‹ Pensées de Nicole de Port RoyalChapitre 1 sur 99 · Pensées de Nicole de Port Royal · texte numérisé non relu

Pensées de Nicole de Port Royal

Pierre Nicole, l'un des illustres cénobites de Port-Royal, naquit à Chartres le 19 octobre 1625. Le goût de l'étude et des lettres étant en quelque sorte un bien héréditaire dans sa famille , il le cultiva de bonne heure sous les yeux de son père , Jean Nicole , avocat au parlement et juge officiai de l'évêque de Chartres. Ces premiers travaux furent récompensés par des fruits d'une précocité remarquable. Au rapport de quelques biographes, dès l'âge de quatorze ans, le jeune Nicole était initié à tous les mystères des langues d'Athènes et de Rome, et connaissait tous les chefs-d'œuvre littéraires de l'antiquité.

Destiné à l'Église, autant par sa propre vocation que par le vœu de ses parens , Nicole vint à Paris, en 1642 , pour y étudier les subtilités scolastiques, qu'on décorait encore alors du nom de philosophie , et passer ensuite au cours de théologie. C'est à peu près de cette époque que datent ses premières liaisons avec Port-Royal des Champs , et surtout avec les pieux et savans solitaires qui ont fait la gloire de cette sainte maison. Allant rendre de fréquentes visites à deux de ses tantes , religieuses de ce monastère, Nicole n'eut pas besoin d'un autre patronage pour s'y ménager un librt accès -

ij :-.Oïir.E

il en profita pour rechercher et obtenir l'amitié des habitans de ce désert, dont plus tard il devait partager la retraite , les travaux et les malheurs.

Pendant sa théologie, qu'il fit eu Sorbonne avec un succès peu commun , il s'appliqua à l'étude de la langue hébraïque , et se mit à lire dans ce savant idiome tout l'ancien Testament et en même temps la version grecque des Septante. Mais il apportait à ce travail tant d'ardeur et d'opiniâtreté, que sa vue s'étant considérablement affaiblie , il fut obligé d'v renoncer au bout de quelque temps. Toutefois ses études théologiques profitèrent des momens qu'il regrettait de ne pouvoir consacrer à l'hébreu; il étudia ces matières délicates et ardues dans les ouvrages de saint Augustin et de saint Thomas; circonstance qui justiiie le zèle aident et infatigable avec lequel il combattit pour leur doctrine. La tournure de son esprit , naturellement juste, méditatif et pénétrant, le rendait propre à saisir d'une main sûre le iil conducteur dans l'obscur labyrinthe d'arguties et de distinctions dont la théologie est quelquefois hérissée.

Cestravnux, quelque application qu'ils exigeassent, n'absorbaient pas entièrement les instans de Nicole. Sous la modeste dénomination de petites écoles de Port-Royal, florissait alors et dès son début, un établissement consacré à l'instruction de la jeunesse, qui vit se former dans sou sein une riche pepinière d'hommes célèbres dans plus d'un genre, et d'où M tant d'ouvrages solides et métho-

diques, qui serrent encore aujourd'hui de modèles < t de guides pour l'enseignemeul classique. x - am ourul a la hante réputation de < mérita d'être le compaj n< elol el des

par son eèle et pai les oins éclairés qu*il prodiguait

SUR NICOLE. iîj

a ses élevés dans la classe de belles-lettres, dont la direction lui était confiée.

Bientôt la société des jésuites , qui déjà se montrait jalouse d'exploiter le monopole de l'instruction publique , fut alarmée des succès de cette institution naissante. Elle mit aussitôt sur pied tons ses agens , fît manœuvrer l'intrigue , employa toute son influence pour canser la raine des petites écoles , établissement dont la rivalité pouvait devenir dangereuse pour ses propres collèges. On alla même plus loin : on n'est pas toujours délicat sur le choix des moyens, quand il s'agit de se défaired'un émule importun. A force de calomnies , de tracasseries arbitraires, de persécutions, on parvint d'abord à obtenir la dispersion des professeurs et des écoliers , et bientôt après la destruction de ces écoles.

Un exposé succinct de la méthode suivie pal Nicole pour l'instruction de ses élèves sera la meilleure apologie des maîtres de Port-Royal , et la réponse la plus victorieuse qu'on puisse adressera leurs détracteurs intéressés. Plusieurs des principes de Nicole sur l'enseignement sont consignés dans son excellent traité de V Education d'un prince. Néanmoins il sera curieux de le suivre un moment dans l'application qu'il faisait de cette judicieuse théorie. Il mettait entre les mains de ses élèves les écrits de Quintilien, plusieurs livres de Cicéron , des morceaux choisis de Virgile , et Y Art poétique d'Horace. Il leur en faisait remarquer les endroits les plus capables de former leur esprit et leur goût; il expliquait avec une grande netteté les diverses ligures employées par ces auteurs, ou comme 01nemens , ou comme moyens de persuasion ; il montrait dans ces ouvrages tout ce qu'il y trouvait

Page 1