‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 32 sur 216 · X. LA RELIGION EST LA BASE DE l' AUTORITÉ · texte numérisé non relu

X. LA RELIGION EST LA BASE DE l' AUTORITÉ

116. — La base même de l'autorité politique est l'autorité religieuse. Jamais un peuple qui rejette ou méprise la loi de Dieu, ne sera un peuple respectueux et soumis devant la loi humaine. La force matérielle ne remplace la force morale que très -imparfaitement et pour un temps très- court. C'est ce que l'esprit révolutionnaire bourgeois ne sait pas, ne veut pas savoir, ne saura jamais. Pour lui le prêtre est un homme de police supplémentaire et provisoire, dont on peut se servir un jour, mais avec lequel il faut rompre dès que le péril s'annonce prêt à passer. On craint que par cette manière particulière qu'il a, et qu'il a seul , de rendre les bons offices qu'on lui demande, il ne vienne à se faire des amis. Pas de droit, pas de liberté à ces hommes noirs! Qu'on ne leur laisse pas élever la jeunesse ! Qu'on ne leur permette pas d'enrôler le peuple dans leurs congrégations! Qu'on leur mesure l'air, le sol, l'action, et, s'il se peut, jusqu'à la prière! Ils ont des idées de domination , ils ne savent point marcher avec le siècle, ils nous ramèneraient au passé! ( 9^ p. 529.)

117. — L'autorité conspire contre elle-même et se trahit, lorsqu'elle se sépare de Dieu. Premièrement, elle se retire la protection de Celui par qui les rois régnent: secondement, elle ne peut se séparer de Dieu sans entreprendre contre les droits de Dieu; et tout ce qu'elle fait en ce sens tourne aussitôt, tourne nécessairement contre le bien du peuple. Car le droit de Dieu en ce monde, c'est véritablement le bien et l'apanage.

l'unique bien , l'unique apanage des faibles et des petits; c'est la justice qui les protège, la charité qui les assiste, la lumière qui les éclaire, les ennoblit et les console. Ils n'ont que cela, et qui manque aux droits de Dieu leur ôte ceia. Les peuples ne tardent pas, sinon à le comprendre, du moins à le sentir. (12, p. 205.)

118. — Durant trois siècles et plus, les martyrs du Christ, amenés dans le cirque, ont passé devant la loge impériale, disant à César, toujours respecté d'eux : 0 César, ceux qui vont mourir te saluent! Et refusant d'introduire dans les dogmes des catacombes les dogmes de l'empire, ils sont morts, mais l'Église qu'ils représentaient n'est point morte. Elle est venue s'asseoir en face de César, devenu son humble enfant, et César a été fort par elle. Bientôt cependant il a cru que sa force était en lui. Il a refusé le concours de l'Église pour ne plus subir son autorité. Il a chancelé alors, et le voilà à son tour descendu dans l'arène. Il passe, ne sachant où il va; il passe encore couvert de pourpre et d'or, injuriant cette vieille reine, douce comme aux jours de ses tristesses, paisible comme aux jours de ses splendeurs. Elle le regarde avec compassion et lui offre sa paix; il la regarde avec colère, et lui montre son glaive mutilé : Morituri te blasphémant. Et c'est pourquoi César ne reviendra plus, quel que soit César, s'appelàt-il Peuple, et fût-il vêtu de haillons ! Ne craignons point. La parole qui demeure quand tout passe, a prononcé l'arrêt d'en haut; elle a dit pour tous les siècles: J'ai vaincu le monde. (7, p. 50L)

119. — L'ordre naturel ne peut se passer de l'ordre surnaturel qui est son guide : Tordre surnaturel ne peut se passer de l'ordre naturel qui est son aide. Il a plu à Dieu qu'il en fût ainsi, et jusqu'au dernier jour, en dehors de cette union nécessaire, il n'y aura que le chaos.

Quel est le but du pouvoir? Que doit -il vouloir? Gloria in excelsis Deo , et in terra pax hominibus honœ voluntatis. Cette paix que le Dieu d'amour et de justice veut donner aux hommes ne peut être ni la paix de Brutus, ni la paix de César. Sans justice et sans amour, point de paix , point de liberté. Là où règne l'esprit de Dieu, répandu par son Église, là règne aussi la liberté.

