VII. DÉVOTION (pratiques DE
330. — Le pèlerinage excite l'horreur de la civilisation incrédule. Cette aversion n'a pas éclairé les chrétiens. Moins sages que la simplicité populaire, les chrétiens instruits étaient devenus ennemis des pèlerinages ;
ils les ont laissés tomber, il les ont laissé détruire. Ils citent un verset de Vlmitation de Jésus-Christ , diri"-é contre les moines trop enclins à quitter leur couvent. Mais Dieu se déclare pour les pèlerinages, puisqu'il y fait des miracles; l'Église continue de les aimer. (22, p. 161.)
331. — Je ne suis pas ennemi des petites pratiques de dévotion ; elles entretiennent l'esprit de religion , et Dieu loue le serviteur qui s'est montré fidèle dans les petites choses; mais le but des petites choses est de porter aux grandes. (20 , p. 421 .)
332. — L''Angehise?,i une excellente prière : en rappelant à l'âme l'acte le plus miséricordieux de la bonté divine, elle la relève en lui présentant toutes les grandeurs de son éternité. Ces ouvriers courbés sur les sillons, ces pâtres, ces pauvres femmes, qu'est-ce qui les distinguerait du bœuf attelé à leur charrue ou des troupeaux qu'ils gardent, s'ils n'avaient la certitude que le Verbe s'est fait chair pour les racheter; que Marie, Mère de Dieu, prie pour eux au ciel maintenant , et priera encore à leur dernière heure; que cette dernière heure enfin ne sera, s'ils le veulent, que la dernière heure de leurs souffrances, au delà de laquelle doit commencer la bienheureuse éternité? (36, p. 224.)
Vlir. DIMANCHE.
333. — Le National (le^" avril 1848 ) demande que « le gouvernement organise de grandes fêtes républicaines, qui à la fois satisfassent et élèvent les sentiments de la population, »
Sans y penser, on venge le catholicisme d'un reproche que les philosophes du dernier siècle lui adressaient souvent. Économistes et géomètres ne tarissaient point
sur le chapitre des chômages religieux, si funestes, disaient-ils, aux intérêts du travail. Aujourd'hui on s'aperçoit que l'institution du chômage répond tout simplement à un besoin impérieux de l'espèce humaine.
« On veut réduire la durée du travail et donner à l'ouvrier une heure par jour pour cultiver son intelligenco. »
L'Église veut que le travailleur ait un jour par semaine pour songer particulièrement à son âme , et ce jour de méditation est en même temps un jour de fête. Elle fait plus: elle ordonne que , ce jour-là, riches et pauvres, ouvriers et patrons, grands et petits, viennent, confondus dans la même enceinte , adorer le Dieu qui les traite en égaux.
Quand cette loi est observée, c'est la pratique no a interrompue de l'égalité et de la fraternité. L'Eglise distribue à tous ces hommes réunis le pain de la même parole: et que leur dit -elle? qu'ils sont enfants d'un seul Dieu, d'un seul père; que ce père leur réserve d'éternelles récompenses ou d'éternelles punitions; qu'il ne regarde point à la splendeur du rang, mais à la splendeur de l'âme; et que l'âme du mendiant lui est plus précieuse que l'âme du prince, lorsqu'elle renferme plus de vertus. Elle dit que la grande vertu est l'amour, et que celui qui aime le mieux ses frères, celui-là est le saint; elle dit que le denier de la veuve est plus précieux que la fastueuse offrande du millionnaire ; elle dit que le pauvre Lazare est plus riche de ses plaies et de sa nudité que le mauvais riche de sa pourpre et de ses trésors. Elle le dit par la voix de ses prédicateurs ; elle le répète dans ses chants , qui sont la voix divine elle-même; chants de l'amour infmi , de l'immortelle espérance, de la liberté parfaite et invincible.
Cependant cette parole a fatigué les hommes. Les puissants et les riches ont trouvé qu'il s'y mêlait trop de vérités dures contre l'égoïsme, contre l'orgueil, contre la soif des richesses et l'ardeur des plaisirs. Ils
n'ont plus voulu l'entendre , ils se sont éloignés; et ensuite, à force de calomnies, à force de railleries adroites, tantôt par la politique et par l'épée des princes, tantôt par l'esprit des gens de littérature, ils ont forcé le peuple de s'éloigner à son tour. De là est née l'inimitié entre les diverses classes sociales. L'égoïsme et l'orgueil d'un côté , la haine et l'envie de l'autre , ont crû sans mesure.
L'utilité sociale des fêtes religieuses est donc maintenant reconnue. Il faut du travail, il faut du repos dans le travail. On dit même que nos organisateurs du travail songent à imposer ce repos pour sauver l'industrie elle-même. Nous avons toujours cru que l'Église , ou plutôt Dieu par l'Église n'a jamais porté une loi générale qui ne fût un bienfait pour l'humanité, la nécessité même de l'humanité.
