XI. PATIENCE
512. — Dieu ne veut dans son royaume que des cœurs éprouvés. (19, p. 159.)
513. — Les souffrances, les désastres sont le pain quotidien de la vie : il faut en remercier Dieu, qui met tant de biens sur la terre pour que nous y puissions vivre, et qui mêle à ces biens tant d'inséparables maux pour nous apprendre à n'attacher notre cœur qu'aux biens éternels.
Le chrétien dans l'épreuve goûte la sainte joie du voyageur qui revient vers la patrie. Battu de la mer menaçante, il sait que cette tempête qui soulève les ondes et qui emporte, à chaque effort, quelque chose du navire, ne fait pourtant que le pousser plus vite au port. (18, p. 371.)
514. — Saint Paul a écrit : Quand je succombe, c'est alors que suis fort... Je peux tout en Celui qui me fortifie. Mais chaque homme a besoin d'apprendre cela; chaque homme doit récolter la vérité, pain de l'âme, comme le grain, pain du corps, à la sueur de son front. (19, p. 152.)
515. — Dans ses douleurs pleinesd'espérance, pleines de joie et d'amour , le chrétien est comme une statue intelligente qui , sous le fer et le marteau du sculpteur divin, a, par-dessus le sentiment de la douleur, l'inénarrable conscience du travail qu'elle subit , voit à chaque coup apparaître en elle une nouvelle beauté, une ressemblance de plus au modèle sublime qu'elle doit reproduire, 6t la vie gagner partout la pierre morte, et son Créateur, qu'elle aime, l'aimer davantage lui-même à mesure qu'il la rend plus digue du lieu d'honneur où, vivante et glorieuse et parfaite comme il est parfait, il
veut la placer sous l'éternité de ses regards. (18, p. 148.)
516. — Vous désirez d'aimer la croix, et vous avez raison ; car vos chagrins viennent de ce que vous ne l'aimez pas. Mais comment aimerez -vous la croix? En l'acceptant, en la portant telle que Dieu vous la présente. Dites -vous d'abord que Dieu est bon, et qu'il vous aime. Songez ensuite que, si vous connaissez le poids et la douleur qu'il vous envoie , vous ne savez pas tout ce qu'il vous épargne. Pourquoi s'alarmer? qui sait ce qui arrivera demain ? Il y a de quoi trembler lorsque Ton est heureux, parce que le bonheur est à la veille de finir. Lorsque l'on souffre, il n'y a lieu que d'espérer, parce que tout finit.
Et que nous reste-t-il du bonheur, quand nous l'avons goûté? des regrets souvent, presque toujours un péché d'ingratitude envers Dieu. Mais de l'affliction supportée chrétiennement , il nous reste dans la vie un doux sentiment de repos, et dans l'éternité un mérite immense. (18, p. 263.)
517. — ( Une jeune infirme ) ; Je sais que Dieu est bon. Alors il faut croire, et je crois qu'il a tout arrangé pour le mieux. Si je n'en connais pas toutes les raisons, si parfois, sous le poids de l'épreuve, je vois moins clairement pourquoi il n'a point voulu que je fusse bien portante , je suis persuadée que son conseil ne vient pas d'une pensée de colère contre moi, mais bien d'une pensée de miséricorde et d'amour. (38, p. 261.)
518. — Le présent vous mécontente, et vous regrettez le passé !... Ne vous plaignez pas. La plainte est un doute, un manque de foi.
Vous ne goûtez pas tout le bonheur possible? N'y a-t-il donc qu'à chercher des joies et des plaisirs dans ce monde? Ne faut-il pas y faire son salut?
238 PENSÉES DE M. LOUIS VEIfILLOT.
C'est dans la voie du salut que Dieu place toujours une âme chrétienne : c'est là que vous êtes , n'en doutez point. De tous les plaisirs que vous auriez pu trouver dans une voie tracée par vous , que vous resterait-il à l'heure de la mort? Ce qui vous reste aujourd'hui du passé. Mais les épreuves où Dieu veut que vous passiez seront autant de rayons dans la couronne éternelle. (28, p. 155.)
519. — La joie humaine a des dégoûts, mais n'a point de satiété; elle altère, et ne rassasie pas. On en prend, on en veut encore, on en veut toujours.
La coupe où Ton boit l'épreuve a des bords amers; mais, au lieu delà repousser, videz-la courageusement : le miel est au fond ; vous n'en garderez qu'un goût suave et parfumé.
Ne vous plaignez point au monde : il ne vous aidera point à porter votre fardeau , il vous conseillera de l'abandonner.
Et puis, que peuvent dire les mondains ? Sans considérer que vous péchez par ces murmures, ils porteront de faux jugements sur la loi de Dieu ; ils croiront qu'elle n'est point secourable , qu'elle n'inspire point de force et ne donne point de consolation. Une seule parole imprudente peut devenir ainsi, pour ceux qui l'écoutent, un motif d'éternelle perdition.
Êtes -vous d'ailleurs tellement à plaindre? Regardez autour de vous; bien des fleurs y croissent, bien des fruits délicieux sont à la portée de vos mains. (28, p. 158.)
520. — La résignation et le contentement sont deux étages de la même hôtellerie. Pour arriver du premier au second, il ne faut que monter un petit escalier trèsagréable, qui s'appelle la logique. Si vous êtes résigné, raisonnez un instant, et vous serez satisfait.
Toute puissance et toute bonté vient de Dieu : Majeure. Folie de résister à la volonté de Dieu , nécessité
de s'y soumettre, résignation. Mineure. Mais cette volonté très-sainte est aussi très-juste et très-éclairée, et très-aimante; donc elle n'agit sur nous que par justice, par lumière et par amour ; donc elle nous guide et nous pousse vers le souverain bien ; donc nous sommes toujours, ou du moins nous pouvons entrer dans la voie la plus sûre pour arriver à ce bien unique et suprême. Conséquence^ bénissons Dieu et tenonsnous contents.
Quant aux maux futurs , priez Dieu de vous les épargner, et n'y pensez plus. — Comment faire pour n'y plus penser? Ils sont là, je les vois venir. Qu'importe qu'ils soient imminents? Dieu est plus près encore pour les détourner. — Tout le monde ne peut pas avoir cette confiance. — Tout le monde ne l'a pas, c'est la vérité; mais tout le monde peut l'avoir. Dites -vous à vous - même que Dieu vous aime et que l'avenir lui appartient; vous serez alors délivré de ce souci de l'heure future, qui est le plus terrible et le plus insensé de tous ceux que notre folle espèce s'inflige volontairement.
Il faut s'appliquera ne fuir Dieu qu'en se jetant dans ses bras. Une fois là, nous pouvons attendre. (18, p. 330.)