SUR LA CRAINTE DE LA MORT
Il n'y a rien de plus inutile que les efforts que* font les philosophes païens et ceux qui raisonnent en païens, comme Montaigne, pour délivrer les hommes de la crainte de la mort.
Cette crainte , qu'ils considèrent comme un des plus grands maux de la vie, est ce qui travaille le moins la plupart des hommes. Qu'on jette les yeux sur les pauvres, qui font les trois quarts du monde , on n'en trouvera point qui pensent à la mort avec grand effroi.
La plupart des riches même sont très-
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peu frappés de cette crainte , et comme ils la regardent toujours comme éloignée , ils la regardent aussi avec assez de froideur.
Ensuite, les maladies qui les surprennent portent avec elles les remèdes de cette crainte , par l'affaiblissement de l'esprit qu'elles causent , qui dispose mieux à recevoir ta mort sans frayeur que toutes les raisons d'Epictète et de Sénèque.
Ce n'est pas même un bien que d'inspirer aux hommes le mépris de la mort ; il est dangereux d'en bannir la crainte de l'esprit du commun des hommes , parce que l'a* mour du bien est trop faible pour les retenir dans l'ordre.