IV. CONFIANCE
465. — Cherchez avant tout le royaume de Dieu et sa justice, peut-être ensuite vous donnera- t-il la richesse. Mais qu'il vous la donne ou vous la refuse, certainement vous ne la désirerez pas et vous n'y tiendrez pas. Lorsque tous les jours, avec une foi pleine et un cœur soumis, on demande à Dieu le pain quotidien; lorsqu'on dit sincèrement : que votre volonté soit faite ! la vie est assez assurée , l'homme est assez en repos de ce côté -là. Le sublime Pater des cathoHques est fait pour tous les hommes, pour le riche comme pour le pauvre. En nous l'enseignant. Dieu a voulu nous apprendre à toujours compter sur lui, à ne jamais compter que sur lui. Mes champs sont vastes , mes greniers sont pleins: qu'est-ce que tout cela? Dieu n'a-t-il point à ses ordres, pour tout détruire, les vents et les feux du ciel? Ne peut-il pas en un clin d'œil dépeupler mes étables comme celles de Job, qui fut plus riche que moi, et de mes champs couverts de moissons faire des abîmes? Non ! mon pain n'est pas là ! Il est, comme celui du pauvre paysan, dans ma prière de chaque jour. (36, p. 262.)
466. — Rien n'est simple, facile et sûr pour le bonheur de l'âme, comme d'accepter en esprit de foi et d'amour la condition que Dieu nous assigne et les événements qui nous viennent de lui.
Et puis demain, ce demain dont nous concevons tant de folles inquiétudes, demain n'est pas à nous, ni à personne sur la terre : il est à Dieu , c'est-à-dire au plus
tendre, au plus compatissant des pères. Qu'arrivera-t-il demain? Il arrivera premièrement que l'épreuve d'aujourd'hui sera déjà passée pour nous , et convertie dans le ciel en récompense brillante; il arrivera que Dieu saura la continuer, s'il juge bon que nous la portions encore, ou qu'il la ménagera s'il nous trouve trop affaiblis, ou qu'il la supprimera tout à fait, soit par les consolations de la terre, soit par celles de l'éternité. Chaque jour d'épreuve efface un grand nombre de fautes anciennes; chaque jour d'épreuve rapproche du jour éternel , de ce dernier lendemain qui n'en aura plus d'autre et qui ne fera delà vie la plus longue et la plus tourmentée que comme un de ces moments rapides où quelque léger nuage passe entre nous et le soleil. (38, p. 266.)
467. — L'âme chrétienne défie toutes les vicissitudes de la vie. Elle les défie! Gela ne veut pas dire qu'elle n'en souffrira point, mais qu'elle n'en sera ni écrasée ni désespérée. (18, p. 370.)
468. — Il est plus impossible aux saints que toute chose en ce monde de se décourager dans le service de Dieu. (40, p. 13.)
469. — Pierre a fatigué toute la nuit, et n'a rien pris; mais, sur la parole du Maître, il jette le filet de l'Évangile, l'ample et doux réseau formé de lumière et de charité, qui ne blesse point ceux qu'il prend, et qui, de l'abîme où ils étaient agités, les fait monter vers le ciel.
Le filet se remplit jusqu'à rompre; ainsi ceux qui, sur la parole du Maître, jetteront le filet de la doctrine, assembleront la multitude des nations. (1, p 135.)
470. — On nous dit qu'il ne faut pas tenter la Providence. Au contraire, il faut la tenter, et ne pas craindre de porter à Dieu un confiant défi; il faut,
comme saint Pierre, s'avancer sur les flots, lorsqu'il nous appelle, dût notre foi s'alarmer à moitié chemin. Quand Dieu donne un ordre, notre faiblesse ne nous regarde plus; c'est, qu'on nous passe l'expression, l'affaire de la Providence. Notre affaire, à nous, est d^obéir. (8, 423.)
471. — Le père de famille n'a pas de motifs sérieux de renoncer plus difficilement qu'un autre à la paix , à la vie. Il n'a aucune assurance de rester en ce monde pour protéger ses enfants, ni, le quittant, de les laisser à l'abri du besoin. Vie et prospérité, tout est toujours dans la main de Dieu, rien n'est jamais dans la main des hommes.
Ce que nous laissons n'était pas à nous et reste à lui. Qu'un décret politique nous tue, ou qu'une fièvre nous emporte, cela revient au même. Et nos veuves ne seront pas les seules, ni nos orphelins les premiers qu'on aura vus sur la terre.
