‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 132 sur 216 · VII. AVEUGLEMENT DES IMPIES · texte numérisé non relu

VII. AVEUGLEMENT DES IMPIES

614. — Si la société actuelle se laisse vaincre , ce ne sera pas faute d'avertissements. Elle est avertie , nonseulement par ses amis, qu'elle pourrait accuser de s'alarmer sans motifs , mais par ses ennemis , qui , certes, n'ont pas intérêt à l'effrayer. Aucune illusion ne reste possible. Il n'est plus question de réformes, ni d'extension des droits politiques, ni d'économies, ni de liberté, ni de république: c'est la société elle-même qui est mise en question. Ceux qui ne le disent pas ouvertement, le laissent dire par d'autres à qui ils tendent la main. (8, p. 154.)

615. — Horrible infortune des hommes de ce temps ! Ils ont besoin de religion, ils le savent, ils l'avouent; ils savent aussi qu'il n'y a pas de religion sans l'Eglise... et ils ont peur de l'Église I ( 16, p. 99.)

616. — Que veut donc faire la bourgeoisie? Quel but poursuit-elle avec une obstination qu'aucune me-

nace ne peut vaincre, et qui tient aujourd'hui de la démence? Elle veut consommer la ruine du seul élément d'ordre qui reste à la société. En présence du socialisme prêt à l'engloutir, elle s'occupe d'anéantir l'influence de ce qu'elle appelle VEsprit clérical. Elle rêve de diriger contre cette dernière digue le torrent dont elle contemple avec stupeur la force et les ravages ; elle lui demande d'emporter ce qui reste d'œuvres religieuses et de dévouements religieux. Elle veut que cette partie du peuple qui nous donne encore des prêtres , des frères de la doctrine chrétienne , des sœurs de Charité , devienne, par l'éducation , semblable à cet autre peuple où les clubs trouvent des auditeurs et les barricades des soldats.

A quoi comparer cette désolante aberration, si ce n'est à l'état de ces malades que la débauche a couverts d'ulcères et qui désespèrent l'art du médecin? Nonseulement ils sont gangrenés jusqu'à la moelle et n'ont plus dans les veines une goutte de sang pur, mais ils gardent l'horrible appétit des excès qui les ont perdus. Pour soulager leurs souffrances , ils appellent les empiriques, ils ne reculent devant aucun remède violent ou absurde; mais qu'on leur propose le seul remède qui puisse les sauver, c'est-à-dire un complet changement de vie, ils préfèrent mourir. ( 7, p. 36.)

617. — Que l'on cherche, et l'on verra si, en soixante ans de règne, la bourgeoisie, dominante sous les quatre derniers gouvernements, est demeurée, nous ne dirons pas un mois, mais une semaine, sans faire par voie législative ou administrative quelque monstrueux et imbécile effort pour arracher Dieu de l'âme du peuple. Nous avons su les noms de cinquante maires qui se sont donné le noble plaisir de tracasser, de persécuter, d'insulter de pauvres religieuses avec le concours du préfet et l'approbation du gouvernement et des chambres. L'Université a fait condamner à l'amende des femmes du peuple qui s'étaient permis d'enseigner ^

gratis le catéchisme aux enfants de leur village (7, p. 433-435.)

618. — Le monde est bien malade ; une plaie profonde et invétérée le tourmente ; il a la fièvre, et nous voyons la raison publique chanceler à tout moment. Nous rasons de près l'abîme, si nous n'en descendons pas la pente. Déjà beaucoup d'esprits en sont à ce dernier degré du mal où la société verra encore le remède, et n'en voudra plus. (8, p. 286. )

619. — (MM. les Pasteurs protestants) se passent de croire, mais ils ne veulent pas se passer de manger; il paraît à leurs prêches qu'ils font bon marché de la Trinité, du péché originel , de la nécessité du baptême et d'une grâce surnaturelle, de la divinité de Jésus- Christ, de sa Rédemption, de l'éternité des peines, toutes choses qui dénaturent la simplicité de la foi ; mais ils soutiendront jusqu'à la mort (exclusivement) que le Pape est l'Antéchrist, car ils vivent de cela. (27, p. 47.)

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