‹ Pensées de PascalChapitre 37 sur 111 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

[De la raison et de la foi. ]

La dernière démarche de la raison, c'est de connaître qu'il y a une infinité de choses qui la surpassent. Elle n'est que faible, si elle ne va jusqu'à connaître cela. Que si les choses naturelles la surpassent, que dira-t-on des surnaturelles?

^ Soumission ^ — Il faut savoir douter où il faut,

1 Pascal parfois doute ou a tout l'air de douter ; il conçoit et exprime le doute d'une façon terrible ; mais c'est aussi qu'il a, qu'il croit avoir le remède. Sa foi, je le pense, fut antérieure à son doute ; lorsque ce doute survint, il ne trouva place que dans l'intervalle de ce qu'on. a appelé ses deux conversions, et il fut vite recouvert. Si Von peut dire qu'il revint à la charge H se logea toujours plus ou

assurer OÙ il faut et se soumettre où il faut *. Qui ne fait ainsi n'entend pas la force de la raison. Il y en a qui faillent contre ces trois principes, ou en assurant tout comme démonstratif, manque de se connaître en démonstration; ou en doutant de tout, manque de savoir où il faut se soumettre ; ou en se soumettant en tout, manque de savoir où il faut juger.

Si on soumet tout à la raison, notre religion n'aura rien de mystérieux ni de surnaturel. Si on choque les principes de la raison, notre religion sera absurde et ridicule.

^ Saint Augustin. La raison ne se soumettrait jamais, si elle ne jugeait qu'il y a des occasions où elle se doit soumettre. Il est donc juste qu'elle se soumette, quand elle juge qu'elle se doit soumettre.

La piété est différente de la superstition. Soutenir

moins au sein de sa foi, c'était là une manière, après tout, d'Être assez mal logé et mal à l'aise ; et Pascal ne lui laissa, jour et nuit, ni paix ni trêve. M. Vinet a dit à merveille d'un jeune homme de ce temps-ci : «... Le scepticisme, par mille endroits, cherchait à pénétrer dans son esprit ; mais sa foi se fortifiait, grandissait imperturbablement parmi les orages de sa pensée. On peut le dire, le doute et la foi vivante, l'un passager, l'autre immuable, naquirent pour lui le même jour; comme si Dieu, en laissant l'ennemi pratiquer des brèches dans les ouvrages extérieurs, avait voulu munir le cœur de la place d'un inexpugnable rempart. » Cette belle parole, qui exprime si bien un des mystères de la vie chrétienne intérieure, peut s'appliquer avec beaucoup de vraisemblance au vrai Pascal.

(Sainte-Beuve.)

* Var. du ms. : « \\ faut avoir ces trois qualités, pyrrhonien, géomètre, chrétien soumis; et elles s'accordent et se tempèrent, en doutant où il faut, en assurant où il faut, en se soumettant où il faut » (barré).

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