‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 8 sur 216 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

entame l'idolâtrie policée en Chine et dans l'Inde, et ne laisse au fétichisme lui-même que les repaires où il cherche un refuge entre la lèpre et la faim. Sans doute, là où la vieille Europe fondait des éghses et des principautés chrétiennes, nos gouvernements, n'ayant plus ni le même Dieu ni les m.êmes barons , n'établissent que des comptoirs et des manufactures. Mais (( l'homme s'agite et Dieu le mène. )) Et la croix n'est pas accoutumée d'aller moins loin que le sabre , et souvent elle reste lorsqu'il se relire ou s'enfuit. (6, p. 249.)

16. — On fait dire à un illustre guerrier : Dieu est toujours pour les plus gros bataillons. C'est une assertion démontrée fausse par l'histoire. Dieu n'est pas même du côté des plus habiles généraux et des soldats les plus courageux. Il est du côté de la justice, mais à sa manière qui n'est pas toujours la nôtre. Par des moyens secrets et tout-puissants, par des vues dont le résultat immédiat nous trompe et dont le résultat futur nous échappe , tantôt cette justice inflige à ceux qu'elle veut servir une défaite heureuse, tantôt elle donne à ceux qu'elle veut perdre l'empire du monde, comme un présent de nul prix. ( 35, p. 40.)

17. — La guerre entre dans les moyens de Dieu; il marche à ses desseins à travers les vaines agitations des hommes; il sait faire de leurs désordres mêmes autant d'instruments de Fordre qu'il a établi. Quand les crimes de la terre , poussés au delà de toute mesure, fatiguent enfin sa patience, alors , laissant agir les causes secondaires , il se sert de la guerre pour punir et corriger en même temps cette corruption.

Mais en déchaînant les fléaux , Dieu ne laisse pas de s'en réserver la conduite. Quand la sentence est d'un juge irrité, le résultat est encore d'un père. Il déchaîne les maux de la guerre; il les arrête, il les répare, et le champ le plus dévasté est celui qui donnera demain les plus belles moissons. (35, p. 43.)

18. — Ce n'est pas ia moindre consolation ni le moindre secours des fidèles^ au milieu des obscurités de la vie, de voir comme Dieu sait tout arranger et ne connaît point d'instruments rebelles, faisant ce qu'il veut, à l'heure qu'il le veut, par les mains des hommes qui ne le veulent pas. Ah ! que je les plains, ces hommes dont Dieu se sert ainsi et qui l'ignorent! que je les plains de toute la gloire et de tout le bonheur qu'ils perdent !

19. — Dieu seul a le secret de l'avenir, et s'il permet à l'ennemi de mener souvent les hommes, lui seul mène les événements. Laisser faire lui est comme autre chose un moyen de vaincre. Lorsque nous le savons et nous en remettons à lui dans la vigueur de la foi , nous nous défendons assez. Il se charge du reste. (22, p. 372.)

20. — Il faut tout faire comme si Dieu ne devait se mêler de rien ; mais il faut compter aussi qu'il se mêlera un peu de tout. ( 11 , p. 245.)

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