Procurer la gloire de Dieu et la liberté des hommes par l'expansion de Tesprit de Dieu, telle est la loi du pouvoir. Tant qu'elle sera transgressée, le monde cherchera en vain la liberté et la paix, le pouvoir cherchera en vain d'affermir l'autorité.

Dieu l'a voulu ainsi. 11 a voulu ces deux mains, le Pape et l'Empereur, à asseoir les sociétés humaines. D'accord, elles peuvent tout bien; désunies, elles sont impuissantes contre tout mal.

Sans l'Empereur, le Pape n'est qu'un martyr immortel ; sans le Pape, l'Empereur n'est qu'un dieu de prétoriens , une idole souvent refondue. ( 21 , p. 225.)

120. — Le pouvoir est la chose la plus nécessaire après Dieu, et il s'en va et revient toujours avec Dieu. (12, p. 137.)

121. — De tous les mensonges possibles vous ne tirerez jamais que le mensonge. Vous parlez d'installer sur la terre la liberté: pas de liberté sans nous! La liberté est l'attribut des enfants du Christ. Vous ne serez pas libres, si vous n'êtes chrétiens; vous ne serez pas chrétiens , si vous n'êtes catholiques.

En dehors de nous, vous ne pouvez que détruire , et vous ne pouvez rien contre nous, car vous ne pouvez nousdétruire. (21,p.387.)

122. — Les gouvernements , tombés dans une erreur barbare, oublient tout simplement que l'homme a une

âme. De là leur impuissance absolue à concilier Tordre et la liberté, le développement individuel et le développement collectif et social. Leur science traite l'homme comme s'il n'avait qu'un corps et des appétits; elle ne lient pas compte de son âme immortelle et de ses devoirs envers Dieu. Voilà pourquoi cette science, qui veut sincèrement réaliser l'ordre, n'engendre que des révolutions. Les lois qui régissent les sociétés, comme les lois qui régissent les individus, ne peuvent être justes, et par conséquent stables, qu'à la condition d'être modelées sur les rapports de l'homme avec Dieu. (24, p. 63.)

423. — S'abstenir et respecter, c'est la doctrine et la nécessité de l'ordre. Pour la faire accepter, il faut autre chose que des brochures, des tribunaux et même des armées; il faut des apôtres. Rien ne peut remplacer dans les sociétés humaines les consolations, les récompenses, les contraintes infinies de la religion. Quelle constitution remplacera l'Évangile? Quel régiment remplacera l'Église? (8, p. 206.)

124. — Notre société moderne ne peut être ni juste, ni sage, ni prospère; elle n'arrivera, quoi qu'elle fasse, ni à la liberté, ni à la sécurité, ni à la grandeur, tant qu'elle n'aura pas fait à l'Église une part et une place suffisante dans ses institutions. (8, p. 11.)

125. — Tout peuple qui ne voit pas en Dieu la source de l'autorité est incapable de liberté; toute autorité qui ne prend pas à cette même source son droit et ses obligations, ne s'appuie que sur la force matérielle, est bientôt réduite à en abuser, et l'épuisé par cet abus.

Le rôle du gouvernement qui veut remplir une m.ission de salut, est de mettre l'Église en état d'exercer sa fonction et d'écarter tout ce qui a pour effet d'annuler son travail et delà supprimer elle-même. (12, p. 157.)

126. — Ce cri de liberté si naturel , si doux, si saint même dans l'ordre naturel de la société chrétienne, plane aujourd'hui sur le monde avec un retentissement lugubre qui glace tous les cœurs dans une attente pleine d'effroi. Liberté veut dire jouissance, et jouissance veut dire pillage.

Vous croyez qu'il suffit de réunir quelque part quatre à cinq cents hommes et de les constituer en législateurs ! Vous croyez que leurs lois, qui ne tiennent compte ni du ciel ni de l'enfer, seront obéies, qu'elles imposeront la paix, qu'on s'empressera de s'y soumettre, que le riche leur immolera ses fantaisies, que le factieux tremblera devant leur majesté sainte !

