SUR LES SOUPÇONS
Il y a des gens, qui n'osent s'éclaircir de leurs soupçons, de crainte de choquer ceux dont ils les ont conçus, en s'en ouvrant à eux. Mais il y a bien de l'apparence que l'amour-propre a plus de part dans cette reserve que la charité. La charité n'est pas si timide, parce qu'elle ne suppose pas si facilement que ceux à qui l'on expose ces soupçons s'en puissent blesser. Elle croirait leur faire injure de leur attribuer une délicatesse aussi injuste que celle-là. Elle sait même entrer dans ces éclaircissemens d'une manière si simple et si humble, qu'il est presque impossible de s'en blesser. Car, bien loin de faire paraître de l'attache à ces soupçons, elle fait voir au contraire qu'elle ne désire rien davantage que de les quitter en changeant de sentiment. On ne s'offensr
guère contre ceux qui demandent à être éclaircis avec cet esprit-là.