre sans dégoût de la part de celui qui en prend soin , sans humiliation pour l'assisté , sans dépense pour l'État , sans rien imposer
au public que le plaisir de donner? Quelle est donc cette science qui fait de tels prodiges? Eh! mon Dieu, c'est tout simplement la science de Jésus-Christ. Organisez maintenant cette œuvre sur les bases de la science moderne préconisée par les socialistes, tant ceux qui savent l'être que ceux qui croient ne l'être point; supprimez le crucifix, et mettez à sa place le sentimentalisme , la philanthropie , l'attraction , l'État , tout ce que vous rêvez , et vous rêvez tout , pourvu que ce ne soit pas le divin fondateur de la charité ; aussitôt il faut demander à l'impôt de faire chichement et de mauvaise grâce ce que la libre charité fait amplement aujourd'hui; au lieu d'assister les pauvres, vous engraissez d'avides employés ; au lieu d'avoir des sœurs qui servent les vieillards comme s'ils étaient leurs pères , que dis -je? comme s'ils étaient Dieu même, vous avez des mercenaires qui détestent le pauvre et qui en sont haïs. (7, p. 455.)
455. — Nous avons des sectaires qui prennent la défense des pauvres ; ils n'ont d'autre vue que de se faire une armée pour en être les généraux. Les meilleurs d'entre eux sont tout au plus des philanthropes et des utopistes. Les uns ne savent pas ce que c'est que la pauvreté, les autres méprisent les pauvres. On ne les rencontre point dans les hôpitaux , à moins qu'ils n'y touchent des appointements après en avoir chassé les rehgieuses pour se faire une plus large part. On ne les voit point chez les indigents. Leur apostolat s'exerce à la tribune des clubs et à la table des cabarets politiques; la pauvreté qu'ils ont sous les yeux trinque avec eux , la colère à la bouche, l'arme au poing; elle est née du vice. (18, p. 359.)
456. — ( Un socialiste à un républicain. ) Si le pauvre a conservé quelques serviteurs , quelques amis, c'est parmi les derniers fidèles du Christ. Chez tes amis, à toi, il n'a que de lâches et astucieux flatteurs. Si vous
parlez tant contre la charité , c'est pour échapper à l'obligation d'être charitables. La philanthropie vous engage moins. Vous aimez bien à répandre une aumône avare, par la main des commis, avec l'argent des autres. Crois -tu qu'il m'est plus agréable d'aller faire queue à la porte de tes ignobles mairies , sous l'œil de tes sergents de ville, pour attraper un bon de pain, que d'aller manger ma soupe dans la cour d'un couvent , où je serais reçu avec honnêteté et servi avec respect? Et qui me garantit que vous ne vous lasserez pas de me nourrir. Le droit à l'assistance a perdu toute valeur, quand vous lui avez ôté la sanction du ciel. ( 8, p. 43.)
457. — Chérir les hommes sans vanité intérieure, sans espérer ni vouloir de récompense terrestre; sans attendre d'eux ni renom ni retour, sans se dire que l'on surpasse en vertu le pauvre et l'ingrat à qui l'on partage sa fortune et son temps. Chérir les hommes comme soi-même, c'est-à-dire leur faire tout le bien que l'on se souhaite, et leur pardonner même les torts qu'on ne se pardonne plus ; être secourable aux infortunés, doux et clément aux mauvais ; courir dans l'ombre et le silence après les misères à soulager ; s'asseoir au chevet déserté du pauvre, porter l'espérance et le repentir dans le cachot du prisonnier; travailler, enseigner, donner, souffrir, et dans la prière du soir, lorsqu'on offre humblement à Dieu ces journées pleines d'œuvres, lui demander encore pardon du bien que l'on n'a pas pu faire et du bien que l'on a mal fait; implorer sa grâce pour mieux faire à l'avenir, se tenir prêt à ses châtiments, se confier en sa miséricorde, se reconnaître indigne de l'amour immense qu'il a pour nous : voilà l'amour tel que les chrétiens le comprennent. (36, p. 130.)
