XI. SUITES DE L IRRÉLIGION
641. — Dans ce monde magnifique et commode, un péril pourtant nous environne et nous menace , et une beauté n'y est plus.
Le péril nouveau, c'est l'oubli de Dieu. Péril immense, le seul à craindre ici-bas, et la beauté perdue, c'est la présence de Dieu, la seule chose ici-bas qui soit vraiment belle , le seul soleil qui éclaire l'intelligence sur les merveilles de la création, le seul vrai charme, la seule vraie harmonie. (20, p. 30.)
642. — L'Europe est sur une pente où nulle voix ne peut l'arrêter, où nulle force humaine ne peut lu retenir. Elle touchera dans le fond de l'abîme. (24, P-5.) .
643. — Il y a dans toutes les nations un regret de splendeur passée, une angoisse de mort. Rome est le cœur du Christ. Les peuples qu'on en sépare plus ou moins perdent dans la même proportion la veine par où ils recevaient le meilleur de leur sang. Cette veine est au moins entravée partout, et quels que soient les succès de la politique, le développement de la richesse, le progrès des sciences, les patries se sentent mourir. (22, p. 343.)
644. — Le problème du temps n'a rien de nouveau ; comme les problèmes sociaux de tous les temps , il se pose en ces termes : Ou le Christ et son unique Église^ ou la mort .' J'ignore si les sociétés civilisées veulent décidément rompre avec l'unique Église du Christ, c'est-à-dire avec le Christ lui-même; j'ignore si, voulant la rupture, elles pourront l'opérer; mais je sais qu'elles ne l'opéreront que comme le suicide chasse son âme de son corps. C'est pour avoir rompu partiellement avec la loi de Jésus, qui est la loi de salut et de vie, que l'Europe est dans l'angoisse et dans le délire. Elle s'est blessée, elle souffre; qu'elle poursuive , elle s'achèvera. (31, p. 5.)
645. — La nation dont le cœur ne connaîtra plus la loi de Dieu^ et qui laissera la louange de Dieu s'éteindre sur ses lèvres, cessera d'être une nation et de-
viendra une multitude. Cette multitude sera divisée contre elle-même. Il n'y aura plus de lien d'amour entre ses citoyens, et le riche et le pauvre se haïront. (20, p. 260.)
646. — Qu'arrive-t-il ? Le pauvre, ainsi abandonné , livré aux tortures du besoin, aux suggestions de l'ignorance, aux délires de l'orgueil, s'éloigne en rugissant des heureux qui sont ses ennemis. Il se coalise avec tout ce qu'il y a de passions et d'inimitiés implacables, toujours armées contre l'ordre social, quel qu'il soit, avec tout ce que la société a repoussé, frappé, banni, flétri, n'importe à quel titre. Gomme pour mieux exprimer sa fureur, il permet à ces mains souillées d'écrire sur des drapeaux leurs cyniques devises; puis il attend son jour. Nous voyons ce qu'il sait faire, lorsqu'il le croit venu.. (7, p. 402.)
647. — Les fous et les méchants sont moins à craindre lorsqu'ils tuent des hommes, que lorsqu'ils font des lois. Quelques scélérats ne peuvent pas détruire l'espèce humaine , et le sang finit par submerger l'échafaud. Les lois subsistent et détruisent les mœurs. (11, p. 17.)
648. — Il n'y pas d'intérêt légitime qui puisse reposer sur l'athéisme : il n'y a pas de principe politique qui puisse prévaloir contre la nécessité sociale de l'existence de Dieu. L'athéisme public outrage toutes les croyances, sape par la base toutes les lois, met en péril la sécurité de l'État et la vie des particuhers. (9, p. 553.)
649. — Ennemi de lui-même et du genre humain, funeste à ses propres intérêts, funeste aux intérêts de la société tout entière , tel est le rôle fatal de l'athée. Quels que soient ses conseils, qui que ce soit qui les entende, de quelque manière qu'ils soient appliqués, ils enseignent
le mépris du droitet de la justice, et ils retombent de tout le poids du crime sur l'humanité asservie. ( 9, p. 569.)
650. — Jamais, jusqu'à nos jours, l'athée n'avait pu élever impunément au milieu des hommes sa voix insolente, et c'est un des plus tristes symptômes de notre situation qu'on le fasse aujourd'hui.
Tout est devenu possible en fait de criminels essais , lorsque la société a mérité que ces thèses hideuses soient agitées publiquement devant elle. De telles énormités ne font pas la plaie; mais elles la découvrent, et en la découvrant, elles l'enveniment. (9, p. 569.)
