I. ÉTAT d'oppression OU l'ÉGLISE SE TROUVE
659. — L'Église est dans les liens : on est en voie de l'étouffer sans violence et sans manquer de respect. L'administration, les lois, les mœurs, l'instruction publique y concourent d'un zèle égal et d'un égal succès; l'université lui prend les enfants, l'administration lui prend les malades et les pauvres , la police lui interdit les manifestations extérieures du culte , la politique lui défend les assemblées, le conseil d'État lui supprime la parole; et la langueur qui résulte de tant d'entraves semble avoir fait de ses enfants laïques je ne sais quel troupeau que l'on épouvante , que l'on disperse avec un peu de bruit. Et si l'Église sent qu'elle manque d'air et se plaint, on lui fait entendre qu'elle est trop heureuse de vivre. L'esprit chrétien est complètement exclu des affaires publiques. Quand par hasard une voix catholique s'élève dans les Chambres, n'est-ce pas pitié de voir quels détours il faut prendre, quels ménagements il faut garder, si l'on veut faire savoir à ces représentants de la France chrétienne qu'un de leurs collègues croit en Dieu? S'il s'agit de Trappistes, on fait remarquer que leurs monastères sont des fermes modèles. S'il s'agit
des Dominicains, des Bénédictins, des Chartreux, ce sont des propriétaires : qu'il leur soit permis de porter dans leurs maisons un capuchon sur la tête , comme il leur serait permis d'y porter un chapeau de paille; d'y prier Dieu la nuit, comme il est permis à leurs voisins de donner à danser. Le jour où l'on voudra en dire davantage , où l'on voudra poser en principe que c'est un droit de la conscience , un sacrifice exigé de Dieu , un besoin de l'âme et de la société , une conséquence légale et morale de la loi civile, il faudra descendre de la tribune au milieu des huées. (5, p. 129.)
660. — On veut bien de la religion , on veut bien du clergé , on veut bien des congrégations même ; mais à condition que la religion, le clergé, les congrégations se borneront à exister sans bruit , sans œuvres , sans influence, s'occupant de prier, puisqu'ils en ont la fantaisie, et de bénir, puisque cela ne fait pas de mal. (5, p. 207.)
661. — Le principal caractère de la persécution qui s'élève de nos jours, est Ihypocrisie : elle ment dans le but qu'elle avoue, elle ment dans les moyens qu'elle emploie pour l'atteindre. Elle prétend ne poursuivre que les congrégations religieuses, et même ne poursuivre qu'une seule de ces congrégations; mais c'est à l'Église qu'elle en veut. (6 ^ p. 62.)
662. — Protestants, constitutionnels, démocrates, libres penseurs de toutes les écoles, dès qu'il s'agit de la liberté catholique, tous, avec un accord merveilleux, deviennent les comptai fiants et les apologistes de l'absolutisme le plus abject. Le knout et l'exil leur apparaissent alors comme les vrais protecteurs , comme les vrais sauveurs de la liberté humaine. Qu'on les délivre d'abord, n'importe à quel prix, de tout ce qui pourrait mener au péril d'entendre jamais les peuplps de la terre chanter en chœur le Credo! (39, p. 429.)