‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 99 sur 216 · XXXV. VANITES · texte numérisé non relu

XXXV. VANITES

431 . — Rien , voilà le dernier mot de tout ce qui est de ce monde. La gloire n'est rien , les avantages de la naissance et les prévenances de la fortune ne sont rien, et ce n'est rien que tous les plans dont nous amusons notre esprit. Il n'y a jamais dans l'avenir qu'un tombeau.

Devant quelle tombe, et plus les hommes la font illustre, reste-t-il autre chose à l'homme que d'avoir connu Dieu et de l'avoir servi ? (13, p. 311.)

432. — La gloire, dit-on, est la gloire, quoi qu'on en pense. C'est quelque chose d'avoir un nom parmi les hommes , de laisser de soi un souvenir, et de ne pas mourir tout entier. — C'est quelque chose, si l'on veut; mais que vaut ce. quelque chose? Est-ce une joie vraie en ce monde? Est-ce le bonheur dans l'autre vie? Je demande à la gloire d'être le bonheur. — N'est-ce pas le bonheur que concevoir un ouvrage, l'exécuter, le travailler pour l'amener à sa perfection, vivre avec cette pensée , en espérer des résultats utiles pour les autres et agréables à soi-même? — C'est du travail, ce n'est

pas le bonheur et la gloire. Qu'importe à un auteur qu'on lise sur sa tombe : Il a fait des livres , ou : Il a fait des soK^iers ? Bossuet, Fénelon, Racine eussent de bon cœur échangé tous leurs ouvrages pour le mérite, la gloire et la récompense de saint Crépin. Ils auraient eu raison : la vraie grandeur est celle que Dieu couronne. (18, p. 312.)

433. — Où vont ces œuvres de l'esprit et de l'art que l'on jette aux admirations de la foule? Je veux qu'elles durent autant que les siècles, toujours brillantes et belles, et toujours applaudies; mais les siècles aussi mourront.

Et sans attendre la fin des siècles, dans un petit nombre d'années, dans un petit nombre de jours, quel plaisir le succès de son ouvrage pourra-t-il procurer à l'artisan qui sera dans le cercueil et que les vers rongeront?

Dieu ne daigne pas entendre les bruits de nos renommées; mais il entend jusqu'au moindre souffle d'orgueil qu'elles excitent en nous. (26, p. 140.)

434. — Qui monte sur le trône pour n'en pas descendre? qui s'y assied le matin avec la certitude d'y être le soir? Personne n'a vécu dans un coin assez obscur, n'a vécu assez peu , n'a pu assez se dérober aux choses de la vie, pour éviter le spectacle de ces vicissitudes qui précipitent et chassent soudain loin de leurs domaines, loin de leurs grandeurs, loin de leur empire, les riches, les forts et les puissants. Et presque personne n'a puisé dans ces leçons solennelles assez de sagesse pour mépriser ces auréoles qu'un souffle fait évanouir. (3, p. 55.)

435.— Que de folies dont nous guérit le temps, quand nous voulons un peu nous prêter à ses merveilleuses cures ! Je dis le temps : je ne puis croire qu'un plus grand médecin soit nécessaire pour arracher du cœur d'un homme jusqu'au moindre penchant pour la

parfaite puérilité des jeux du monde. Est -il besoin d'être chrétien pour se dire que dans un moment les bougies seront éteintes , le rideau baissé; que tout ce qu'on pourra voir ne vaut pas une heure d'étude ou de sommeil, et que quitter la comédie avant la fin, c'est la quitter au beau moment? (3, p. 349.)

436. — Passer vite, passer content ; c'est ainsi qu'il faudrait savoir vivre, nous attachant aussi peu à la vie et aux choses de la vie que le voyageur au chemin qu'il fait; passant comme il passe, l'esprit et le cœur vers son but, sans laisser même un regret au paysage qui l'a charmé, sans le regarder seulement aussi longtemps qu'il peut le voir. (19, p. 171.)

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