XXXIII. SOLITUDE
419. — La solitude est mauvaise à qui n'y vit pas avec Dieu. (4, p. 7.)
XXXrV. SOUFFRANCES.
420. — Joseph part, il va en Egypte , où il n'a aucune habitude, sans savoir quand il reviendra à sa patrie , à sa boutique et à sa pauvre maison. L'on n'a pas Jésus pour rien : il faut prendre part à ses croix. Mais pourquoi des croix? N'y avait- il pas d'autre moyen de le sauver qu'une fuite si précipitée? Dieu ne veut pas
tout faire par miracle, et il est de sa Providence de suivre souvent le cours ordinaire, qui est de lui comme les voies extraordinaires. (1, p. 107.)
421. — Ouvrez la Vie des Saints, méditez les annales de la famille chrétienne; ces glorieux frères que Dieu vous a donnés, vierges et matrones, enfants et vieillards, rois et solitaires , soldats et docteurs, tous sont martyrs! Martyrs de la corruption qui est dans la nature , martyrs de l'amour de Dieu , martyrs de la rage des hommes, martyrs de leur propre volonté. Quiconque a passé sur la terre pour arriver au ciel , porte dans le ciel une palme humide. Trempée de sang ou de sueurs ou de larmes, la palme a été trempée dans les blessures vives souffertes pour la foi. (18, p. 249.)
422. — Qui souffre autant que les saints? Peines de corps, peines d'esprit, tout semble leur être envoyé sans mesure. Ce ne serait rien que les maladies, les outrages , les tortures du cœur ; quiconque a lu leur histoire sait qu'elle en est tissue ; mais comment peindre ces épreuves qui vont les persécuter dans leur âme , ces tentations horribles qui sans cesse les mettent en doute de leur salut, et qui sont telles, que peut-être, à l'exception de la très -sainte Vierge, n'y en a-t-il pas un seul dans le ciel qui ne se soit cru réprouvé? Une chose les console : ils aiment ! e*. c'est par la puissance de cet amour qu'ils vivent, qu'ils agissent. Que dis-je? Par la puissance de cet amour, au milieu des supplices de la chair et des supplices de la pensée , ils sont heureux. Quand Dieu se dérobe et qu'ils se croient abandonnés , et que la prière même est pour eux sans consolation, ils aiment, ils attendent un regard qui les consolera de tout ; et lorsque enfin , chose effrayante , ils viennent à douter de leur amour, quelle parole employer pour exprimer ce qui se passe en eux ? Car non-seulement ils aiment, mais ils savent qu'ils aiment, puisqu'ils ne meurent pas. (5, p. 520.)
423. — La souffrance est le lot de la vie; et la vie en a-t-elle un meilleur? L'homme qui souffre et qui ne se refuse pas obstinément à l'action de Dieu dans son cœur, savoure les clartés de ce mystère de miséricorde. La douleur, c'est l'expiation; l'expiation, c'est le pardon; le pardon, c'est la force et la lumière. La douleur est le don de Dieu, le désespoir est la faute de l'homme. Relève-toi; Dieu te tend la main.
La résignation est-elle l'oubli , est-elle l'insensibilité, est-elle l'affaissement stupide du cœur sous la main de Dieu qui l'écrase? Rien de tout cela, et tout au contraire! C'est la courageuse et sublime correspondance de la faible créature aux desseins les plus élevés du Créateur tout-puissant ; le fiât souverain par lequel ce cœur déchiré, mais en même temps épuré , s'associe aux volontés que Dieu lui manifeste sur lui-même, comme s'il en avait la pleine intelligence et que ses larmes lui apparussent déjà resplendissantes de l'éclat qu'elles auront dans le ciel. Il consent , il acquiesce au coup qui le broie, il le reconnaît juste et sage, il le devine miséricordieux ; par un effort dont il s'étonne, il s'élève non-seulement jusqu'à le bénir, mais jusqu'à l'aimer. Sur le bord de la tombe , il a une révélation de l'impuissance de la mort , parce que la mort n'a pu lui prendre que sa joie, et lui a laissé son amour. Ainsi le chrétien qui souffre est moins un homme que Dieu a frappé, qu'un homme à qui Dieu a parlé. (12, p. 580.)
424. — (( Un inexorable ennui fait le fond de l'âme humaine. » Ainsi parle" Rossuet. On ne se guérit point de ce mal : ce mal est tout simplement la vie, telle que Dieu nous la donne. C'est le poids de la croix intérieure qu'il faut porter en ce bas monde.
Quoi que vous fassiez, n'attendez aucune grâce de la vie ; elle ne vous accordera point de répit; elle garde en réserve pour vous les leurres, les mensonges, les espérances trompées, les jours accablants, les nuits douloureuses, tristes suites du péché. Ici ou ailleurs, riche
OU pauvre, aimé ou délaissé, que vous puissiez ou non leur assigner une cause , ces vagues chagrins , ces vagues désirs , ces insurmontables tristesses pourront s'apaiser, disparaître même, mais jamais pour longtemps. En tous lieux, en toute circonstance , vous les verrez renaître, après les avoir vaincus. Ne rêvez donc point de leur échapper jamais, ne cherchez pas même à les fuir ; attendez-les, au contraire, de pied ferme et résolument. Acceptez, des mains de Dieu qui vous la présente, cette croix intérieure. Bienheureux vous serez de la porter. Et c'est là le miracle de Dieu; car quoi que fasse à son tour la vie, elle ne peut rien sur ce bonheur de l'âme chrétienne qui , dans ses accablements et ses calamités , se recueille , se tourne vers Dieu et lui fait une riche offrande de ses pleurs. (38, p. 29.)
425. — Dieu ne permet point qu'il y ait d'état sans croix et sans calvaire. Il punit l'égoïste, le sensuel, l'ambitieux , l'avare ; il éprouve le saint qui s'est tout donné à le servir, qui a renoncé à tout pour ne suivre que lui , et renoncé même à son cœur. Soyez béni , ô mon Dieu, pour la punition quand vous voulez punir; soyez béni pour l'épreuve quand vous daignez éprouver. 11 faut pour la gloire des bienheureux que la vie soit partout la vie, c'est-à-dire le combat. (37, p. 177.)
426. — A trente ans tout homme a été humilié dans ses délicatesses; à quarante ans, dans ses vanités; à cinquante, dans ses hauteurs; il connaît à soixante ans le néant de ses forces; plus outre, le néant de la vie. (20, p. 492.)
427. — La douleur et la tristesse ne sont point la même chose et ne sont point sœurs. La douleur est un feu purifiant , la tristesse est un souffle énervant ; la douleur fortifie, la tristesse amollit; en un mot, la douleur est un remède, la tristesse une volupté. Fuyons la tristesse, aimons la douleur. (20, p. 422.)
428. — C'est par la croix que l'on apprend à connaître Dieu , et plus on connaît Dieu , dit sainte Thérèse, moins on s'alarme des difficultés que rencontrent ses projets. (5, p. 514.)
429. — Le plus beau des privilèges que Dieu puisse accorder aux grands hommes chrétiens, c'est de mourir sur la croix. (6, p. 529.)
430. — Selon la remarque de sainte Thérèse et de tant d'autres saints qui l'ont su et qui s'en sont réjouis, les croix les plus pesantes sont pour les plus aimés. (5, p. 508.)