CHAPITRE IV
Régie générale pour conserver lu paix. Vc blesser personne y et ne se blesser de rien. Deux manières de choquer les autres.
Contredire leurs opinions ; s'opposer à leurs pussions.
Mais la peine n'est pes de se commettre soi-même de la nécessité de conserver l'union avec le prochain; c est de la conserves? effectivement en évitant tout ce qui la peut altérer. Il est certain qu'il n'y a qu'une charité abondante qui puisse produire ce
grand effet; mais entre les moyens humains qu'il est utile d'y employer, il semble qu'il n'y en a point de plus propre que de s'appliquer à bien connaître les causes ordinaires des divisions qui arrivent entre les hommes, afin de les pouvoir prévenir. Or, en les considérant en général, on peut dire qu'on ne se brouille avec les hommes, que parce qu'en les blessant , on les porte à se séparer de nous; ou parce qu'étant blessés par leurs actions ou par leurs paroles , nous venons nous-mêmes à nous éloigner d'eux, et à renoncer à leur amitié. L'un et l'autre se peut faire, ou par une rupture manifeste, ou par un refroidissement insensible. .Mais, de quelque manière que cela se fasse, ce sont toujours ces mécontentemens réciproques qui sont les cau- - s des divisions; et l'unique moyen de les éviter, c'est de ne faire jamais rien qui puisse blesser personne, et de ne se blesser jamais de rien.
Il n'y a rien de i facile (jne de prescrire cela <n général, mais il y a peu de chose |. u diiiïrile à pratiquer en particulier; et
i'ou peut dire que c'est ici une des deux règles qui , étant fort courtes dans les paroles, sont d'une extrême étendue dans le sens, et renferment dans leur généralité un grand nombre ds devoirs très-importans. C'est pourquoi il est bon de la développer, en examinant plus particulièrement par quels moyens on peut éviter de blesser les hommes , et mettre son esprit dans la disposition de ne se point blesser de ce qu'ils peuvent faire ou dire contre nous.
Le moyen de réussir dans la pratique du premier de ces devoirs , est de savoir ce qui les choque et ce qui forme en eux cette impression qui produit l'aversion et l'eloignement. Or, il semble que toutes les causes s'en peuvent réduire à deux, qui sont de contredire leur opinion, et de s'opposer à leurs passions. Mais comme cela se peut faire en diverses manières , que ces opinions et ces passions ne sont pas toutes de même nature, et qu'il y en a pour lesquelles ils sont plus sensibles que pour d'autres, il faut encore pousser cette recherche plus loin, ^n considérant plus en
détail les jugemens et les passions qu'il est plus dangereux de choquer.