‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 108 sur 216 · VII. HUMILITE · texte numérisé non relu

VII. HUMILITE

501. — Aussitôt né , le Roi demande son peuple. Un ange du ciel invite les bergers à aller à la crèche. Ils sont les premiers appelés, parce que le Seigneur est venu « à cause de la souffrance des pauvres et des gémissements des misérables, » et parce qu'ils sont simples. Platon raillait les sages qui se faisaient entendre des gens de peu; mais a. le Seigneur aime l'entretien des simples. »

L'ange leur dit : « Il vous est né en ce jour un Sau-

veur. » VohiSf à vous, pour vous ! « Vous le trouverez, enfant, dans une crèche. » Ils viennent, ils contemplent sa glorieuse infirmité. Certes, ni lui ni les siens n'ont entrepris de tromper le monde ! Mais ces bergers, ce menu peuple n'ont rien lu qui les aveugle. Ils adorent, et ils s'en retournent glorifiant Dieu. Paix aux hommes de bonne volonté ! (1 , p. 104.)

502. — Le Christ de l'âme sera jusqu'à la consommation des siècles le Christ qui parlait aux simples et qui aimait les humbles ; qui confondait les superbes ; qui voyait le Publicain justifié dans ses soupirs, et le Pharisien réprouvé dans sa prière ; qui disait aux malades : Votre foi vous a guéris! et aux pécheurs : Votre foi vous a sauvés! et aux docteurs : Soyez des enfants! Jusqu'à la consommation des siècles aussi, le Christ de l'âme sera le Christ de la pauvreté , des larmes, des mépris; le Christ entouré d'ignorants, le Christ bafoué, flagellé, renié; le Christ du prétoire, du Calvaire et de la croix. Regardez -le bien, voilà le Christ, il n'y en aura pas d'autre. Christus meus, s'écriait Tertullien; c'est le cri de l'âme humaine, à jamais. Quoi que dise l'esprit, l'âme ne s'y trompera pas. Ce cadavre hvide et lacéré sur ce bois infâme a été le spectacle le plus beau que la terre et le ciel aient offert aux regards de Dieu. Il sera l'amour de Fâme humaine aussi longtemps que l'âme humaine pourra produire une flamme d'amour. (10, p. 429.)

503. — Par-dessus tout^ souvenons -nous que nous avons la parole de Dieu. Même dans l'ordre naturel , à plus forte raison dans l'ordre surnaturel , il n'est point de vérité qui ne demeure, par quelque point , insaisissable à notre courte intelligence. La vue se trouble lorsque l'œil se fixe trop assidûment sur un objet, et nous ne voyons plus même ce que nous pourrions voir, quand nous voulons trop voir. Que la raison nous serve pour chercher Dieu, à la bonne heure; mais c'est avec

un organe supérieur qu'il faut le contempler. C'est pourquoi, ayant aidé notre raison par l'évidence des miracles, Dieu nous a fait les dons incomparables de la foi et de l'amour, afin que nous le connaissions et le goûtions véritablement. Il remettra beaucoup à notre faiblesse ; sa miséricorde même ne peut rien remettre à notre orgueil. Il ne nous reprochera jamais de n'avoir pas parfaitement compris comment il fait ses œuvres de Dieu ; mais il sera justement terrible à ceux qui auront rejeté sa parole pour s'être targués de comprendre comment ses œuvres ne seraient pas de Dieu. (4, p. 342.)

504. — Il y a quelque chose de bien précieux dans ces affaiblissements qui nous contraignent enfin de nous appuyer sur la prière et qui nous démontrent physiquement ce que notre raison nous a si longtemps, si clairement et si vainement prouvé, que nous ne sommes rien, et que Dieu est tout. Pareil bâton dans la main vaut pour le moins deux jambes. (18 , p. 470.)

505. — Supprimez toutes les peines de l'ambition, toutes les tortures de l'envie , toutes les angoisses de l'orgueil , toutes les langueurs de la satiété, vous aurez une idée des bénédictions et des joies que Dieu verse sur les humbles et les petits. (19, p. 512.)

500. — L'on voit quelquefois dans les grandeurs des sages qui ne les ont pas souhaitées ; c'est une merveille. Il en est une plus rare : c'est d'y vivre sans orgueil et d'en sortir sans regret. Les saints le savent faire; j'ignore comment y réussissent les sages. (3, p. 55.)

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