‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 177 sur 216 · XV. MAUVAISE FOI DES LIBERAUX · texte numérisé non relu

XV. MAUVAISE FOI DES LIBERAUX

815. — Cherchant à concilier les besoins du cathohcisme avec les entraînements les plus légitimes de ce siècle, qui est le nôtre et que nous acceptons, nous avons fait retentir d'une voix convaincue dans la chaire, dans la presse, à la tribune, un cri d'alliance entre l'Évangile et la charte, entre la loi du ciel et la loi du temps et de la patrie : Dieu et la liberté! Qu'a-t-on ré-

pondu? Des injures; et on a fui îe terrain. Personne n'a entrepris d'établir que la liberté et la religion ne peuvent se donner la main ; presque tous nos adversaires se sont montrés tout prêts à sacrifier la liberté , pour se débarrasser de Dieu qui venait avec elle. Nous entendant crier avec eux : Vive la liberté des cultes, vive la liberté de la presse, vive la liberté des associa tions, vive la charte ! ils n'ont plus voulu d'aucune de ces libertés. Pourquoi? Parce qu'avec tout cela nous sommes chrétiens, et que c'est un usage nouveau de la liberté, qui les déconcerte et les épouvante. (5, p. 445.)

816. — Nous avons demandé la liberté , nous la demandons encore très-grande , très-large , et pour nous et pour les autres; nous croyons toujours qu'il n'y a de salut pour la France que dans l'intelligence complète et dans l'application sincère de la liberté. Mais nous avons vu les clubs, nous avons vu la presse démocratique, nous avons vu les journées de juin, et à chaque instant nous voyons encore quel respect professent pour la conscience d'autrui les hommes qui se prétendent les vrais et les seuls amis de la liberté. C'est assez pour nous faire comprendre, à défaut de logique , que la liberté a besoin de limites , et qu'il n'y aurait pas de pire oppression pour la liberté humaine que la liberté illimitée. (9, p. 332.)

817. — J'ai voulu de tout mon cœur, et de tout mon cœur j'ai cherché la liberté. Elle a été mon but sous tous les régimes; sous tous les régimes je me suis convaincu qu'elle était possible , compatible avec les intérêts de la religion, qui sont les vrais intérêts de la liberté et de la société ; mais sous tous les régimes je me suis convaincu qu'il n'y a de vrais libéraux que les vrais catholiques. La révolution a suscité dans le monde et dans tous les pays du monde une race déplorablement ignorante dont la tête perverse ne veut pas de la liberté , parce qu'elle ne veut pas de la reUgion. (16,

p. XXIV.)

8i 8. — Nous vivons au milieu d'un monde à qui nous proposons une doctrine de salut dont il a horreur, et qui ne veut pas que nous soyons libres de le persuader ; car dans sa démence , il n'imagine rien de plus affreux que d'être sauvé par nous. La liberté qu'il encense n'est si belle à ses yeux que parce qu'elle lui donne des traits pour nous accabler et des ailes pour nous fuir. S'il voit que nous allons trouver nous-mêmes une petite arme dans les mains de la liberté, un peu d'abri à son ombre, il la renie aussitôt.

Lequel d'entre nous , ayant étudié de près les nombreuses et diverses asseml3lées auxquelles notre sort a été remis, a pu faire longtemps ce rêve qu'un jour elles nous donneraient la liberté, ou seulement nous la laisseraient conquérir? (10, p. 107.)

819. — La liberté, pour nous, c'est de souffrir ce que nous savons être l'erreur; la liberté, pour nos adversaires, c'est de supprimer ce qu'ils voient que nous adorons comme la vérité. (7, p. 32.)

820. — Aux yeux des libéraux , il n'y a de droit sur la terre que le droit de ceux qui se sentent fatigués de tout joug religieux et social, et qui veulent détruire l'ordre jusque dans son essence et dans son avenir. Quiconque pense autrement n'aime pas la liberté , et ne l'aimant pas , n'est pas digne de la posséder. Il faut donc, n'importe à quel prix , devenir plus forts que ces partisans de l'esclavage, et se défaire d'eux par les lois , par la prison , par l'exil , par la mitraille , par le couperet, selon le degré de résistance dont on les jugera susceptibles. Voilà le fond du sac radical. (7, p. 42.)

821. — Le libéralisme est la haine de la liberté, parce qu'il est la haine de la vérité. Son véritable nom est le mensonge. Il a deux doctrines, l'une extérieure et de montre, l'autre intérieure et de pratique, où il se ré-

vèle. La doctrine extérieure dit liberté; l'intérieure est la négation de cette vérité par laquelle seule les hommes sont libres.

Que la paix et Tordre , la bonne politique , le sage gouvernement puissent jamais sortir de là pour des nations dont cette pratique n'est pas le tempérament même, c'est un rêve. Néanmoins le rêve a quelque chose de séduisant et qui peut gagner des esprits honnêtes. Si le mensonge ne savait pas prendre souvent les hommes par leurs meilleurs côtés , il aurait peu de succès en ce monde. (13, p. 92.)

822. — Dans l'esprit de ceux qui le préconisent, sauf un petit nombre d'honorables exceptions , la fin voulue du régime parlementaire est la persécution et la ruine de l'Église catholique. Il est la création du libéralisme en haine de la vérité chrétienne : voilà ce qui le recommande, même à ceux qu'il effraie et qu'il perdra les premiers. Parce qu'il leur promet de ruiner l'Éghse, ils lui pardonneront tout, même ce qui les épouvante, même ce qui les frappe, même ce qui les convainc d'attachement réfléchi au mensonge. (13, p. 96.)

823. — «A vingt ans, dit un auteur, on est répubhcain ; c'est l'âge de la vertu. » Quelques-uns se prolongent jusqu'à la trentaine; ensuite^ ils s'arrangent. Beaucoup de raisons conseillent de n'être pas toujours vertueux. Il y en a de plausibles : doit -on crever de faim? Doit-on priver le pays de lumières qu'on serait en état de répandre? Cela est très -captieux. Et puis les exemples ne manquent pas. (41 , p. 104.)

Page 1