‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 119 sur 216 · IV. CREDULITE · texte numérisé non relu

IV. CREDULITE

558. — Rien n'est plus obstiné que la malignité des sectaires, si ce n'est le penchant de la nature déchue à leur accorder crédit. Saint Paul, contraint de combattre un ouvrier en cuivre, atteste le mal que lui faisait cet adversaire obscur. Des millions de martyrs, de confesseurs , d'apologistes ne prévalent pas contre l'astuce qui entreprend de séduire la présomption humaine. Sur la parole d'un sophiste, l'ignorant écarte tranquillement le témoiijrnaGfe de dix-neuf siècles. Tout lui est preuve contre Jésus - Christ : il compte pour rien tant

d'hommes de toutes les époques, de tous les pays, qui se sont inclinés devant l'Évangile, au mépris même de leur vie. Non ! ces hommes furent abusés, ou voulurent abuser : quant à l'ouvrier en cuivre , il est honnête et savant.

Ce n'est pas qu'on en soit sûr; mais l'hérésie a pour elle les complicités du cœur. Que Dieu soit autre, ou qu'il ne soit pas ! voilà le vœu secret, l'arcane où l'impiété scientifique est assurée de rencontrer la crédulité. Sitôt que la conscience veut s'éloigner de Jésus-Christ, elle cesse d'être difficile sur le chemin et sur le guide. Elle accepte tout chemin, elle accorde au guide hypocrite toutes les vertus qu'il veut s'attribuer, elle pardonne au guide cynique tous les vices qu'il laisse voir. (1 , p. 3.)

559. — La médecine tient une grande place chez les nations incrédules. Plus l'homme s'éloigne des vérités chrétiennes, plus il s'attache à la vie. Qu'il se croie réservé au néant, que la pensée d'une autre vie vienne quelquefois le tourmenter, vivre longtemps est son affaire principale; car sa nature a horreur du néant, et sa conscience a peur de l'éternité. Il craint la maladie, non-seulement parce qu'elle est la privation des jouissances , seul bonheur auquel il sache aspirer ; nonseulement parce qu'elle est la douleur, dont il ignore le prix et contre laquelle son âme est sans force; mais parce qu'elle est l'annonce ou la menace de cette mort qui va, ou le détruire tout entier comme un vil animal , ou peut-être le livrer impérissable et souillé aux arrêts de la suprême justice. Tant qu'il se porte bien , volontiers sceptique et irrévérencieux envers l'art de guérir, au premier frisson la médecine devient son unique espérance. Il se remet entre ses mains, docile jusqu'à la lâcheté, crédule jusqu'à la stupidité.

Le culte de la médecine ne connaît point d'athée parmi ceux qui nient tout le reste. Combien n'en voiton pas de ces forts esprits, moqueurs superbes des pra-

tiques et des abstinences religieuses, qui, une fois atteints d'un mal réel ou imaginaire, deviennent sobres, continents, fuient le monde et les affaires, font des retraites à la campagne et des pèlerinages aux bains, vont au loin consulter les empiriques et les somnambules , portent sur eux , en guise de scapulaire , quelque morceau de camphre ou quelque flacon d'odeur! Il n'y a rien que le médecin ne puisse obtenir d'eux. Ce corps qui leur inspire tant de soucis, ils le soumettent à des pénitences de fakir. Ils paient et ils avalent sans murmurer les drogues les plus infâmes , ils gardent la prison, ils battent la campagne à marches forcées, ils se flagellent, ils s'exilent, ils vont se plonger dans des eaux glacées ou putrides. Que ne feraient-ils pas? (6, p. 476.)

Page 1