‹ Pensées de PascalChapitre 38 sur 111 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

la piété jiisqu*à la superstition, c'est la détruire. Les hérétiques nous reprochent cette soumission superstitieuse. C'est faire ce qu'ils nous reprochent

Il y a deux manières de persuader les vérités de notre religion : l'une par la force de la raison, l'autre par l'autorité de celui qui parle. On ne se sert pas de la dernière, mais de la première. On ne dit pas : Il faut croire cela; car l'Écriture, qui le dit, est divine; mais on dit qu'il le faut croire par telle et telle raison, qui sont de faibles arguments, la raison étant flexible à tout.

^ ... Mais ceux-là mêmes qui semblent les plus opposés à la gloire de la religion n'y seront pas inutiles pour les autres. Nous en ferons le premier argument qu'il y a quelque chose de surnaturel; car un. aveuglement de cette sorte n'est pas une chose naturelle ; et si leur folie les rend si contraires à leur propre bien, elle servira à en garantir les autres par l'horreur d'un exemple si déplorable et d'une folie si digne de compassion.

f Ce sera une des confusions des damnés, de voir qu'ils seront condamnés par leur propre raison, par laquelle ils ont prétendu condamner la religion chrétienne.

^ Il n'y a rien de si conforme à la raison que ce désaveu de la raison.

^ Deux excès : exclure la raison, n'admettre que la raison.

* Port-Royal complète ainsi la phrase : « que d'exiger cette soumission dans les choses qui ne sont pas matière de soumission. »

f Ce n'est pas une chose rare qu*il faille reprendre le monde de trop de docilité. C'est un vice naturel comme Pincrédulité, et aussi pernicieux.

La foi dit bien ce que les sens ne disent pas, mais non pas le contraire de ce qu'its voient. Elle est audessus, et non pas contre.

Si j'avais vu un miracle, disent-ils, je me convertirais. Comment assurent- ils qu'ils feraient ce qu'ils ignorent ? Ils s'imaginent que cette conversion consiste en une adoration qui se fait de Dieu comme un commerce et une conversation telle qu'ils se la figurent. La conversion véritable consiste à s'anéantir devant cet être universel qu'on a irrité tant de fois, et qui peut vous perdre légitimement à toute heure; à reconnaître qu'on ne peut rien sans lui, et qu'on n'a rien mérité de lui que sa disgrâce. Elle consiste à connaître qu'il y a une opposition invincible entre Dieu et nous; et que, sans un médiateur, il ne peut y avoir de commerce.

Ne vous étonnez pas de voir des personnes simples croire sans raisonnement. Dieu leur donne l'amour de soi et la haine d'eux-mêmes. Il incline leur cœur à croire. On ne croira jamais d'une créance utile et de foi, si Dieu n'incline le cœur; et on croira dès qu'il l'inclinera. Et c'est ce que David connaissait bien, lorsqu'il disait : Inclina cor meum, Deus, in lestimonia tua^

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