XXV. SACRE (cérémonie DU
938. — L'empereur d'Autriche songe à se faire sacrer comme roi de Hongrie ; l'on fait des préparatifs pour que la cérémonie soit belle : le Journal des Débats s'en amuse , et persifle ce roi qui veut être solennellement sacré. Il estime que le sacre des rois est une pompeuse « mascarade. y>
Notez que le Journal des Débats , quand il entre à l'Académie, de quoi il est très- friand, passe un habit particulier, un habit bleuâtre , avec des agréments de soie figurant du laurier vert. Il se met de ce laurier figuré sur les basques, sur les hanches, au collet, il s'en décore tout l'estomac jusqu'au ventre; il accroche encore là-dessus toutes sortes de fanfreluches , il se campe sur la tète un chapeau historié ; il s'accole même une épée. Dans cet équipage de chevalier ou d'empereur des lettres , il se rend sous un dôme, et il y récite une harangue, non sans pompe, à la suite de quoi il est régalé d'une contre-harangue, laquelle ne manque pas de pompe non plus. Cette pompe et cette contre-
pompe , est-ce une mascarade? Point du tout,, c'est un sacre.
Le Journal des Débats va aussi au Sénat : autre habit, autre épée, autre chapeau, autre pompe, autre sacre.
Que d'autres occasions moins graves où l'on se met en cérémonie, et en costume de cérémonie :1e baptême, le mariage, la mort , un bal aux Tuileries ou à l'Hôtelde-Ville, l'ouverture des Chambres, etc. La prestation du serment de fidélité, cérémonie aussi , la présentation du nouvel académicien, cérémonie encore, requièrent une certaine pompe, parce qu'elles ont un côté sérieux. Il n'est pas jusqu'à l'introduction d'un nouveau décoré de la Légion d'honneur qui ne se fasse avec quelque petit appareil : on lui assigne un parrain, il reçoit sur l'épaule un coup de plat d'épée et il reçoit l'accolade.
Le sacre est un baptême et un mariage, un engagement que prend le roi envers Dieu et envers les hommes, un humble aveu qu'il fait de sa faiblesse et du besoin qu'il a de l'assistance divine pour remplir les immenses devoirs qui vont peser sur lui. Pourquoi cette grande chose se devrait -elle accomplir sans ordre, sans témoins, sans magnificence, en paletot et en robe de chambre , comme s'il s'agissait de prendre la direction d'un bureau?
L'homme appelé à commander aux autres comprend la nécessité de n'être pas un homme tout à fait comme les autres. Il lui faut quelque chose qui le distingue des chefs de bureau et des généraux de division, quelque chose qui explique et qui honore l'obéissance qu'on lui rend. Le roi donc se met en présence de Dieu et de son peuple , il prend des engagements et se donne un caractère à part. Cette conception est belle.
Après tout, les rois non sacrés, ou mal sacrés, ou revêtus simplement du sacre populaire, n'ont pas tous fait en ce siècle la plus belle figure du monde. On a eu Louis-Philippe, Othon, le malheureux empereur du Mexique. Tous ces princes d'Allemagne, si philoso-
phes, comme ils ont croulé! Ils élevaient leurs filles pour être de la religion que l'on voudrait leur donner. Dieu a laissé la Prusse faire des choses qui ne témoignent pas que la Providence prenne grand souci des principautés où l'on n'a pas souci de la vérité. Le sacre n'empêche pas toujours les chutes, mais il y a manière de tomber. ( Univers, 20 mai 1867.)