‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 90 sur 216 · XXIII. PAROLE DE DIEU · texte numérisé non relu

XXIII. PAROLE DE DIEU

392. — « La semence, c'est la parole de Dieu. » En ceux qui écoutent du bord du chemin , sans vouloir quitter les voies du monde , la parole ne germe même pas : sur cette route durcie passent toutes les erreurs , séjournent tous les vices. Les pensées vaines, les passions brutales , oiseaux voraces , dévorent la semence aussitôt que tombée. — Les endroits pierreux sont les cœurs qui craignent plus qu'ils n'aiment. Remplis des intérêts de la chair et de la vie, ils n'ont pas de fond où la racine puisse prendre. La parole a été reçue, elle germe, on voit apparaître quelques œuvres de pénitence ; mais qu'il arrive un chagrin , une tentation , une persécution, ce faible germe succombe. — Les épines qui grandissent sont l'envahissement des choses humaines. Dans les cœurs que ce terrain figure, le fond ne manque pas; mais la tromperie de l'ambition et des richesses étouffe le plant divin ; parmi ces soucis grandissants du monde, il reste infructueux. Ainsi, dédain de la parole, lâcheté ou faiblesse, asservissement aux biens du monde.

La semence est la même pour tous; elle tombe de la main de Dieu, prête à germer dans tous les cœurs. Il faut d'abord de l'attention, puis du courage, et enfin le mépris des choses présentes. Mais malheur à celui qui se rend lui-même une terre stérile, une terre pierreuse, une terre d'épines ! (1 ,p. 203.)

393. — (( Allez, enseignez toutes les nations. y> De ce commandement du Christ, depuis dix-huit siècles, jaillit le torrentde la parole apostolique : cette parole, qui n'est pas liée, disait déjà saint Paul en montrant ses chaînes ; cette parole qui est descendue de la Croix, qui a surgi des cachots , qui a traversé les abîmes , qui n'a craint d'aborder aucune puissance , ni aucune ignorance , ni aucune férocité. Confiée à des lèvres timides et inhabiles, elle a rempli le monde : In omnem terram exivit sonus eorum.

Pour ne parler que de son moindre bienfait , elle a créé la plus haute éloquence qui puisse décorer la pensée humaine. Elle a voulu et su atteindre à la persuasion sans se servir des ressources que n'ont pas ailleurs dédaignées les plus beaux génies. Elle bannit le mensonge, les vains ornements , les lâches complaisances envers l'auditoire; elle rejette le secours de la passion; bien plus, elle attaque de front la passion elle-même, elle veut la subjuguer, et le lui déclare expressément.

L'action de la chaire est un élément d'unité. En dehors de la foi, tout divise. Il n'y a plus qu'un lieu où les hommes de notre temps se puissent sentir d'accord et pour l'instant qui les rassemble et pour le lendemain : ce lieu , c'est l'Éghse. Là seulement s'élève la voix qui constate et qui produit l'harmonie; partout ailleurs, '.'est la division, la contradiction, ou l'adhésion conrainte et passagère qui proteste contre elle-même.

La chaire soutient la charité et la morale publique : 1 plupart des œuvres de bienfaisance vivent par elle; enseignement du mal n'a pas de contre -poids plus pissant. La chaire, presque seule, combat le théâtre,

le roman, le journal et tout ce souffle redoutable qu'on peut appeler l'air du monde. (42 , vi, p. 82.)

394. — Ce n'est jamais par l'écrivain , c'est par la prière, par la prédication, par toute la vie de la parole sainte, par tout ce feu qui sort des yeux et du cœur d'un apôtre, par cette grâce divine que les œuvres de foi font surabonder dans l'âme des saints missionnaires et qu'ils répandent sur leurs auditeurs; c'est par là que les indifférents sont émus, les incrédules convertis. La voix d'un bon prêtre produira , en quelques jours , des miracles que tous les livres pieux et tous les journaux du monde n'opéreront jamais. (5, p. 144.)

Page 1