‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 170 sur 216 · VIII. JUSTICE HUMAINE · texte numérisé non relu

VIII. JUSTICE HUMAINE

777. ■— La question de la peine de mort est mêlée intimement à l'iiistoire de l'humanité. Elle a occupé de grands esprits; les plus graves, les plus cléments, les plus miséricordieux l'ont résolue dans le sens de la peine; et toute la civilisation chrétienne a maintenu le glaive dans ses codes, si longtemps dictés par l'esprit de l'Evangile.

Le principal argument des adversaires de celte peine est un argument dramatique : on s'elforce d'agir sur les nerfs par la peinture des souffrances du supplicié. On fait des descriptions romantiques de la bouche qui se tord , de la chair qui saigne, de la guillotine qui rate.

Le bourgeois pleure toujours sur ce pauvre Holopherne, si méchamment mis à mort par Judith.

Il se peut fort bien que cette peine de mort soit abolie : cela tient à des causes qui dérivent, non du progrès, mais de la décadence de la société. Aussitôt abolie , elle sera remplacée par une autre peine , celle des massacres. Il est vrai qu'elle ne portera pas sur les mêmes individus. (9, p. 242.)

778. — La société qui ne donne pas au peuple une éducation chrétienne , abdique logiquement le droit de punir. Elle n'a plus le droit de punir même un voleur. Le voleur peut dire : Où est la loi qui me défend de voler? On ne me l'a point apprise. Les lois , si elles ne viennent du Ciel , ne seront jamais , aux yeux du plus grand nombre des hommes , que la barrière matérielle élevée pour protéger ceux qui mangent contre ceux qui n'ont que le droit de manger. Tout code qui n'est pas promulgué au nom de la sainte Trinité, et qui ne commence pas par les dix commandements de Dieu, manque de sanction dans les consciences; il sera en peu de temps vilipendé par mille sophismes ornés de toutes les couleurs de la justice et du bon sens; il croulera, et laissera la société se dissoudre dans les convulsions d'une inexprimable anarchie. (39, p. 298.)

779. — Un voleur est pris. On le met en cellule dans un étroit espace, meublé de sa couchette et d'un banc, avec une fenêtre qui laisse passer un peu de jour, qui ne laisse point passer de bruit, qui ne laisse point voir le ciel. On l'y abandonne seul, aujourd'hui, demain, toujours, jusqu'à l'heure où il sortira, dans deux ans, dans trois ans, dans dix ans. Dans dix ans! c'est-à-dire trois mille six cent cinquante de ces jours sans fin, c'est-à-dire quatre-vingt-sept mille six cents de ces heures si longues ! Notez que c'est un esprit sans lettres, un cœur sans souvenirs, une âme sans Dieu ; il ne peut ni songer, ni regretter, ni pleurer, ni prier. Il fait des

allumettes ou de la charpie; on ne lui donne point de livres. — Mais il faut bien que la peine soit une peine. Cet homme s'ennuiera, c'est ce que l'on veut. — Oui, mais il meurt! — Oh! rarement. — Mais il devient fou! — Oh! pas toujours. — Mais sa santé s'altère. — Il n'en sera que plus épouvanté. — Non, car il s'hébète et devient incapable ; il se livre seul aux vices les plus monstrueux; il contracte l'habitude d'une oisiveté invincible : il reviendra dans la cellule , il viendra y mourir. — Que voulez- vous? il faut bien qu'on le punisse ! Au reste il y a un aumônier.

Il y a un aumônier ! voilà la théorie ; voici la pratique : premièrement , pour cent à deux cents prisonniers , il n'y a qu'un seul aumônier. Il ne peut suffire à la tâche, il succombe. Secondement , les gardiens défont l'ouvrage de l'aumônier. Troisièmement, l'administration le rebute : les personnages officiels qui la servent, n'aiment point cet homme noir, ce cafard , ce jésuite. (39, p. 316.)

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