‹ Pensées de PascalChapitre 20 sur 111 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

[ Sur dî^"^ sujets tie morale. ]

Pyrrhonisme. — L'extrême esprit est accusé de folie, comme Textrême défaut. Rien que la médiocrité n*est bon. C'est la pluralité qui a établi cela, et qui mord quiconque s'en échappe par quelque bout que ce soit. Je ne m'y obstinerai pas , je consens bien qu'on m'y mette , et me refuse d'être au bas bout, non pas parce qu'il est bas, mais parce qu'il est bout^ar je refuserais de même qu'on me mît au haut.j^'est sortir de l'humanité que de sortir du milieu : la grandeur de l'âme humaine consiste à savoir s'y tenir; tant s'en faut que la grandeur soit à en sortir, qu'elle est à n'en point sortir./

On ne passe point dans le monde pour se connaître en vers si l'on n'a mis l'enseigne de poëte, de mathématicien % etc. Mais les gens universels ne

* Pascal dans ce chapitre poursuit toujours les idées qu'il a développées précédemment, à savoir : que l'esprit humain abandonné à ses propres lumières n'offre que ténèbres et contradictions, que la plupart des opinions du monde sont erronées, et que l'homme est presque toujours à côté de la vérité, quand il est en dehors de la foi.

2 Le ms. donne de cette pensée une seconde rédaction que voici : « n faut qu'on n'en puisse dire ni, II est mathématicien, ni prédicateur, ni éloquent; mais. Il est honnête homme. Cette qualité universelle me plaît seule. Quand en voyant un homme on se souvient de son livre, c'est mauvais signe ; je voudrais qu'on ne s'aperçût d'aucune qualité que par la rencontre et l'occasion d'en user. Ne quid nimis^ de peur qu'une qualité ne l'emporte, et ne fasse baptiser. Qu'on ne songe point qu'il parle bien, sinon quand il s'agit de bien parler, mais qu'on y songe alors. »

CHAPITRE VIII. 187 veulent point d'enseigne, et ne mettent guère de différence entre le métier de poëte et celui de brodeur. Les gens universels ne sont appelés ni poètes, ni géomètres, etc. ; mais ils sont tout cela, et jugent de tous ceux-là. On ne les devine point. Ils parleront de ce qu'on parlait quand ils sont entrés. On ne s'aperçoit point en eux d'une qualité plutôt que d'une autre, hors de la nécessité de la mettre en usage; mais alors on s'en souvient: car il est également de ce caractère qu'on ne dise point d'eux qu'ils parlentbien, lorsqu'il n'est pas question du langage ; et qu'on dise d'eux qu'ils parlent bien, quand il en est question. C'est don€ une fausse louange qu'on donne à un homme quand on dit de lui, lorsqu'il entre, qu'il est fort habile en poésie; et c'est une mauvaise marque, quand on n'a pas recours à un homme quand il s'agit déjuger de quelques vers.

L'homme est plein de besoins : il n'aime que ceux qui peuvent les remplir tous. C'est un bon mathématicien, dira-t-on. Mais je n'ai que faire de mathématiques; il me prendrait pour une proposition. C'est un bon guerrier. Il me prendrait pour une place assiégée. Il faut donc un honnête homme qui puisise s'accommoder à tous mes besoins généralement.

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