CHAPITRE XI
Qu'il faut respecter les hommes , et ne regarder pas comme dure l'obligation que l'on a de les ménager. Que c'est un bien de n'avoir ni autorité ni créance.
Mus il ne suffit pas de ménager les hommes, il les faut encore respecter; n'y ayant rien qui nous puisse plus éloigner de
les blesser, que ce respect intérieur que nous aurions pour eux. Les serviteurs n'ont point de peine à ne pas contredire leurs maîtres, ni les courtisans à ne pas choquer les rois , parce que la disposition intérieure d'assujettissement où ils sont apaise l'aigreur de leurs sentimens et règle insensiblement leurs paroles. Nous serions au même état, à l'égard de tous les chrétiens, si nous les regardions tous comme nos supérieurs et comme nos maîtres , ainsi que saint Paul nous l'ordonne; si nous considérions Jésus-Christ en eux ; si nous nous souvenions qu'il les a mis en sa place, et si, au lieu d'appliquer notre esprit à leurs défauts , nous nous appliquions aux sujets que nous avons de les estimer et de les préférer a nous.
Surtout, il faut tâcher de ne pas regarder cette obligation au silence, à la retenue, à la modestie dans les paroles, comme une nécessité dure et fâcheuse; mais de la considérer, au contraire, comme heureuse, favorable et avantageuse; parce qu'il n'y a rien de plus propre à nous tenir dans l'hu-
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milite, qui est \r plus grand bonheur des chrétiens. C'est ce qui nous doit rendre aimable tout ce qui nous y engage, comme, par exemple, le manque d'autorité et tous les défauts naturels qui l'attirent. Car il est vrai , d'une part , que ceux, qui n'ont pas d'autorité ni de créance sont obliges de parier avec plus de modestie et plus d'égard que les autres, quelque science et quelque lumière qu'ils aient; mais il est vrai aussi qu'ils s'en doivent tenir beaucoup plus heureux.
Car ce n'est pas un petit danger que d'être maître de ses esprits, et de leur donner le branle et les impulsions que l'on veut, parce qu'il arrive de là qu'on leur communique toutes les faussetés dont on est prévenu, et tous les jugemens téméraires que l'on forme. Au lieu que ceux qui ne sont point en cet état sont exempts de ce péril, et que s'ils se trompent, ils ne se trompent que pour eux et n'ont point à répondre pour les autres. Ils ne voient point, de plus, dans ceux qui les environnent, ces jugemens avantageux à leur égard, qui sont la plus grande nourri-
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ture de la vanité; et comme les hommes s'attachent peu à eux, ils en sont moins portés à s'attacher eux-mêmes aux hommes, et ils ont plus de facilité à ne regarder que Dieu dans leurs actions.
Ce n'est pas qu'il faille rechercher directement cette privation d'autorité et de créance, et que nous n'ayons sujet de nous humilier, quand c'est par nos défauts que nous l'avons attirée. Mais de quelque sorte qu'elle arrive, si nous ne sommes pas obligés d'en aimer la cause, il faut pourtant reconnaître que les effets en sont favorables; puisque cet état nous retranche cette nourriture de l'orgueil, qu'il nous exempte de prendre part à beaucoup de choses dangereuses ; et que, nous obligeant à une extrême modération dans les paroles, il nous met à couvert d'une infinité de périls. Il est vrai qu'il nous prive aussi du bien d'édifier les autres. Mais, comme Dieu nous a charge s plus particulièrement de notre salut que de celui de nos frères, il semble qu'il y ait plus de sujet de désirer cet état que de s'en affliger; et que ceux qui y sont réduits, d<
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quelque manière que cela soit arrivé, ont raison de dire à Dieu avec confiance et avec joie : Il m'est bon que vous m'ayez humilié, afin que j'apprenne vos ordonnances pleines de justice : bonwn mihi quia humiliasti me, ut discam justifieationes tuas.