651. — Une civilisation dans laquelle toute puissance est donnée aux fortunes mal faites, verra de terribles aventures. Ces enrichis, qui sont à la fois des maîtres par leur fortune et des bannis par leurs mœurs, veulent être honorés et ne veulent pas prendre la peine d'être honorables. Ils s'attachent à bouleverser tout et à changer la morale , afin qu'on les respecte en dépit de leurs mœurs. (21, p. 27.)
652. — Le travail est une punition , mais que Dieu avait infligée d'un cœur de père, et qui demeurait pleine de ménagements, de consolations et d'honneur. Le travail érigé en dieu , c'est Moloch ; il se fait offrir des victimes humaines. Pour un vil salaire qu'il jette à l'homm^e, il lui prend sa paix, il lui prend son âme, il lui prend sa chair même , et il la meurtrit , la broie et l'insulte. (21, p. 42.)
653. — Tout ce qui se fait contre la loi de Jésus, se fait contre les pauvres. On leur ôte et ce monde et l'autre. Satan hait les pauvres , parce que Jésus les a aimés. Les opinions qu'il fait régner, les progrès qu'il répand , tournent au détriment de la multitude ; retombent sur elle en misère, en ignorance, en abandon, en esclavage, et le rude joug du monde remplace le
joug suave et le fardeau léger de Jésus - Christ. (19, p. 215.)
654. — Il y a un enchaînement terrible dans les actions des hommes. Lorsqu'ils brisent la loi qui les unit à Dieu , mille autres liens doivent se briser nécessairement. C'est d'abord la fraternité nationale qui disparaît, puis on cesse d'aimer la famille, puis on cesse d'aimer le pays, puis on cesse d'aimer l'honneur. Le principe de toutes les grandes choses et de toutes les grandes affections s'évanouit. L'égoïsme reste seul, prêt à tout pour quelques satisfactions matérielles et privées. Que ne trahira pas sur la terre celui qui a trahi Dieu! (28, p. 50.)
655. — Où Jésus-Christ n'est point connu , l'homme obéit à l'homme, et lui obéit absolument; où la connaissance de Jésus-Christ s'efface, la vérité baisse, la liberté subit une éclipse , la vieille tyrannie reprend et étend ses anciennes frontières. Quand l'Eglise ne pourra plus enseigner Jésus -Christ tout entier, quand les peuples ne comprendront plus qu'il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes, quand il ne s'élèvera plus de voix pour confesser la vérité sans déguisement et sans amoindrissement, alors la liberté aura quitté la terre, et l'histoire humaine sera près de sa fin. (33, p. 80.)
656. — Quel fut le résultat du beau siècle de Voltaire, apogée de la raison humaine? Ce fut la guerre la plus cruelle dans toute l'Europe , l'échafaud dans toute la France, cinq cent mille hommes égorgés dans la seule Vendée, parce qu'ils ne voulaient pas abandonner leur foi ; Couthon, Robespierre, Barras sur le trône ; la déesse Raison sur les autels; et pour avenir les splendeurs littéraires, politiques et morales dont nous jouissons. (6, p. 453.)
657. — Pendant près d'un siècle la société française s'était dit , par la voix de ses lettrés , que le dogme catholique était un instrument de tyrannie, une prison d'airain sur l'intelligence humaine; que l'Église catholique arrêtait brutalement le génie et la vertu dans leur essor. Il vint des hommes qui ne crurent point en Dieu et qui eurent toute puissance : ils furent horribles de vices, de sottise et de férocité. Telle a été la moitié de l'histoire de la révolution, destinée à prouver que l'homme, lorsque son âme et son intelligence ont secoué le joug divin, n'est que le plus cruel des animaux et l'élément de destruction le plus terrible qui soit sur la terre, puisqu'il hait et frappe de préférence le génie, la probité , la vertu , tout ce qui fait la splendeur et la force des sociétés. (7, p. 4.)
658. — Bien aveugles ceux qui , dans nos affreuses journées de juin (1848), ne voient qu'un effroyable phénomène sans causes appréciables et régulières; une folie furieuse qui cédera soit à quelques saignées comme celle que la population de Paris vient de subir, soit à l'application plus ou moins prolongée de la camisole de force! Bien aveugles ceux qui attendent le salut d'un article écrit dans une charte , ou d'un nom placé sur le trône !
Notre situation est la situ alion normale de toute société où Dieu ne règne pas. li est venu des hommes qui ont dit : « Chassons Dieu , délivrons-nous d'une morale importune, brisons le frein de nos passions, et le bonheur régnera sur la terre! » On les a crus; on s'est mis à l'œuvre^ on a travaillé soixante ans, et on a réussi, on a écrasé X infâme. Qu'en est-il résulté? Aucune des douleurs inhérentes à la condition humaine n'a disparu de parmi nous ; mais il y a de moins la foi qui les accepte , l'espérance qui aide à les supporter, la charité qui sait les adoucir. — Et nous nous entre-dévorons.(75 p. 402.)