V. COMBAT SPIRITUEL
318. — Attendez-vous une vocation qui soit exempte de travail et d'angoisses? Sur la terre, ni pour les méchants ni pour les bons, il n'y a de ces vocations-là. L'enfer, comme le ciel, se gagne avec labeur, et le démon dit à ses victimes ce que le Rédempteur dit à ses élus : (( Celui qui veut venir avec moi , qu'il s'oublie , qu'il j9renne sa croix et me suive.» Oui, le pécheur creuse à la sueur de son front l'abîme dans lequel il va s'engloutir, de même que le juste dresse péniblement l'échelle de vertus par où l'on monte au ciel.
Souffrir, combattre : il n'y a rien autre chose dans la vie; c'est le fond de l'existence humaine. La miséricorde céleste prend soin seulement de ménager le far-
deau selon les forces; elle y mêle quelques récréations passagères, semblables à ce petit souffle frais et consolant et ce peu d'ombre qui reposent le laboureur durant les fatigues de la moisson.
Ne demandez pas à faire ceci plutôt que cela, d'être ailleurs plutôt qu'ici. Toute situation où nous ne sommes pas par notre faute est bonne; c'est Dieu qui nous y a mis. (18 , p. 266. )
319. — Toute vie humaine est pleine de combats; la vie du cloître n'en est pas exempte , et si l'on y trouve le repos, ce n'est pas celui que le monde imagine. (30, p. V.)
320. — Où se forment les soldats? Sous les coups de l'ennemi. Le bon régiment n'est pas celui qui sort au grand complet, frais et dispos, des exercices de la caserne; c'est celui qu'ont décimé le fer et le feu. (5, p. 127.)
321. — C'est risquer beaucoup que de donner audience à la passion même assouvie, même vaincue.
322. — Si nous n'avons pas ici-bas des contentements plus durables, c'est que nous y aimons trop ce qui n'a point de durée; si nous nous meurtrissons, c'est que nous allons toujours sur les chemins où la chute est facile. Mais ne perdons pas pour cela confiance; le combat, c'est le mérite, et la chute même est une victoire, lorsque, repentant et soumis, l'homme en profite pour mieux reconnaître sa faiblesse et mieux aimer Celui en qui réside seul toute force , toute sagesse et tout amour. (20 , p. 9. )
323. — La vie des chrétiens n'est point romanesque. Soumise à Dieu , qui la protège, elle compte ordinairement peu de grandes aventures; elle est pleine de com-
bats , mais ces combats sont ceux de la chair et de l'esprit ; renfermés dans le cœur, le bruit n'en paraît point au dehors. (36, p. 102.)
324. — Il y a deux forces dans le monde , qui constituent deux mondes différents. Il y a la force ou le monde du mal, il y a la force ou le monde du bien. Elles sont en lutte perpétuelle, perpétuellement inégale , perpétuellement trompée. Le monde du mal est fort, mais Dieu le contient; le monde du bien est faible, mais Dieu le soutient. Le monde du mal semble obtenir toutes les victoires, le monde du bien est toujours victorieux; ses adversaires eux-mêmes ne vivent que pour lui. (21, p. 196.)