‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 200 sur 216 · XVIII. SAINT LOUIS · texte numérisé non relu

XVIII. SAINT LOUIS

917. — Saint Louis et son époque peuvent soutenir la comparaison, non -seulement avec tout ce qui est de notre temps, mais avec des temps plus beaux et plus riches en grands hommes. Que l'on veuille bien retirer du débat les progrès de la chimie et de la mécanique, qui sont les fruits d'un long travail antérieur ; que l'on écarte les chefs -d'œuvres littéraires, accidents heureux, de peu d'importance pour l'essentiel de la force des nations et du bonheur des individus. Allons au fond : nous trouvons des lois admirablement sages, une admi-

nistration vigilante, une politique généreuse, un royaume en bon ordre, des finances prospères, les lettres cultivées et tenues en bride , les sciences honorées, la justice et la vertu sur le trône, un peuple qui aime son roi, et ce roi, vénéré de toute la terre. Si l'art de gouverner est le plus beau des arts et la somme de la sagesse humaine, qui l'a poussé plus loin? On paraît croire que saint Louis était ignorant : c'est tout le contraire ; il était beaucoup plus lettré que Louis XIV. Ses mœurs étaient plus pures : des moeurs plus pures sont l'effet d'une âme plus forte et d'un esprit plus véritablement éclairé. De son temps, on ne bâtissait point Versailles, mais on élevait la Sainte-Chapelle. Le roi ne paraissait point dans les tournois et dans les ballets, mais on le voyait dans les camps, dans les églises, dans les hôpitaux et sous le chêne de Vincennes. Autour de lui, beaucoup de moines, pas de poètes, c'est vrai; mais point de courtisanes ! Il ne soutfrait point que les poètes le comparassent à Dieu ni au soleil, et ses moines lui disaient la vérité.

« Il alla, dit- on, se faire emprisonner en Egypte et mourir de la peste à Tunis. » Le roi ou l'empereur français qui, pour abattre la puissance anglaise, cet islamisme de notre temps, risquera de trouver la mort en Egypte ou ailleurs, ne fera pas une folie trop nuisible à la France ni à sa postérité. En somme, saint Louis, mort de la peste à Tunis, légua à ses enfants cinq siècles de puissance, et sut attacher à son nom une gloire éternelle. C'est ce que n'ont pas obtenu les rois habiles qui ont dit : Chacun pour soi, chacun chez soi , et qui, par politique, ont abandonné la cause de la justice ou trahi la chrétienté. Plusieurs, après ce grand soin de ne rien faire pour les autres , se sont trouvés n'avoir rien fait pour eux et n'ont pu mourir chez eux. (46, p. 102.)

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