458. — Dieu, qui se sert souvent de notre paresse et de notre vanité pour nourrir les pauvres , peut - il nous savoir gré d'un peu de monnaie jetée à l'indigent afin
d'écarter sa vue et sa prière. Autant vaudrait dire que c'est une vertu de prendre une voiture pour s'épargner le mauvais chemin.
Et ces riches qui achètent à prix d'argent un renom de charité , sans songer le moins du monde à ranimer la charité dans leur âme, ils peuvent s'attirer le sourire des quêteuses, mais que leur doit le bon Dieu? Trop heureux si cette générosité ne s'appelle pas hypocrisie dans le ciel. (18, p. 438.)
459. — A la mort, nul n'emporte que ce qu'il a donné. Donner, voilà l'œuvre qui nous suit. N'apportant et n'acquérant ici -bas rien qui ne nous soit donné de Dieu , nous devons , pour nous conformer à lui, donner aussi, donner sans cesse. Dans l'intention du Créateur, tout homme est un trésor qui doit libéralement s'ouvrir à la foule des misères dont il est entouré. (49, p. 329.)
460. — La vertu de charité , si belle encore dans les grandes familles, est le plus fort pilier de l'ordre social. C'est la dîme payée volontairement aux pauvres de Jésus-Christ; elle sauve le reste. (48, p. 476.)
461. — Le riche et le pauvre , depuis longtemps devenus ennemis, se sont livré bataille. Comment finira le combat? Par l'abolition de la pauvreté? Non! Par l'abolition de la richesse? Pas davantage ! Pour changer de main et pour être diminuée dans celles qui la posséderont, la richesse ne sera pas abolie. Le combat finira par le retour de la richesse aux devoirs que Dieu lui impose. (18, p. 365.)
462. — Le pauvre est un frère, et un frère malheureux. Si nous passons sans le voir et le secourir, nous entendrons la voix du Père de famille : (^u'asrtu fait pour ton frère? — c( Ce frère est peut-être un paresseux; il ne faut pas encourager le vice. » — Et savons -nous
s'il est paresseux? D'ailleurs sa paresse est aussi une infirmité ; puisque nous n'avons pas le temps de la guérir, empêchons qu'elle le fasse mourir de faim. Ce faible secours n'ôlera rien à ceux qui travaillent.
Prions Dieu d'ajouter à notre aumône l'efficacité d'une bonne parole , et de convertir ce pauvre s'il est pécheur. Mais à quoi bon tant de discours , quand nous savons que le pauvre est l'image de Notre-Seigneur?
Les insensés qui repoussent les pauvres disent qu'ils sont désagréables et horribles à voir. Dès que l'on pense à Notre - Seigneur, on a d'autres yeux , et les pauvres sont très-beaux.
Les pauvres sont le spectacle le plus salutaire, puisqu'ils nous parlent de Dieu ; il n'y a pas de plus belles fleurs, puisqu'ils nous peignent l'humilité; ni d'arbres plus riches , puisqu'ils nous offrent les fruits de la vie éternelle. (19, p. 70.)
463. — Un bon avis est plus précieux qu'une pièce d'or; une parole tendre, une larme, une prière est plus précieuse qu'un bon avis. L'aumône vraie, l'aumône féconde est celle du cœur, et chacun la peut faire. (18, p. 357-358-359.)
Donnez aux pauvres, mais surtout évang élisez -les. Vous aurez plus fait pour celui à qui vous apprendrez une prière, que si vous aviez assuré sa fortune. (18, p. 361 )
464. — En donnant au pauvre une fortune , vous ne le délivrerez ni de l'effroi de la perdre , ni du souci de l'accroître, ni du péril d'en mal user; vous ne lui donnerez qu'un bonheur semblable à celui de tant d'autres à qui rien ne manque et qui se plaignent sans cesse. Apprenez -lui la prière : vous allumez dans son cœur la vive joie de l'espérance, vous l'entourez du bouclier de la résignation, vous le préservez du péché et de tous les maux qui suivent le péché; vous le délivrez de l'envie , ce monstre qui ne voit au monde que
ce qu'il n'a pas; vous l'investissez enfin d'une force qui agit sur Dieu même ; vous le conduisez dans le champ du père de famille , là où tout homme trouve à glaner et à moissonner. (48, p. 362.)