‹ Pensées de PascalChapitre 45 sur 111 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

(Que pendant quatre mille ans le Christ a été annoncé par les Prophéties et qu'il a été prouvé par leur accomplissement. ]

La plus grande des preuves de Jésus-Christ sont les prophéties. C'est aussi à quoi Dieu a le plus pourvu ; car l'événement qui les a remplies est un miracle subsistant depuis la naissance de l'Église jusques à la fin. Aussi Dieu a suscité des prophètes durant seize cents ans; et, pendant quatre cents ans après, il a dispersé toutes ces prophéties, avec tous les Juifs qui les portaient, dans tous les lieux du monde. Voilà quelle a été la préparation à la naissance de Jésus-Christ, dont TÉvangile devant êtrp cru de tout le monde, il* a fallu non-seulement qu*il y ait eu des prophéties pour le faire croire, mais que ces prophéties fussent par tout le monde, pour le faire embrasser par tout le monde.

f Prophéties. — Quand un seul homme aurait fait un livre des prédictions de Jésus-Christ*, pour le temps et pour la manière, et que Jésus-Christ serait venu conformément à ces prophéties, ce serait

* C'est-à-dire des prédictions annonçant Jésus-Christ

CHAPITRE XVIIL 299 une force infinie. Mais il y a bien plus ici. C*est une suite d'hommes, durant quatre mille ans, qui, constamment et sans variation, viennent, l'un ensuite de l'autre, prédire ce même avènement. C'est un peuple tout entier qui l'annonce, et qui subsiste pendant quatre mille année», pour rendre en corps témoignage des assurances qu'ils en ont, et dont ils ne peuvent être détournés par quelques menaces et persécutions qu'on leur fasse : ceci est tout autrement considérable.

Prophéties, — Le temps, prédit par l'état du peuple juif, par l'état du peuple païen, par l'état du temple, par le nombre des années. Il faut être hardi pour prédire une même chose en tant de manières.

Il fallait que les quatre monarchies idolâtres ou païennes, la fin du règne de Juda, et les soixantedix semaines arrivassent en même temps, et le tout avant que le deuxième temple fût détruit.

f Prédictions, — ... Qu'en la quatrième monarchie, avant la destruction du second temple, avant que la domination des Juifs fût ôtée, en la septanlième semaine de Daniel, pendant la durée du second temple, les païens seraient instruits, et amenés à la connaissance du Dieu adoré par les Juifs; que ceux qui l'aiment seraient délivrés de leurs ennemis, et remplis de sa crainte et de son amour.

Et il est arrivé qu'en la quatrième monarchie, avant la destruction du second temple, etc., les païens en foule adorent Dieu, et mènent une vie angélique; les filles consacrent à Dieu leiir virginité

et leur vie; les hommes renoncent à tous plaisirs. Ce que Platon n'a pu persuader à quelque peu d'hommes choisis et. si instruits, une force secrète le persuade à cent milliers d'hommes ignorants, par la vertu de peu de paroles.

Les riches quittent leur bien^, les enfants quittent la maison délicate de leurs pères pour aller dans l'austérité d'un désert, etc. (Voyez Philon, Juif.) Qu'est-ce que tout cela? C'est ce qui a été prédit si longtemps auparavant. Depuis deux mille ans, aucun païen n'avait adoré le Dieu des Juifs; et dans le temps prédit, la foule des païens adore cet unique Dieu. Les temples sont détruits, les rois se soumettent à la croix. Qu'est-ce que tout cela? C'est l'esprit de Dieu qui est répandu sur la terre.

^ Effundam spiritum meum. — Tous les peuples étaient dans l'infidélité et dans la concupiscence; toute la terre fut ardente de charité. Les princes quittent leurs grandeurs; les filles souffrent le martyre. D'où vient cette force ? C'est que le Messie est arrivé. Voilà l'effet et les marques de sa venue.

^ Prédiction. — Il est prédit qu'aux temps du Messie, il viendrait établir une nouvelle alliance, qui ferait oublier la sortie d'Egypte [Jérém.y xxiii, 5; Is.y XLiii, 16]; qui mettrait sa loi, non dans l'extérieur, mais dans les cœurs; que Jésus-Christ mettrait sa crainte, qui n'avait été qu'au dehors, dans le milieu du cœur. Qui ne voit la loi chrétienne en tout cela ?

^ Prophétie. — ... Que les Juifs réprouveraient Jésus-Christ, et qu'ils seraient réprouvés de Dieu,

CHAPITRE XVIII. 301 par cette raison que la vigne élue ne donnerait que du verjus. Que le peuple choisi serait infidèle, ingrat et incrédule : popukim non credentem et contradicentem. Que Dieu les frapperait d'aveuglement, et qu'ils tâtonneraient en plein midi comme les aveugles [Deut., XXVIII, 28].

f ... Que Jésus-Christ serait petit en son commencement, et croîtrait ensuite. La petite pierre de Daniel.

f ... Qu'alors l'idolâtrie serait renversée; que ce Messie abattrait toutes les idoles, et ferait entrer les hommes dans le culte du vrai Dieu.

Que les temples des idoles seraient abattus, et que, parmi toutes les nations et en tous les lieux du monde, on lui offrirait une hostie pure, non pas des animaux.

f ... Qu'il enseignerait aux hommes la voie parfaite.

Et jamais il n'est venu, ni devant, ni après, aucun homme qui ait enseigné rien de divin approchant cela.

^ ... Qu'il serait roi des Juifs et des Gentils. Et voilà ce roi des Juifs et des Gentils, opprimé par les uns et les autres qui conspirent à sa mort, dominant des uns et des autres, et détruisant, et le culte de Moïse dans Jérusalem, qui en était le centre, dont il fait sa première église, et le culte des idoles dans Rome, qui en était le centre, et dont il fait sa principale église.

f ... Alors Jésus-Christ vient dire aux hommes qu'ils n'ont point d'autres ennemis qu'eux-mêmes;

que ce sont leurs passions qui les séparent de Dieu ; qu'il vient pour les détruire, et pour leur donner sa grâce, afin de faire d'eux tous une Église sainte; qu'il vient ramener dans cette Église les Païens et les Juifs ; qu'il vient détruire les idoles des uns, et la superstition des autres.

A cela s'opposent tous les hommes, non-seulement par l'opposition naturelle de la concupiscence ; mais, par-dessus tous, les rois de la terre s'unissent pour abolir cette religion naissante, comme cela avait été prédit [Quare tremuerunt gentes. Reges terrœ adversus Christum). Tout ce qu'il y a de grand sur la terre s'unit, les savants, les sages, les rois.

Les uns écrivent, les autres condamnent, les autres tuent. Et, nonobstant toutes ces oppositions, ces gens simples et sans force résistent à toutes ces puissances, et se soumettent même ces rois, ces savants, ces sages, et ôtent l'idolâtrie de toute la terre. Et tout cela se fait par la force qui l'avait prédit.

f ... Les Juifs, en le tuant pour ne le pas recevoir pour Messie, lui ont donné la dernière marque de Messie. Et en continuant à le méconnaître, ils se sont rendus témoins irréprochables : et en le tuant, et continuant à le renier, ils ont accompli les prophéties. Lv [5], Lx [4, etc.]; Ps», lxxi [11, 18, etc.].

f ... jEnigmatis, Ézéch., xvii [2].

Son précurseur. Malach,, m [1].

Il naîtra enfant. Is,y ix [6].

Il naîtra de la ville de Bethléem. Mich,, v[2]. Il paraîtra principalement en Jérusalem et naîtra de la famille de Jiida et de David.

Page 1