‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 208 sur 216 · XXVIII. SOLDATS · texte numérisé non relu

XXVIII. SOLDATS

950. — Dieu n'aime pas la guerre, parce qu'elle est une punition et qu'il n'aime pas à punir. David , quoique saint et agréable à Dieu , n'eut point la permission de bâtir le temple. Dieu lui dit : Vous avez répandu beaucoup de sang ; vous ne pouvez édifier une maison à mon nom. Néanmoins, le fléau de la guerre, étant entre ses mains un moyen d'exercer sur les nations sa justice , qui est toujours un bien , et de ramener sous ses lois ceux qui s'en écartent par un abus de la liberté, il a fait^ dans son peuple même , une grande place aux institutions et à l'esprit militaires. Il suscita parmi les Juifs de bons et grands capitaines, de braves soldats, d'illustres héroïnes, qui paraissent dans les livres saints avec une gloire immortelle pour avoir vaillamment combattu, et qui sont loués d'avoir donné et cherché la mort. (35, p. 76.)

951. — L'Eglise catholique prie sans cesse pour la paix; mais elle ne condamne pas la guerre en ellemême ; loin de blâmer la profession des armes , elle l'honore et la sanctifie (35, p. 83.)

952. — L'Evangile fait mention de trois hommes de guerre à qui la grâce de la foi est accordée. On voit aussi des soldats venir à la prédication et au baptême de Jean-Baptiste. La profession des armes , profession d'obéissance, de dévouement et de sacrifice, éveille

dans le cœur des hommes certaines dispositions qui les rapprochent de Dieu. Le christianisme y faisant entrer des sentiments d'humanité qu'elle ignorait, l'a mise en un honneur où elle n'était pas avant lui , et où elle ne resterait pas longtemps sans lui. ( 1 , p. 197.)

953. — L'épée est pour le Français comme un huitième sacrement, créé à son usage et qui le rend meilleur. Vingt fois l'expérience a été faite : on a ramassé la populace des villes, tout ce qu'il y a au monde de plus railleur, de plus insoumis , de plus turbulent , et l'on a pu en tirer une bonne troupe. A peine ont-ils le sabre au flanc et l'uniforme sur Tépaule, ils sont accessibles à des idées qui n'avaient auparavant aucun chemin pour saisir leur intelligence. On peut leur parler de devoir, d'obéissance , de respect : on peut leur parler de Dieu.

Qu'est-ce qu'un soldat? C'est un moine par la régularité, par la sobriété, par les privations, par l'abandon à la volonté du supérieur. Que le soldat soit chrétien , il n'y a pas d'état qui se rapproche plus de l'état monastique. (10, p. 466.)

954. — Un soldat chrétien qui meurt sous les armes, oflrant son sacrifice à Dieu , parce que c'est la volonté de Dieu qu'il meure, et parce qu'il meurt pour la patrie , est un vrai martyr, dont la place est avec ceux qui montent au ciel la palme dans les mains ; car la pénitence de sang vaut le baptême de sang. (35, p. 373.)

955. — '{Aux mères pleurant leurs fils morts chrétiennement en Crimée.) Mères, consolez -vous , nous sommes en un temps où vos enfants pouvaient autrement mourir; vous surtout, mères chrétiennes , consolez-vous, car ils meurent chrétiens; leur noble sang eflace bien des souillures, répare bien des offenses.

(A la France. ) Et toi , Patrie , ne regrette pas ces sacrifices : la justice divine pouvait t'en demander de

plus grands et qui seraient moins féconds ! Ce ne sont plus là les meurtres odieux et les blessures durables et envenimées que fait la guerre civile ; ce sang ne coule pas pour alimenter, pour irriter le feu de nos discordes intérieures; et tout au contraire, lui seul peutêtre aura la vertu de les éteindre. Déjà il nous rassemble dans les mêmes sentiments de douleur, de respect et d'admiration. (35, p. 371.)

956. — Que fait un jeune homme au service? Durant de longues années, il languit dans les grades inférieurs. Il passe tout son temps loin de sa famille , privé de la société des gens instruits. Il dévore sa vigueur, uniquement occupé à faire tourner trois à quatre douzaines de soldats. Ses loisirs se consument au café, sur la place publique, presque toujours dans la mauvaise compagnie. Se livrer à l'étude n'est pas pour lui chose aisée. Il faudrait beaucoup de courage pour braver les quolibets des camarades ; beaucoup de fermeté pour résister à la séduction des plaisirs. Et puis, à quoi bon? Le but manque à ceux que l'attrait de la science n'attire pas. Étudier ne leur servira de rien ; l'avancement n'en sera pas plus rapide. On s'habitue à ne rien faire ou à mal faire : on est usé ou incapable lorsque enfin on se trouve en passe d'agir. (19, p. 263.)

957. — Nous avons dans nos zouaves pontificaux la meilleure espèce de croisés. Le vrai croisé était celui qui, sans péché à expier, sans humeur aventureuse, sans prendre garde à l'opinion du monde, disait en son cœur: Dieu le veut, et prenait la croix et laissait tout le reste, uniquement pour obéir à la volonté de Dieu.

Ce grand sentiment a été l'Unique motif auquel ont obéi beaucoup de ces nobles zouaves. Ils se sont olferls sans espérer qu'ils dussent faire grand'chose. Mysaël de Pas me disait en partant : « Je suis faible , je suis malade, je ne me trouve bon à rien, mais on peut toujours mourir.» Il a été tué à Gastelfidardo. (22, p. 376.)

C'est parmi ces jeunes gens que la littérature ira chercher des figures héroïques , des âmes rayonnantes de la grande poésie^ à la fois fortes et ingénues, amoureuses du sacrifice. J'ai trouvé là d'admirables vaillances d'esprit et de cœur, des esprits ardents et justes, des cœurs enflammés de nobles désirs. Ils étaient venus offrant leur vie ; on leur demande , et ils donnent davantage ; on leur demande la patience, et ils sont patients. Point de combats, point d'état, aucune perspective flatteuse, pas même la consolation de monter la garde à la porte du Saint -Père. Ils donnent les précieuses années de leur jeunesse sans aucun profit apparent pour personne ni pour eux-mêmes. C'est une étape d'une durée indéterminée à fournir. Au bout, peutêtre, un guet-apens, du genre de Castelfidardo , peutêtre rien ; mais peut - être aussi l'occasion de mourir utilement pour l'Église. Ils restent sur ce peut-être. En attendant, pour l'honneur de protester contre l'apostasie générale, ils laissent de côté toute considération personnelle, et plus d'un étouffe son cœur aussi bien que son ambition. (22, p. 379.)

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