Oui , quelque chose d'analogue s'est vu : l'Église faisait cela; elle pourrait le faire encore , parce que ses lois viennent de Dieu. Seule elle peut dire au peuple : Tu seras pauvre, car Dieu a voulu naître et vivre dans la pauvreté; tu seras pauvre, afin que moins d'embûches et de tentations exposent ton âme; tu seras pauvre, afin de ne point t' attacher, même involontairement, à la terre, dont tous les trésors sont indignes de toi, qui es l'héritier du ciel. Tu obéiras , parce que le Fils de Dieu a voulu obéir, qu'il est dangereux et redoutable de commander, et que l'obéissance est une vertu encore plus grande que la pauvreté. Tu souffriras, mais pour mériter, et aucune de tes souffrances ne sera perdue ; tu souffriras par l'ordre de Dieu , qui t'aime davantage à mesure que tu souffres davantage; tu souffriras en mémoire de ce que Dieu a souffert pour toi , et quelque poids qu'il donne à ta croix, elle n'égalera janaais le poids de celle qu'il a portée pour te racheter. (36, p. 233-235.)

127. — Que gagneriez -vous à triompher du catholicisme? Une mort plus prompte... Vous ne vivez que par lui. Séchez la main qui nourrit vos pauvres, étouffez ou déshonorez la dernière voix qui recommande avec quelque autorité aux hommes de respecter l'ordre , d'o-

béir aux lois, de s'aimer entre eux, vous verrez ce que durera l'édifice que vous entreprenez de bâtir. Quoi que vous en pensiez, l'autel et le trône sont dans le même plateau de la balance, et c'est l'autel qui fait tout le poids. Renversez l'autel, je vous jure que le trône sera léger. Si vous savez l'heure de notre défaite, ou de notre avilissement, mettez en sûreté vos trésors. Tout croule, quand nous ne sommes plus là. Vingt empires dorment dans les tombeaux qu'ils nous ont creusés. (5, p. 132-135.)

128. — Comme le vent de la mer flétrit ce qu'il atteint, l'esprit de révolution soutlle sur le monde , détruisant toute liberté. Que fait l'habitant des bords de la mer pour abriter ses possessions? Il sème des arbres qui résistent au vent. Lorsque ces arbres ont atteint leur croissance, l'homme a conquis, et bien loin par delà, toute la terre où s'allonge leur ombre. L'arbre précieux qui résiste au vent des révolutions et à l'ombre duquel la liberté s'enracine, c'est l'arbre de la Croix.

129. — On a parlé de faire rentrer dans leur lit les fleuves et les révolutions. Le lit où l'esprit des révolutions doit être contenu , c'est l'ordre social , l'ordre chrétien. (34, p. 9.)

130. — Pour dompter les révolutions, il faut revenir à la loi dont l'abandon a fatalement déterminé les faits qui les suscitent et qui les perpétuent. En d'autres termes , il faut suivre la politique de Dieu. Il n'en existe point d'autre qui sauve les sociétés humaines. (11 , p. 91.) ■

Si la civilisation européenne ne garde que le culte de ses grands hommes, elle tombera promptement dans des peines et des détresses que ses savants ne conjureront pas, que ses histrions n'égayeront pas, et que ses hommes de guerre ne termineront pas. (22, p. 410.)

431. — La plaie du peuple est à l'âme; elle est profonde , envenimée , épouvantable. Les constitutions y feront peu de chose , les coups de fusil n'y feront rien. La société est menacée d'une ruine totale, si elle ne vomit le poison dont elle s'abreuve depuis un siècle. (39, p. 14.)

432. — La question italienne n'est pas en Italie, et la question européenne n'est pas en Europe. La question italienne, la question européenne , la question humaine est de savoir si le genre humain obéira au diable ou à Dieu.

