DU PARDON DES OFFENSES
Il ne suffit pas d'avoir pardonné une lois les offenses qu'on a reçues, mais il les faut pardonner continuellement et empêcher que la malignité du cœur ne les rétablisse insensiblement dans notre imagination, et ne porte de nouveau le cœur à une aversion volontaire contre ceux dont on s'est cru offensé. Ce qui fait voir que ce n'est pas peu de chose que de blesser la charité par quelque offense faite au prochain; car outre le mal qu'on lui fait, s'il en conçoit quelque sentiment d'aversion et quelque désir de vengeance, on lui cause une tentation continuelle , après même qu'il a pardonné , par le souvenir de l'injure qui, ne s'effaçant pas entièrement de sa mémoire, peut à tout moment renouveler la mém< plaie. C'est pour remédier à cette plaie si contraire à la charité que Jésus-Christ nous
PENSÉES MORALES. l3<)
a obligés à réitérer le pardon des offenses , toutes les fois que nous lui demandons la rémission de nos péchés, en récitant l'oraison dominicale.