V. FOI
479. — L'âme est faite pour croire, comme l'œil est fait pour voir, et la main pour toucher : c'est sa nature,
c'est son essence. L'homme n'y peut rien changer : il peut avilir, abaisser, détourner cette faculté divine du cours naturel qui l'entraîne à Dieu; mais il ne peut l'étoulfer. Celui qui se vante d'être incrédule ment, il n'est qu*imbécile et fou. Nier, ce n'est pas ne rien croire, c'est au contraire professer la plus difficile , la plus impossible des croyances: c'est croire à rien. (27, p. 157.)
480. — La raison est comme le vin de l'intelligence humaine. Il y a une mesure où elle fortifie; passé cette mesure, elle tue. Il n'en est pas ainsi de la foi; l'excès n'en est pas à craindre. L'excès de la foi, c'est la juste mesure de la raison , puisque c'est la complète obéissance aux ordres de la Sagesse même, aux ordres de Dieu. (26, p. 16.)
481. — Il paraît impossible de croire sans avoir raisonné, et c'est encore par un raisonnement que la raison s'incline, s'abaisse, s'annule s'il le faut devant la foi. Elle s'est convaincue de son impuissance par une suite d'opérations très-logiques et de combats très-ardus , et elle se soumet parce que la résistance formelle aux propositions de foi, ou seulement le doute, serait plus déraisonnable que cette soumission. La vérité de foi ne peut pas être démontrée mathématiquement; la folie du doute l'est avec la dernière évidence, et encore plus celle de la négation. L'usage de la raison, remarque M^ de Poitiers, se trouve donc nécessairement à la base de l'acte de foi.
Mais pour nier que faut-il, et en quoi la raison y estelle nécessaire? On peut toujours nier, et tout le monde le peut. Il suffit de l'ignorance naturelle, ou de la passion et de l'orgueil , qui sont une ignorance acquise. On ferme les yeux, on se jette dans l'abîme. Rien de plus simple. Il ne manque pas de gens qui prennent ce parti avec éclat, trompés par quelques applaudissements misérables. Les vrais philosophes admirent et plaignent leur naïveté. (14, p. 384.)
482. — On ne comprend ni la vie ni la mort , on ne se comprend pas soi-même, et l'on voudrait pénétrer clairement tous les secrets du ciel et de Dieu. (25, p. 255.)
483. — La raison qui obéit raisonne mieux que la raison qui raisonne. (19, p. 110.)
484. — La clémente sagesse de Jésus n'a laissé à la merci des sophistes ni les ressources de la raison, ni les bases de la foi. Elle a prévu les défaillances de l'esprit de l'homme, et leur a préparé un secours toujours victorieux. Il ne faut pas ramasser tant de langues mortes, tant d'histoire, tant de physique et de philosophie pour connaître avec certitude Celui qui est venu sauver les petits et les ignorants. Le pain de vie est facile à trouver comme le pain matériel , aux mêmes conditions. Un simple fidèle, un homme du monde, pourvu qu'il ait étudié quelques livres et écouté quelques instructions, peut rendre compte de sa foi bien mieux que les « savants » prétendus incrédules ne sont en état de rendre compte de leur incrédulité. (1 , p. 6.)
485. — Jésus maintenant n'est plus caché ni déguisé. Il a passé dans l'infirmité , il demeure dans la gloire. Mais depuis dix- neuf siècles, ce soleil toujours plus brillant rencontre des aveuglements toujours plus obstinés. Tel est le mystère de la liberté humaine : en présence de l'évidence , elle conserve le mérite de croire, elle a le formidable pouvoir de nier.