Nous savons qu'il y a un Protecteur de la veuve et de l'orphelin. Jusqu'ici il s'est assez bien acquitté de son patronage ; nous pouvons mourir en paix. Je dis plus , si nous mourons pour la justice et la vérité, notre sacrifice aura sa récompense. Nos enfants s'en trouveront mieux que de tous nos soins et de toutes nos épargnes. (20, p. 84.)
472.— Nous faisons peu de cas de l'habileté humaine. Insensé celui qui se flatte d'accomplir le bien sans un secours miraculeux et continuel. Mais celui-là serait un autre insensé qui, désespérant d'obtenir secours , dépenserait sa vie dans une lâche inaction , et , pour ne pas faire mal, voudrait s'abstenir toujours : il commettrait le crime du serviteur qui enfouit son talent. (5, p. 72.)
473. — La charité n'a jamais manqué aux appels qu'on lui adresse en faveur de ceux qui manquent de
lumière et de ceux qui manquent de pain. Les hommes qui, pour faire le bien, se confient aux ressources de la Providence, ont toujours la joie de les trouver inépuisables; elle leur permet de mépriser les règles de la prudence et de s'avancer bien au delà du possible. Des dons inattendus, inespérés, semblent tomber du ciel, et les plus larges sont faits par des mains qui restent inconnues. Si l'on voulait écrire l'histoire des œuvres de charité, ce serait une histoire pleine de miracles. (15, p. 586.)
474. — Une âme sainte ne connaît pas d'obstacles aux desseins qu'elle conçoit pour le salut des hommes et pour la gloire de Dieu. Tout ce qu'elle souffre est pour elle un encouragement. Ces écroulements soudains qui nous cassent les bras, qui nous écrasent, ces abandons plus désastreux qui nous laissent tout seuls en face de notre fortune ruinée, le saint ne s'en émeut pas, ou, ce qui est plus beau, n'y succombe pas.
Le saint résiste à l'abandon de Dieu lui-même. Dieu se retire, on le croit du moins. Il ne donne plus en quelque sorte aucun signe de vie à son' serviteur qui l'implore. Parfois la désolation intérieure s'ajoute à cette complète privation de moyens humains. Partout dans la vie des saints on voit de ces rencontres effrayantes. Le saint ne s'y trompe pas. Son Dieu le connaît; il connaît son Dieu. Il sait que tout ce qui est juste et bon, tout ce qui tend au salut des hommes est appuyé de lui. Il attend, mais en attendant il persévère. Il n'a pas le droit de douter de Dieu; son devoir est d'espérer contre l'espérance. Il se dit que si Dieu repousse son dessein, c'est que le moment n'est pas venu; c'est qu'il y a dans ce dessein , tel qu'il l'a conçu , quelque chose de défectueux qu'il ne voit pas encore, et que Dieu lui révélera. Enfin, le moment arrive, Dieu se prononce, et ce qui n'était qu'un rêve aux yeux des sages du monde est réaUsé , est plus grand , va plus loin que le rêve luimême. Les ouvriers accourent à l'œuvre méprisée et
folle ; des dévouements sublimes s'y engagent. Il y a une main nouvelle dans le monde ; elle y fait des œuvres nouvelles. (12, p. 485.)
475. — Ne désespérons absolument d'aucun homme en ce monde. Le rayon qui illumina saint Paul est toujours aux ordres de Dieu, comme la flèche qui percale cœur de Julien. (42, p. 25.)
476. — Quelquefois l'on se croit si coupable, que l'on se juge indigne de miséricorde : c'est une ruse de l'enfer tremblant de voir sa proie échapper. Ce découragement, qui se colore de repentir et de justice, fut, plus encore que la trahison , le crime de Judas. C'était un crime de ne pas craindre, c'en serait un de désespérer. Durant la nuit de Bethléhem, les anges chantaient : « Gloire à Dieu dans le ciel, paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. » Remarquez bien : Non pas paix seulement aux justes, aux purs, aux intacts ; mais paix aux hommes de bonne volonté, à tous ceux qui voudront sincèrement sortir de l'erreur et des fanges delà chair. (36, p. 182.)
477. — Je ne serais pas étonné si beaucoup d'âmes qui jouissent de la présence de Dieu n'avaient eu d'autre mérite que de ne pas désespérer de sa miséricorde. (18, p. 463.)
478. — Je suis seul, isolé : qui pense à moi dans le monde? Qui? Dieu, la sainte Vierge, les anges, les saints, tout le ciel, et toujours! (26, p. 137.)