XVI. LE LIBERALISME CATHOLIQUE
824. — Quelques hommes d'État ont voulu prouver que le philosophisme, l'hérésie avec ses sectes et le
catholicisme peuvent vivre tranquillement, les uns près des autres, se donnant paisiblement la main. Ils le peuvent, disent-ils, parce qu'ils le doivent; cela sera parce qu'il faut que cela soit.
Ceux qui tiennent un pareil langage sont aveugles, ou bien ils veulent, dans l'intérêt de leur secte et de leurs propres systèmes, endormir plus profondément encore ces froids catholiques qui ne savent quels grands principes sont placés sous la garde de leur sainte religion.
Il n'y a qu'une vérité ; cette vérité ne doit pas vivre tranquillement à côté de l'erreur, et l'erreur ne veut pas vivre tranquillement à côté de la vérité. Les hommes ne sont pas dans l'erreur uniquement pour le plaisir d'y être : ils s'y créent des intérêts; ils y cherchent des satisfactions auxquelles la vérité, même inerte, oppose des obstacles qu'il leur faut nécessairement combattre et surmonter. L'attaque appelle la résistance; la lutte s'établit, s'envenime : voilà le fait éternel contre lequel tous les syllogismes ne prouveront rien.
Je sais que la lutte plaît aux hommes d'État philosophes; ils y voient l'état normal de la société; ils croient que le monde ne peut pas vivre autrement; que toute lumière, toute grandeur, toute civilisation, toute gloire naissent du combat. Mais en même temps ils sont obligés d'affirmer que cette lutte, qui leur plaît si fort, peut être restreinte à des bornes paisibles et légales, conviction que le bon sens n'avoue pas et que l'histoire n'autorise nulle part comme il l'entend. Le libre examen enfante l'hérésie, et l'hérésie est un crime social. Admettre ce crime comme un fait nécessaire et juste, lui donner droit de bourgeoisie, puis espérer un repos pubhc quelconque, une morale sure , une grandeur vraie, une prospérité durable, un noble développement de l'esprit humain, c'est quelque chose d'insensé.
Un gouvernement fort , des hommes intelligents toléreraient l'élément délétère qu'on ne peut supprimer;
mais ils ne l'approuveraient pas , ils ne l'accroîtraient pas. Loin de là, enfermant la peste morale dans les esprits qu'elle a infectés, ils s'attacheraient à en préserver les têtes saines encore , et surtout les enfants. (28, p. 75.)
825. — Le libéralisme catholique nie que le pouvoir puisse être chrétien : je nie qu'il puisse impunément ne l'être pas, et que nous puissions impunément nous dispenser de faire tout ce que la religion commande et approuve pour le maintenir chrétien ou l'obliger à le devenir.
Provoquer, fabriquer de nos mains un gouvernement athée par principe , donner le sacre à cette chose absurde et vile, ce serait trahison envers le genre humain. L'humanité nous en demanderait compte devant Dieu. Elle nous accuserait d'avoir éteint la lampe, d'avoir été les complices des ténèbres. (33, p. 53.)
826. — Jésus-Christ ne veut point d'équilibre : <i Qui n'est pas pour moi, est contre moi. » (Matth. xii, 3.)
827. — « Il faut suivre le courant. » Nous sommes nés , nous sommes baptisés , nous sommes sacrés pour remonter le courant. Ce courant d'ignorance et de félonie de la créature, ce courant de mensonge et de péché , ce courant de boue qui porte à la perdition, nous devons le remonter et travailler à le tarir. Nous n'avons pas d'autre affaire au monde. (33, p. 64.)
828. — L'Église ne répudie pas la société humaine et ne veut pas en être séparée. Il est de l'intérêt du démon , non de celui de l'Église et de la société chrétienne, d'ôter la croix à la couronne et d'ôter la couronne à la croix. (33, p. 67.)