Quel est encore le caractère de nos fêtes religieuses? Elles sont essentiellement commémoratives. Les événements qu'on y célèbre peuvent et doivent être regardés comme ayant avancé les destinées de l'humanité. C'est Noël, avènement du Sauveur; c'est Pâques, jour de la rédemption du genre humain; c'est l'Ascension, retour au ciel du Dieu- Homme vainqueur de la mort; c'est la Pentecôte, où toutes les langues et tous les peuples furent donnés à l'Évangile. Du premier au dernier jour de l'année chrétienne, qui n'est tout entière qu'une perpétuelle commémoraison de la grande délivrance, l'Évangile retentit , page par page, aux oreilles des fidèles ; et l'Église relit ainsi sans cesse à l'homme le code immortel de ses droits inaliénables , le titre de sa grandeur presque divine.
Les héros des fêtes de l'Église ont exercé une action directe et grande sur le progrès des choses. Ce sont les Apôtres, voyageurs hardis, qui ont répandu l'Évangile sur toute la terre; les Martyrs, guerriers courageux, qui lui ont donné leur sang ; les Docteurs, écrivains de mérite, défenseurs de la liberté naissante contre le despotisme païen qui voulait l'étouffer, contre l'erreur qui
voulait la corrompre; les Saints enfin de tous les temps et de tous les pays, propagateurs de lumière, bienfaiteurs par excellence de l'humanité ;, types du dévouement fraternel, sublime démocratie des cieux; rois, guerriers, savants, paysans, enfants, esclaves, pauvres femmes, révérés à titre égal, investis des mêmes honneurs , implorés avec la même confiance et le même respect !
Pour relier l'humanité en une seule famille , rien de meilleur, de plus puissant qu'un ensemble de dogmes, d'idées , de faits et de figures historiques comme celui que le catholicisme nous présente, admis généralement par tous les peuples civilisés , parlant incessamment le même langage à tous les esprits et à tous les cœurs , leur imprimant les mêmes tendances , faisant de la gloire religieuse de chaque nation le patrimoine de la grande unité chrétienne. Si le monde entier était catholique, toute fête de la religion serait au même instant , dans toutes les contrées du monde , une fête nationale. L'Église plane au-dessus de toutes les frontières. Elle ne demande point au héros qu'elle célèbre dans quel coin de terre il est né : c'est assez qu'elle connaisse ses vertus et ses services. Saint Louis, roi de France, est fêté en Espagne, aussi bien que saint Isidore, laboureur espagnol, est fêté en France; Vincent de Paul est saint au Pérou, comme l'humble vierge Rose de Lima est sainte à Rome. (7, p. 291.)
334. — Le saint jour du dimanche est profané malgré les prières et les larmes des pasteurs, malgré les remontrances des catholiques , malgré les observations mêmes des hérétiques étrangers qui visitent notre patrie, et qui s'étonnent de cette fureur sauvage avec laquelle , de toutes parts, la société française refuse aux pauvres le repos dont ils ont besoin , à Dieu l'honneur et le respect qui lui sont dus.
La profanation du dimanche est un péché mortel , un crime véritable. On y trouve d'abord le mépris des
ordonnances divines ; on y voit ensuite, comme racines, l'inhumanité envers le pauvre, l'âpre soif du gain, l'avarice; et comme conséquence la foule innombrable des désordres que le vice produit.
Sur tout cela plane et frappe à bon droit la justice de Dieu. De tous ces jours qu'il s'était réservés et qu'on lui lui refuse, il compose ce jour de colère où s'écroulera l'insolente prospérité des nations.
Ainsi les peuples vont aux abîmes dans la splendeur de leur folle activité, de leur indigne opulence, de leur orgueil et de leurs plaisirs. Pompeux cortège qui renferme la mort, quoique l'insensé n'y voie que le développement de l'industrie et la production des richesses. Nos plaintes sont inutiles, nous parlons à des sourds. Mais, à la fin, éclatera une voix qui saura courber toutes les têtes. (5, p. 154.)
335. — Riche, tu fais bâtir ta maison le dimanche! Pour en jouir plus tôt, ta volonté retranche A cinquante ouvriers et prière et loisir; En vain l'Église s'ouvre, en vain Dieu les appelle : Il faut tourner la grue et remuer la pelle; Tu le veux, il suffit : leur loi c'est ton désir.
Et moi, dont la maison n'est point sur cette terre, Moi qui suis ici-bas simplement locataire , Riche, pour toi j'ai peur. Je regarde au delà : Leurs marteaux à la main, ces forçats du dimanche, Un dimanche pourront chercher quelque revanche... Dies irœ , dies illa! (2, p. 238.)