XXVI. PRIERE
398. — L'homme n'est grand qu'à genoux. En s'agenouillant il confesse qu'il connaît, qu'il aime, qu'il adore un Être plus grand, plus beau, plus noble, meilleur que lui et que le monde. Prosterné devant cet Être supérieur, il entre en communication avec sa majesté, il lui demande des sentiments qui l'agrandissent, une loi qui l'élève. Lorsque je m'agenouille pour adorer, en ces moments-là, loin de toucher la terre, je sens tomber les poids qui m'y attachent, je me sens pousser des ailes. Le pharisien priait debout. Derrière lui , le publicain prosterné se dépouillait de sa misère et se préparait à prendre son vol.
Quant à ceux qui ne s'abaissent point devant Dieu^ je connais ces êtres fiers. Agenouillés ou non, je les vois partout plus que courbés devant quelqu'un ou devant quelque chose : il y en a devant l'Institut, il y en a devant les journaux; il y en a qui se tiennent ainsi devant eux-mêmes. (21 , p. 70.)
399. — Nous ne connaissons pas la force de la prière, cette puissance de l'homme sur la toute -puissance de Dieu. La prière se forme dans un humble cœur, elle monte au ciel, et les orages sont dissipés, ou prennent un autre cours. Par la prière, les plus justes alarmes des fidèles et les plus sages calculs des impies sont trompés. (22, p. 16.)
-400. — La prière , c'est la verge de Moïse qui fait jaillir l'eau du rocher; c'est le geste souverain de Josué qui arrête le soleil; c'est le son des trompettes d'Israël
qui renverse les murs de Jéricho ! Rien n'est impossible à la prière. (36, p. 182.)
401 . — La prière de la volonté est un acte de foi et d'amour très-agréable à Dieu, et dont il nous récompense plus tard en nous accordant les célestes consolations de la prière du cœur. (26, p. 4.)
402. — Quoi que l'on puisse faire, c*est toujours un déchirement de partir; mais ceux qui aiment Dieu ne se séparent point comme les autres; en dépit de la distance , leurs âmes s'embrassent tous les jours dans le saint rendez-vous de la prière. (3, p. 39.)
403. — Ne nous décourageons point parce qu'une chose juste, que nous demandons avec instance, ne nous est pas accordée. Dieu est grand, le temps est à lui. Sainte Monique demanda pendant quinze ans la conversion de son fils. Dieu paraissait vouloir être sourd à ses prières : ce fils pourtant fut un jour saint Augustin. (26, p. 136.)
404. — Consolons-nous , si Dieu ne nous donne pas ce qui nous semble nécessaire ; nos désirs pourraient être étrangement trompés. (18, p. 266.)
405. — On vous a dit do prier, c'était tout ce qu'il fallait vous dire. — Mais vous avez prié, et vous n'avez point été consolé. — Qu'en savez-vous? Ne voulez-vous prier que si vos prières produisent une action directe , immédiate et sensible, comme vos mains pourraient le faire; et considérez-vous que prier c'est un moyen mécanique de se procurer les satisfactions intérieures dont il semble que l'on a besoin?
Prier, c'est se soumettre; c'est demander sans doute à Dieu ce que l'on cherche, mais c'est aussi accepter par avance le contraire , si Dieu le veut, de ce que l'on a souhaité ; c'est s'en tenir satisfait , dans la ferme con-
viction que Dieu est bon, juste et sage, qu'il nous aime et sait mieux que nous ce qui nous convient.
Partout la prière est un asile ouvert où l'âme peut se réfugier; et partout, au-dessus des orages, il y a Dieu qui les gouverne, qui les modère et qui nous voit. (38 , p. 32.)
406. — Qu'est -il besoin de tant savoir? Quand ma voix psalmodie des chants que je ne puis comprendre, je m'associe aux intentions de l'Église, ma mère; je sais bien que je prie, et Dieu prend ma prière comme il prend la prière de l'enfant. (26, p. 236.)
407. — a: L'Église, en ordonnant des prières pour demander la cessation des pluies, propage des préjugés absurdes. Ce ne sont pas de vaines prières qu'il faut en ces matières, mais des travaux intelligents. Le drainage fera plus en faveur des récoltes que toutes les prières imaginables. On honore Dieu par des travaux utiles. »
Ainsi parle M***. Avis à tous les chrétiens qui savent que l'impiété pratique est très -nuisible en agriculture pratique.
De tous les travaux des champs ,. le plus utile est la prière; car c'est elle qui fait l'ouvrier. C'est elle qui lui donne le courage, la probité, la résignation, l'espérance. L'Europe a été défrichée par des hommes de prière. Si l'on avait attendu le drainage , si les moines n'étaient pas venus, nos champs les plus fertiles seraient encore des marais.
Sans contester les bons effets du drainage, qui ne seraient pas moindres quand , en les préconisant , on se dispenserait d'insulter Dieu , on ne peut pas croire que le drainage remplacera tout à fait la Providence. Le drainage obviera au fléau des pluies : Dieu ne pourra plus noyer les champs. Croyons cela pieusement sur la parole de M***. Restent les tempêtes , le soleil , la foudre, la grêle : une nuée passe, comme l'ombre, sur la récolte mûre, et la récolte n'est plus ; un insecte, que le
pied d'un enfant écrase par centaines, se répand dans les champs , et l'insecte dévore tout , avant même que l'Académie des sciences ait pu le voir et le nommer. Quels travaux intelligents M*** conseille- 1- il pour garantir l'agriculture de ces fléaux? Le drainage suffira-t-il? Fera-t-il plus que toutes les prières imaginables?
Il y a un autre fléau pour l'agriculture, un fléau qui ne vient pas de Dieu, qui vient de l'homme, et qui n'en est que plus à craindre. Ce sont les idées politiques modernes sur le tien et le mien, ce qu'on appelle socialisme. Ces idées sont un péril agricole plus grave que la maladie des pommes de terre. Elles attaquent la borne des héritages , elles rongent les titres de propriété. Le drainage est-il un remède au socialisme, un remède plus efficace que la prière?
Quand il sera reçu que c'est prier que à^ honorer Dieu par des travaux utiles, quand ce sera l'opinion commune, il viendra des intempéries politiques, et il se formera des destructeurs contre lesquels toute science, toute force, toute raison seront aussi vaines que la prière aura été déclarée vaine contre la pluie. (12 , p. 75.)