‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 168 sur 216 · La plaie est dans les âmes ; c'est là qu'il faut · texte numérisé non relu

La plaie est dans les âmes ; c'est là qu'il faut

porter remède. I) ne s'agit pas de réprimer, d'emprisonner, de fusiller ; il ne s'agit pas même d'organiser le travail des bras; il s'agit d'organiser le travail des consciences. Tant que la société n'aura pas fait des chrétiens des hommes qui la troublent, elle les aura pour ennemis acharnés, implacables. Le bien-être matériel , pùt-on le leur procurer tel qu'ils le demandent , ne les apaisera pas; c'est de bien-être moral qu'ils ont avant tout besoin. La grande faim dont ils souffrent, et que rien ne peut assouvir, c'est la faim de l'orgueil. (7, p. 346.)

Ces multitudes qui réclament avec tant d'insistance le pain du corps, ont surtout besoin du pain de l'âme , qu'elles ne réclament pas et qu'on ne leur offre pas. Ce qu'elles veulent, au fond, il n'est pas au pouvoir de la société de le leur donner ; car ce qu'elles veulent n'est pas possible en ce monde. Le mouvement qui les pousse , est une révolte profonde contre la loi commune imposée à l'humanité. Elles refusent le travail et la peine. Il faut les délivrer de celte erreur, ou s'attendre à voir la société périr dans les réactions de plus en plus violentes du despotisme et de l'anarchie. Qu'on dépense, qu'on prodigue les millions , si on les trouve , il le faut; mais tous ces sacrifices aurotit lieu en pure perte , tant que la détresse morale des masses populaires ne sera pas secourue. Aucune prospérité ne saurait durer, aucune forme politique ne saurait tenir au milieu d'un peuple enivré de colère et d'orgueil, livré à de faux prophètes qui lui promettent d'établir le règne de Dieu sur la terre, et qui par le règne de Dieu sont loin, certes! d'entendre la loi de Dieu.

Ce peuple en est arrivé à regarder les maux inhérents à l'humanité conime le crime de ceux qui le gouvernent ; et, pour tout dire, il ne se trompe pas entièreaicnt. Car, si les classes élevées n'ont pas créé tout le mal , elles ont du moins créé le désespoir, en s'appliquant avec une ardeur cruelle et insensée à détruire les croyances où toute douleur puisait courage et consola-

tion. Quel a été, depuis cent ans, l'efTort des classes riches et lettrées? Elles ont voulu arracher Dieu du cœur du peuple. Elles ont réussi. La foi religieuse n'existe plus dans ces âmes énergiques; elle ne jette plus sur leur misère le raisonnement qui les adoucissait. (7, p. 355.)

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