PREMIERE PARTIE
Dieu met à vos travaux un prix assez grand pour que vous n'ayez pas le droit d'en exiger aucune joie ici-bas; mais sa bonté est telle qu'il sème d'immenses félicités même nos jours périssables, lorsque nous les lui consacrons. Vous n'en savez rien encore; faites seulement un pas dans la bonne route, vous le comprendrez.
Vous avez maintenant assez expérimenté la vie pour savoir ce qu'elle peut offrir; vous êtes assez chrétien, ou plutôt assez sensé, pour ne pas douter que vous devez mourir, et que vous serez jugé sévèrement. Les enseignements qui sortent de là sont vulgaires, un enfant les ferait. Gomment ne rougissez-vous pas qu'il faille vous les rappeler? Vous n'êtes pas aveugle, et cependant il faut, en présence du soleil ^ vous rappeler qu'il est jour.
Qu'espérez -vous? Qu'attendez -vous? Vous seriez le roi des rois , vous auriez tout ce que vos yeux peuvent voir, vous régneriez sur le monde par la force du bras et par celle de l'esprit, et cela, ce qui ne peut être, sans troubles , sans tumultes , sans combats , sans douleurs ; vous auriez le pouvoir plus longtemps qu'aucun homme ne l'a eu, vous ajouteriez les années aux années, comme les couronnes aux couronnes, le terme de votre puissance et de vos jours n'en arriverait pas moins. Et à l'heure de mort que vous resterait-il, si vous n'aviez pas aimé et servi Dieu?
Que reste-t-il aux conquérants de leurs royaumes , aux philosophes de leur gloire , à l'athlète de sa force , à l'homme vain de ses vanités? Leur richesse meurt avant eux : tous au moment suprême donneraient tous leurs triomphes pour un rayon de la couronne du dernier des saints.
Même ici-bas, le bonheur de ces heureux du monde est peu de chose. Ils épousent des luttes sans palme, des angoisses sans repos , de viles inquiétudes , de stériles remords ; ils sont soumis à des humiliations ignobles, car le but qui les leur fait traverser est terrestre; ils tremblent quand l'émeute crie dans les rues,
quand le vent souffle sur les mers, quand l'envie ou la raison examine leurs livres, quand un rival se présente devant les yeux mortels qu'ils ont voulu charmer.
Vous souhaitez le pouvoir, afin de commander aux hommes et de les gouverner; mais vous seriez gouverné par les flatteurs et par les événements. On vous jettera l'inquiétude et l'injure , et vous renverrez la corruption. Vous serez cloué à votre puissance comme à un gibet.
Vous voulez être riche , afin de goûter tous les plaisirs : votre or achètera des voluptés impures qui vous altéreront sans cesse et ne vous satisferont jamais , vous paierez bien cher des milliers de dégoûts; vous souillerez toutes les joies du cœur, puis un soutfle vous enlèvera tout et vous resterez avec de honteux regrets.
Vous recherchez la science afin d'étonner le monde, mais le monde ne vous entend pas; les critiques de l'ignorance vous sont amères , vous trouvez toujours plus savant que vous, vous vous adressez mille questions auquelles vous ne pouvez répondre, et le pauvre qui prie dans le coin obscur d'une église de village, voit des merveilles et goûte des joies que vous ne soupçonnez pas.
41. — Osez sonder le fond de votre cœur : cherchez-y ce qui s'oppose à Dieu malgré vous; arrachez-le malgré vous. Tel est le prix de la paix, si vous voulez la paix. Et si vous ne la voulez pas, il faut la vouloir.
Dieu ne veut pas être en rivalité et en guerre dans votre cœur. Donnez-lui la paix, pour qu'il vous donne la paix. Ce que vous ne lui donnez pas, il ne vous le donnera pas.
Pour vous contenter, dites- vous, il faut beaucoup, pour ne pas dire tout. Eh bien, tout, c'est Dieu, et pas autre chose, ni moins ni plus. Quelque chose avec Dieu, ce n'est plus Dieu, ce n'est plus tout. Nous trouvons cela en nous-mêmes. Un amour partagé ne nous est plus un amour. Celui qui aime un autre autant qu'il