‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 106 sur 216 · Après vingt ans j'ai pu expérimenter la dou · texte numérisé non relu

Après vingt ans j'ai pu expérimenter la dou

ceur et la facilité de l'entière soumission ; l'obéissance ne demande rien de trop à la fierté humaine. La foi catholique n'est pas une loi d'asservissement. Précisément parce qu'elle enchaîne la passion, la foi affranchit l'esprit. (20, p. 454.)

491. — Je vois plus loin que vous; je vois demain, que vous ne voyez pas. Je vois aussi plus près que vous. Vos yeux, toujours à cent pas devant vous, ne regardent point ce qui vous entoure. (20, p. 362.)

492. — A présent il me semble que je vogue à pleines voiles dans la lumière , et je m'y sens bien. Tout s'est ouvert à mon esprit. Je connais ma route, et je sais ce que je verrai quand j'aurai atteint les limites de l'horizon. Les hommes sont vraiment mes frères; je les aime et je les plains; et il ne me viendrait jamais à la pensée d'en accuser un seul , si je n'espérais par là servir tous les autres et le servir lui-même. Les objets ont d'autres couleurs : ce qui était morne devient animé; là où je voyais le caprice du hasard, je vois un clair témoin de l'existence et de la puissance de Dieu ; il y a dans la nature une voix que j'entends; je vois se dissiper en vaine fumée les plus ardus problèmes de mon ancienne ignorance. (3, p. 22.)

493. — Le grain de sénevé, cette petite graine qui devient un grand arbre , c'est l'Église , c'est Jésus- Christ lui-même, c'est la foi dans le cœur du fidèle. L'homme qui reçoit la foi a en lui quelque chose de plus grand que l'humanité. Il peut s'être auparavant rempli de toutes les sciences et de toutes les erreurs, s'être voué à toutes les ambitions , s'être abandonné à toutes les séductions; il peut avoir soumis son âme à toutes les lâchetés et porté le pli profond de toutes les tyrannies; la foi grandit en lui par-dessus toutes les sciences et toutes les erreurs , elle l'arme contre toutes les séductions, le délivre de tous les jougs; il est plus

fort que le monde, plus fort que lui-même. L'arbre aux vastes rameaux se développe dans la pensée aride ; où régnait la mort, on voit naître des fruits abondants. (l,p.208.)

494. — Hélas ! c'est un si profond et si vaste abîme , c'est un si noir dédale que le cœur de l'homme quand la foi ne l'éclairé pas. Il garde tant d'erreurs, qu'on ne peut les compter toutes. Il renferme tant de levains impurs et tant de desseins mauvais, jusqu'au moment où la pénitence y submerge les choses du monde pour faire place à Dieu , qu'on s'épouvante à le regarder, et que c'est un spectacle qui donne le vertige. (36, p. 7.)

495. — Il y a nombre de personnes qui n'ont point de foi du tout , et il y a beaucoup de degrés dans la foi de celles qui en ont. Les unes, soumises au respect humain, aiment Dieu, mais se cachent de l'aimer; les autres le servent par un principe de crainte ; elles font péniblement ce qu'elles ne peuvent se dispenser de faire, rien de plus; moyennant ces observances, elles se tiennent assurées de leur salut.

En somme les chrétiens ne sont pas rares ; mais les chrétiens pieux sont rares, et ceux qui sont pieux avec intelligence sont très-rares.

Par piété intelligente on entend cette ferme et haute piété qui résulte d'un plein attachement du cœur et de l'esprit à tous les dogmes et à toutes les doctrines de l'Église ; qui jamais ne recule devant le respect humain, ni devant l'obéissance ; enfin cette piété qui devient la principale et presque la seule affaire de la vie. (38, p. 40.)

496. — Quand vous êtes troublé par des doutes , ne vous arrêtez point à controverser seul à seul avec vousmême. Si vous n'avez point auprès de vous une personne sensée qui puisse vous démontrer la légèreté d'une objection, le peu de fondement d'un doute, soyez

cependant convaincu que l'objection est légère, que le doute est peu fondé, car il n'y a rien dans le monde qui puisse fournir la matière d'un argument considérable contre la foi , qui est la vérité. Chassez donc cette mauvaise pensée, et demeurez tranquille jusqu'au moment où il vous sera donné de la vaincre, ou par la grâce de Dieu , ou par le secours d'une personne plus instruite que vous. (37, p. 203.)

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