11 n'y a de question qu'entre Jésus -Christ et Satan. Notre besogne, la besogne de l'Europe est de donner le monde à Jésus -Christ. Si nous ne faisons pas cela, Satan gardera ce qu'il possède et prendra le reste. (21 ,

133. — Les efforts du parti conservateur avorteront misérablement, et ses victoires ne porteront pas de fruits tant que la société française ne sera pas placée sous la loi de Dieu. Sans cette loi , qui est l'ordre même, sans les miracles de sagesse et de charité qu'elle inspire, tout ce que la société croira étouffer vivra plus fort sous la compression , tout ce qu'elle croira sauvé sera perdu.

Nous ne comptons pas sur l'efficacité des œuvres purement humaines pour assurer la conservation d'une société dont l'unique péril est d'avoir cru qu'elle se gouvernerait bien elle-même , et qu'elle était à jamais émancipée des lois de Dieu. (8, p. 157.)

134. — Quand je dis qu'à mes yeux la seule société heureuse possible est une société chrétienne et cathohque, je ne dis pas le peuple , je dis la société , je dis tous. Oui, il faut que tous soient chrétiens, les premiers et les derniers , et les premiers encore plus que les derniers; car la foi de ceux qui obéissent tient à la

foi de ceux qui commandent, et lorsqu'on dit qu'il faut une religion pour le peuple, le sous-entendu équivaut à proclamer qu'il ne faut pas de religion du tout.

Dans la religion seulement se trouvent ces garanties mutuelles réclamées de toutes parts, et que les lois athées (parole monstrueusement stupide et vraie) ne sauront jamais établir; garanties des petits contre l'oppression et le délaissement; garanties des grands contre la révolte; garanties de tous contre les opprobres ruineux de l'immoralité. (27, p. 172.)

135. — Quand les classes que Dieu met à la tête de la société méconnaissent les devoirs qu'elles ont à remplir; lorsqu'elles oublient que leur privilège est une fonction; lorsqu'elles secouent toute autorité et s'affranchissent de toute charité; lorsque, pour être plus libres dans leur ambition, dans leur orgueil et dans leurs plaisirs, elles disent: Il n'y a plus de Dieu! aussitôt la multitude les prend au mot. Il n'y a plus de Dieu pour le peuple , dès que ses supérieurs cessent de lui donner les exemples et les soins qui lui sont dus : il n'est plus instruit , il n'est plus aimé, il n'est plus soulagé, et dans son cœur s'agite le redoutable problème de l'inégalité des conditions humaines.

Pourquoi des grands, pourquoi des forts, pourquoi des propriétaires et des capitalistes? Pourquoi toute l'humanité condamnée à nourrir dans l'abondance un petit nombre d'oisifs insolents? La question réduite à ces termes n'a plus de solution pacifique possible : on tue. (11, p. 14.)

136. — Les chefs du peuple , quels qu'ils soient, ne doivent pas au peuple des amusements, mais des vérités et des vertus. C'est là le droit de l'homme et du peuple; il a droit à la vérité, il a droit à la vertu. Et comme la vérité ne s'enseigne clairement que par la foi, comme la vertu ne se prêche efficacement que par l'exemple , lorsque les chefs de la société se mettent en devoir de

donner au peuple la foi et la vertu , ils donnent tout le reste, et il n'est pas question de droits politiques , ni de droit au travail, ni de droit à Tassistance, ni de droit au plaisir. Le peuple travaille parce qu'il est laborieux ; il est assisté parce que la société est charitable ; il se résigne parce qu'il croit; il est tranquille parce qu'il espère; il est heureux parce qu'il aime; il se reconnaît libre parce qu'il a du bon sens.

Gouverner ainsi, donner au peuple la vérité et la vertu, la vérité par la foi, la vertu par Texemple, c'està-dire, pour trancher le mot, par le sacrifice des jouissances de l'orgueil et des sens, cela est âpre, j'en conviens. Qu'y faire cependant? C'est la loi ! Maître et possesseur de tout, Dieu ne délègue la supériorité et la richesse qu'à cette condition et dans ce but. Quiconque n'observe pas la condition, quiconque ne cherche pas à remplir le but , celui-là manque à la volonté du Maître : il sera révoqué, dépouillé de sa charge comme un économe infidèle. (19, p. 313.)

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