‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 4 sur 216 · II. AMOUR DE DIEU POUR NOUS · texte numérisé non relu

II. AMOUR DE DIEU POUR NOUS

4. — La terre roule parmi les espaces , petite entre les mondes; et le cercle qu'elle parcourt dans l'immensité est celui que la goutte d'eau remplit dans l'étendue des mers. Mais l'homme ne peut rien voir de si petit devant lui-même qui ne lui fasse comprendre combien il est encore plus petit devant la terre qu'il habite. Et cependant l'homme, cet atome perdu dans les replis d'un autre atome, est l'objet des douces complaisances du grand Dieu qui créa l'homme et la terre et les mondes par essaims, et dont la voix un jour laissa tomber une parole qui fut l'immensité. (36, p. 360.)

5. — Dans les moindres choses, dans les rayons du soleil et dans le parfum de la fleur, le chrétien reconnaît le don de Dieu, et Dieu sait attacher une douceur sans pareille à tous les présents qu'il fait. Ainsi Celui qui promet le ciel pour un verre d'eau donné en son nom , renferme dès ici-bas d'inexplicables délices dans la simple action de voir et de respirer. Mais pour que le corps obtienne et conserve cette grâce , il faut que le cœur la mérite. (18, p. 241. )

6. — Dieu est bon pour le monde. Où n'étincellent pas les traces de sa bonté? Sur la terre même, il prodigue des merveilles qui semblent n'avoir d'autre but que de nous réjouir. Ne dirait-on pas une mère qui s'est plu à parer le berceau de son enfant?

Les fleurs, par exemple, sont un grand témoignage des tendresses de Dieu envers nous. La variété des formes et des couleurs nous disent des choses inouïes. Les fleurs sont des sourires du bon Dieu comme les

étoiles : les uns sont tombés sur la terre, les autres sont restés en chemin.

Mais c'est surtout parmi les hommes que Dieu fait des miracles d'amour. Il forme, en nombre suffisant, des âmes incomparables, qu'il établit les messagères de ses bienfaits. Ce sont comme de vivants réservoirs qui vont partout répandre les trésors de sa bonté. Que font dans le monde ces êtres dévoués ? Ils n'y sont pas pour eux-mêmes, car ils s'oublient continuellement; mais ils n'oublient qu'eux ; ils se souviennent de tous les autres, et quelque douleur que l'on ait, quelque besoin que l'on éprouve, de quelque mal que l'on soit atteint, on les voit arriver, les mains chargées d'offrandes, le cœur riche de charité, l'esprit illuminé d'une sagesse divine. C'est Dieu qui les envoie, rien ne les arrête, rien ne les décourage; il n'y a point d'entraves pour eux, ni de distances. Les parfums ne volent pas si loin sur l'aile des vents, l'oiseau qui retourne à son nid se hâte moins dans les airs et ne connaît pas mieux sa route. Dieu les a donnés à tout ce qui gémit dans l'univers; ils vont à leur mission sans se détourner un moment et, pour ainsi dire, sans reprendre haleine.

L'un apporte aux esprits une lumière plus douce que celle du jour et de la liberté; l'autre s'arrête parmi les malades, les soigne, les caresse, les guérit, ou fonde la vie éternelle dans l'âme des mourants. Ils se partagent les orphelins, suppléent à la vigilance endormie des mères, servent avec une tendresse filiale le pauvre vieillard abandonné. On en voit qui vont aux limites du monde arracher des âmes au démon, dans les lieux mêmes où son empire est le mieux affermi , et qui veulent bien qu'on répande tout leur sang, pourvu qu'ils puissent verser sur le front d'un sauvage la goutte d'eau du baptême. Saintes âmes, trésors de Dieu! Non contentes de se livrer pour les misérables, elles veulent encore souffrir pour les heureux. Combien y en a-t-il toutes les nuits, en prières dans le silence des cloîtres,

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