Si, n'ayant pas juré de nous aff'ermir dans les ténèbres, nous n'avons pas davantage le dessein d'en sortir, demandons le secours de la grâce. Notre raison est sujette à des troubles que l'intelligence ne peut ni formuler, ni deviner, ni atteindre. La prière obtient la grâce, la grâce apporte la clarté. Prononçons les paroles puissantes que l'Esprit -Saint nous a suggérées pour nous vaincre nous-mêmes et pour vaincre Dieu^ comme
la mère suggère à l'enfant coupable le mot que le père exige avant de faire grâce à tant d'ignorance et d'indocilité. Ne nous entêtons pas contre la miséricorde ;, ne refusons pas le salut. Nous pouvons toujours dire : « Seigneur, faites que je voie ! y> Nous croyons toujours assez et toujours assez peu pour avoir sujet de répéter cette autre parole adressée à Jésus : « Je crois , Seigneur ; aidez mon incrédulité. » (1 , p. 74.)
486. — Lorsqu'un incrédule qui dit vouloir ne plus l'être demande le moyen de parvenir à la foi , nous lui répondons souvent : « Dieu ne se révèle qu'aux humbles; priez, prenez de l'eau bénite, faites dire des messes. » Et comme nous doutons qu'il consente à faire dire des messes, nous en faisons dire pour lui. Nous osons plus , nous lui proposons de porter la médaille miraculeuse, une petite pièce de métal sur laquelle est l'image de la sainte Vierge. Nous avons plus de confiance en cette eau bénite, en cette messe, en cette médaille, qu'en tous nos raisonnements; non pas de nos raisonnements à nous, mais de ceux que nous empruntons à Fénelon, à Bossuet, aux Pères de l'Église, aux plus fiers et aux plus raisonnables génies qui aient lui dans l'humanité.
L'expérience prouve que nous faisons bien de conseiller ces pratiques. Pourquoi? Parce que, au moyen de la pratique, le néophyte fait un acte d'humilité. Ce n'est plus notre zèle tout seul, c'est lui-même alors qui agit pour son salut. Il remporte librement un premier triomphe sur son orgueilleuse raison; et Dieu, qui nous connaît trop pour nous demander beaucoup, se contente de ce peu. Il fléchit cet obstiné, il amollit ce cœur de bronze ; par un miracle aussi grand que tous ceux de l'Évangile, le raisonnement y pénètre, le jour se fait. Voilà comment on se convertit. Certes, je n'userais pas d'une autre recette envers M. Cousin lui-même, malgré la répugnance qu'un homme de tant d'esprit doit éprouver à la seule pensée de s'abaisser. S'il voulait devenir
bon catholique, je lui dirais: Laissons vos systèmes, qui sont trop savants pour moi , et quelquefois même pour vqas; allons prier la sainte Vierge , faisons dire des messes , récitons le chapelet , demandons la foi sans cesse et le plus humblement possible : c'est là ce qu'il faut faire. (5, p. 371.)
487. — Au Colisée! Il passa un petit bourgeois de Rome, de ceux qui ont une boutique et qui font leurs affaires ; il ôta son chapeau et fît le signe de la croix ; la foi est vivante. — Un bourgeois plus riche : il se contenta de saluer; la foi n'est pas morte. — Un orfèvre du Corso : ni signe de croix, ni salut. Je m'y attendais; car celui-ci parle plusieurs langues. — Une bande d'Anglais avec leurs Anglaises : ils ne virent ni la croix , ni le monument, ni nulle chose; ils lurent l'article du Colisée, dotmèrentun coup de crayon sur la page, cueillirent un brin d'herbe, et s'en allèrent mornes comme ils étaient venus. — Un homme de la campagne : il se découvrit et baisa la croix. — Une femme du peuple et ses deux petites filles : elles fléchirent le genou et baisèrent la croix. (22, p. 169.)
4-88. — La foi ne nous laisse toute notre valeur qu'autant que nous lui donnons toute son action. (10, p. 11.)
489. — Je suis l'enfant humble et soumis de la sainte Église. Je crois ce qu'elle croit, comme elle le croit. Je désavoue, condamne et réprouve tout ce qui dans mes paroles peut n'être pas rigoureusement conforme à ses divins enseignoments. Je corrigerai avec joie tout ce qu'elle m'ordonnera de corriger. Je ferai avec joie et amour toutes les rétractations qu'elle me dictera. J'ai parlé f parce que j'ai cru; il me sera tout aussi facile et plus doux de me taire, parce que je crois. (16,
p. XXXV.)