XXI. MORT
383. — La foi des chrétiens triomphera du fantôme de la mort. Saint Paul, parlant la langue de Jésus, leur dira de ne donner aux dormants que les pleurs
que peut verser l'espérance, puisque ceux-là ressusciferont avec Jésus, qui se sont endormis en lui. Et cette race divine nommera dortoirs les champs enrichis de bénédictions vivantes, où sa poussière repose comme une couvée immortelle sous les ailes de la croix, (i, p. 164.)
384. — Le juste mourant , c'est le voyageur au bout de sa course, qui, voyant à peu de distance la maison de sa famille, oublie le chemin, ne doute pas de l'accueil et déjà se sent tout reposé à l'aspect de son repos. Il se confesse une dernière fois, semblable à l'envoyé fidèle, qui, sans songer au mérite de sa mission remplie et du long chemin parcouru , secoue , avant de paraître à l'audience de son roi, un reste de poussière jeté sur lui par l'effort du vent. (18, p. 140.)
385. — Le chrétien n'est point le butin de la mort; elle ne lui prend ni l'espérance ni la vie; elle n'est point son implacable souverain , son juge suprême ; elle n'est que le geôlier de sa prison mortelle; elle ne lui ferme pas la porte, elle l'ouvre, au contraire; et il lui laisse joyeusement, en devenant libre, sa dépouille usée, et, sans regretter ce vêtement de servitude, il s'élance glorieux vers des jours meilleurs, pour retrouver dans le sein de Dieu ceux qui l'ont devancé , pour y attendre ceux qui l'ont vu partir. ( 36, p. 267.)
386. — La mort n'est pas la nuit; au contraire, elle déchire les ombres. Elle ne sépare pas, mais elle unit dans le sein de Dieu ceux qui se sont aimés véritablement, c'esl-à-dire aimés selon Dieu. (14, p. 317.)
387. — La vie est courte! Eh! qu'importe? Quel besoin avez -vous de rester si longtemps sur la terre? Le ciel est aux bonnes œuvres, et non pas aux longues œuvres. Craignez de vivre mal, ne craignez pas de vivre peu. Vous êtes ici pour travailler. Si vous travail-»
lez bien , avez-vous peur de recevoir trop tôt la récompense? Au contraire, souhaitez - la. Dieu permet que vous la souhaitiez; ce qu'il permet est juste et sage. Si vous travaillez mal, de quoi se plaint votre cœur plus vertueux que vos œuvres? Convertissez -vous et désirez de mourir aussitôt, afin de ne point retomber dans le péché. (26, p. 436.)
388. — Heureux ceux qui espèrent dans la mort, et qui, entourés de toute l'estime de ce monde, en paix avec les hommes, en paix avec eux-mêmes, jettent vers le Maître suprême le regard confiant de l'ouvrier qui a fait son travail, et du fils qui rentre à la maison ! (14, p. 118.)
389. — Il est remarquable combien la mort subite , ce vieil effroi des chrétiens , qui leur fait faire tant de prières , qui les conduit à tant de pèlerinages , qui leur inspire tant d'actes de charité, épouvante peu une certaine classe de gens ; et tout , au contraire , leur paraît une manière assez douce de quitter la vie : point de souffrance, à peine une courte épouvante; on est exempt de l'ennui de regretter ce que l'on a fait, ou du chagrin d'abandonner ce que l'on aime, du souci de songer à ce qui peut suivre. On ne veut pas avoir le démenti d'une vie tout animale, et après avoir vécu comme un Gafre , on aspire à mourir comme un chien. (5,p.33.)