IX. ÉDUCATION
336. — Dans l'ordre naturel, il existe des vérités bonnes à connaître et qu'il est utile et même nécessaire d'étudier. Mais le Vrai indispensable à l'homme et à la société, et qui doit faire la base de l'éducation, ce n'est
CINQUIÈME l'ÀRTlE. ili
pas que deux et deux font quatre , ni que deux parties égales à une troisième sont égales entre elles, ni tant d'autres axiomes que Ton peut réciter et développer sans être, à proprement parler, cette grande chose qu'on appelle l'homme : le Vrai, c'est qu'il y a un Dieu créateur et recteur du monde, et que l'homme est doué d'une âme libre, responsable et immortelle. L'éducation qui n'enseigne pas cela, enseignât-elle tout le reste, n'enseigne rien et moins que rien. (12, p. 371.)
337. — Élever son enfant, c'est se dévouer pour lui, non-seulement au travail qui pourra lui faire une fortune, mais encore aux vertus qui pourront lui former une vertu... La vie de l'homme est de com.battre pour la justice et de s'immoler au devoir. Ce métier ne s'apprend que par l'exemple. (15, p. 62.)
338. — La famille semble n'exister chez nous que par une grâce toute spéciale de Dieu, qui ne lui a pas permis de se dissoudre. La tendresse paternelle se subordonne à tant d'autres intérêts et leur est si docile, qu'on peut voir une quantité de maisons, et dans toutes les classes, où l'enfant n'est plus qu'un hôte passager. Il naît pour aller en nourrice ou à la crèche; de la crèche, il passe à la salle d'asile; puis, dès qu'on le peut , dans les petites pensions , au collège ou à l'apprentissage. Il devient soldat, employé; il se marie, et ses parents ne l'ont vu qu'aux vacances. (15, p. 63.)
339. — Quelque abaissé et attiédi que soit aujourd'hui le sens chrétien, Ton avouera qu'il n'y a pas moins de tendresse dans l'énergie qui soumet l'enfant au joug de la discipline que dans la patience qui veille auprès de son berceau. ( 15 , p. 128.)
34-0. — On voit dans les contes de M""» de *** une certaine irritation contre les parents qui donnent le fouet , usage que j'ose encore croire excellent. Elle donne lieu
-de confondre les verges très-salutaires de l'autorité avec celles de la colère et de l'injustice. Le fouet doit être patient comme la justice, ferme comme la pénitence, miséricordieux comme l'absolution. Je cesserai de le croire nécessaire, quand la vertu publique permettra de licencier tous les tribunaux, et que quelques admonitions paternelles ou quelques petits raisonnements suffiront à ramener tous les hommes dans la voie du devoir. (15, p. 619.)
341. — Ce que le père de famille doit à ses enfants, ce n'est pas du plaisir. Il doit donner deux choses : le pain autant que [possible , la foi toujours; la nourriture de l'âme d'abord , celle du corps ensuite. Il donne le pain par son travail, la foi par son enseignement, surtout par son exemple. A ce prix, il est respecté, aimé, obéi; à ce prix seulement. S'il ne fait pas cela, quand même il se ruinerait en divertissements, il ne fait pas son devoir; il n'est ni sage ni bon; il ne réussit qu'à former des ingrats. Et comme il manque à son devoir. Dieu permet que bientôt tout devoir envers lui soit complètement méconnu. Pour n'avoir pas donné ce qu'il pouvait donner, on exigera de lui ce qu'il n'a pas, ce qui n'est pas juste, ce qui n'est pas possible. Il est contesté , attaqué , il tombe , et la famille , désormais sans guide légitime , se fractionne et périt, par une conséquence naturelle de sa révolte. Mais cette révolte, ce forfait, c'est le père de famille qui l'a provoqué; première cause du mal dont il est la première victime. (19, p. 313.)
342. — L'ouvrier veut que son fils soit plus heureux que lui; il a de l'ambition pour cet enfant, il aspire à lui voir porter une autre livrée que celle du travail; il fait des sacrifices, il s'impose des privations afin de livrer son fils à l'État, pour qu'à la place d'un bon et brave enfant du peuple on lui rende un bachelier, un avocat , un médecin, un monsieur, enfin un bourgeois,
qui sera maître , aura des domestiques à son service et parlera aux gens du peuple le chapeau sur la tête. (7, p. 425.)
L'État s'empare de l'enfant, fait son œuvre accoutumée et le remplit de sa fausse science ; il aiguise son esprit, fausse sa raison, trouble son cœur, lui souffle l'ambition de parvenir ou l'orgueil de briller, qui est de toutes les ambitions la plus implacable et la pire. Voilà un bourgeois , voilà un sophiste , et un sophiste sans patrimoine ! Pour faire un ennemi de la société, il ne faut plus qu'une passion ou le hasard d'une lecture. La passion vient : c'est la frénésie d'ergoter, passion bourgeoise par excellence. (7, p. 425.)