‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 87 sur 216 · XX. MARIAGE · texte numérisé non relu

XX. MARIAGE

378. — En rétablissant le mariage dans la pureté de son institution primitive, sur le modèle que Dieu avait proposé, Jésus délivrait la femme de sa longue ignominie; il donnait aux époux la gloire de la chasteté conjugale, aux enfants la sécurité du foyer domestique, au genre humain tout entier une origine plus pure, ainsi que l'honneur et la paix d'une meilleure vie.

En parlant de ces choses augustes, on a l'esprit importuné des clameurs et des dérisions d'une horde dissolue qui ne trouve plus de bonne joie dans le monde, et qui impute à l'Évangile les viles souffrances qu'elle endure pour l'avoir méprisé. Cette écume d'hommes charnels doit être écartée ; elle n'a pas plus de droits à revendiquer que de légitimes exemples à fournir. La honte et la ruine attendent toute société assez folle pour recevoir sa règle de ces mains ardentes à déchirer les lois de Dieu. Lorsque l'on veut juger sainement les institutions d'un peuple, ce ne sont pas les bannis qu'il convient d'interroger; il faut regarder au sein même de ce peuple, et voir quels fruits y produisent ces institutions acceptées et obéies.

Par le mariage chrétien , l'homme a été fils , il a été époux , il a été père : de ces trois choses il n'avait véritablement que le nom. La femme a été vierge, épouse, mère, trois dignités qui lui étaient inconnues.

Le mariage chrétien a créé la famille, et la famille a mis le genre humain dans une situation générale d'honneur et de bonheur qu'il n'était pas donné au paganisme de rêver, et encore moins de comprendre. (l,p.312.)

379. — Avant le jour solennel du mariage, les époux se sont peu connus ; ils entrent à l'égUse étrangers l'un

à Tautre. Mais devant l'autel, en présence de Dieu, le prêtre met la main de l'un dans celle de l'autre; ils reçoivent ensemble une même bénédiction; ils sont unis dans les mêmes prières , et désormais il y a entre eux un lien qui ne peut plus se dissoudre qu'à la mort. Ils ne font plus en quelque sorte qu'une âme, et chacun d'eux a deux devoirs à remplir qui n'en forment qu'un seul pour eux deux. Plus de plaisirs, plus de peines qu'ils ne doivent mettre en commun. Ils partageront la joie ou le regret des actions bonnes ou mauvaises ; ils n'auront pas un chagrin qui ne doive contrister deux cœurs.

Ils auront en commun encore cette tâche terrible, ils porteront à eux deux cette responsabilité de former à la vertu les âmes de leurs enfants. Quels devoirs , et quels immenses devoirs ! Et que l'Église a bien raison d'en ouvrir la route aux époux avec tant de solennité ! (18, p. 42.)

380. — Gela vous amuse, chère petite, de penser que tant de cœurs sont pleins de vous. Pour le plus grand nombre, votre dot tient bien la moitié, ou les deux tiers , peut-être les trois quarts, quelquefois les quatre cinquièmes de la place que vous pensez occuper. (20,

381. — Pour certains époux, la joie du ménage est de parvenir quelquefois à ne point se voir; de mettre entre eux toujours quelque divertissement nouveau, d'aller bien loin chercher des distractions , ou de les faire à grands frais venir. Il leur faut de l'argent, puisqu'il leur faut des spectacles, des fêtes, des convives, et tout ce qui fait du bruit autour d'un pauvre cœur sans cesse importuné du silence des doux sentiments.

Pour des époux chrétiens, les ennuis seraient ces distractions vaines, ces plaisirs, plus coûteux encore à l'àme qu'ils ne le sont à la part de richesses dont on dispose. Leurs devoirs ne leur sont pas à charge,

et ne demeurent pas sans contentement. Leurs plaisirs sont de prier Dieu ensemble, chacun d'eux excitant l'autre à le prier mieux. De compagnie, ils vont le voir où ils savent bien qu'on ne manque pas de le trouver; et lui aussi, tous les jours, aux heures de la prière, il vient les voir. Ses fêtes sont leurs fêtes, paisiblement célébrées; il est leur.convive; le soin de son service les délasse des soins qu'exige la vie. Il leur donne des enfants pour le repos de leurs yeux et l'allégresse de leurs cœurs. Quand ces joyeux oiseaux chantent dans leur asile, ils ne leur font pas payer leurs chants; quand ces convives charmants s'asseoient à leur table , ils trouvent exquis tous les mets que l'on place devant eux; et en attendant qu'ils puissent le demander eux-mêmes, on demande en leur nom, avec confiance, le pain de chaque jour à Celui qui ne refuse jamais que pour donner mieux. (18, p. 16.)

382. — Pourquoi un mari tutoierait - il sa femme ? La dignité d'épouse, la dignité de mère de famille n'imposent-elles pas de scrupuleux égards? Dans sa maison, devant des enfants, si plusieurs femmes sont là réunies, celle que le mari doit davantage honorer, serait justement celle que, par son langage, il honorerait le moins ! Tant qu'une femme n'est qu'une jeune fille, son futur époux la traitera avec toute sorte de considération; mais à peine lui aura-t-il donné son nom, confié son repos, remis en garde son honneur, qu'il ira lui parler comme si elle avait perdu de son prix! (18, p. 26.)

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