DE L'ÉTAT DU MARIAGE
Le mariage est l'union légitime d'un homme et d'une femme, par laquelle ils s'obligent mutuellement à une société de vie inséparable : ce qui exclut une domination impérieuse du mari sur la femme , ou de la femme sur le mari.
Un mariage sans union est une espèce d'enfer : car la présence d'une personne dont on est intérieurement divisé, et pour laquelle on sent de l'aversion, jointe à la pensée qu'on ne peut en être délivré que par la mort , augmente cette peine jus-
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qu'à un point qui ne se peut exprimer.
Il est très-rare que l'on trouve, en se mariant, une personne avec qui l'on puisse être long-temps uni. Toutes les imperfections , bizarreries , mauvaises humeurs , se découvrent tout autrement dans une société telle que celle du mariage, qu'elles ne font dans les liaisons moins étroites et plus extérieures. L'on se fait d'ordinaire une manière de converser avec les gens du dehors , qui n'est pas choquante; mais on se dépouille de ce masque dans la vie domestique, et l'on se montre tel que l'on est. Ainsi, il est incroyable ce qu'une honnête femme a à souffrir d'un mari bizarre , déraisonnable et brutal; et ce qu'un honnête homme a à endurer d'une femme emportée, capricieuse, coquette, déraisonnable et qui prend tout de travers.
Les mauvais choix que l'on fait dans les mariages viennent ordinairement de l'ambition , et de l'avarice des parens et de ceux qui se marient , et de plus , de certaines lois chimériques qu'ils se mettent dan3 l'esprit ; par exemple, qu'il faut être
dans un certain rang dans le monde, et j vivre avec un certain éclat ; que c'est un très-grand mal d'être un peu au-dessous de l'état auquel on prétend avoir droit. Ainsi, pour éviter ce malheur d'imagination et d'ambition, on préférera une fille riche, mais mondaine, qui aura la tète pleine des folies du monde, avec qui on n'aura jamais de paix ni d'union véritable , à une fille sage , modeste et bien élevée.
Fiy DES PISSEES.