‹ Pensées de PascalChapitre 49 sur 111 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

[De la vérité de l'histoire évangélique. — Preuves de Jésus-Christ tirées de ses miracles. — Différence entre le Messie et Mahomet.]

Les apôtres ont été trompés , ou trompeurs. L'un ou l'autre est difficile. Car, il n'est pas possible de prendre un homme pour être ressuscité...

Tandis que Jésus-Christ était avec eux, il les pouvait soutenir; mais après cela, s'il ne leur est apparu, qui les a fait agir?

f Preuve de Jésus- Christ, — L'hypothèse des apôtres fourbes est bien absurde. Qu'on la suive tout au long ; qu'on s'imagine ces douze hommes, assemblés après la mort de Jésus-Christ, faisant le complot de dire qu'il est ressuscité : ils attaquent par là toutes les puissances. Le cœur des hommes est étrangement penchant à la légèreté, au changement, aux promesses, aux biens. Si peu qu'un de ceux-là se fût démenti par tous ces attraits, et qui plus est par les prisons, par les tortures et par la mort, ils étaient perdus. Qu'on suive cela.

Le style de l'Évangile est admirable en tant de manières, et entre autres en ne mettant jamais aucune invective contre les bourreaux et ennemis de Jésus- Christ. Car il n'y en a aucune des historiens contre Judas, IMlate, ni aucun des Juifs.

Si cette modestie des historiens évangéliques avait été affectée, aussi bien que tant d'autres traits d'un

CHAPITRE XX. 3i3 si beau caractère, et qu'ils ne l'eussent affectée que pour le faire remarquer; s'ils n'avaient osé le remarquer eux-mêmes, ils n'auraient pas manqué de se procurer des amis, qui eussent fait ces remarques à leur avantage. Mais comme ils ont agi de la sorte sans affectation, et par un mouvement tout désintéressé, ils ne Font fait remarquer par personne. Et je crois que plusieurs de ces choses n'ont point éîé remarquées jusqu'ici ; et c'est ce qui témoigne la froideur avec laquelle la chose a été faite.

Jésus-Christ a fait des miracles, et les apôtres ensuite, et les premiers saints en grand nombre; parce que, les prophéties n'étant pas encore accomplies, et s'accomplissant par eux, rien ne témoignait, que les miracles. Il était prédit que le Messie convertirait les nations. Comment cette prophétie se fût-elle accomplie, sans la conversion des nations? Et comment les nations se fussent-elles converties auMessie, ne voyant pas ce dernier effet des prophéties qui le prouvent? Avant donc qu'il ait été mort, ressuscité, et converti les nations, tout n'était pas accompli; et ainsi il a fallu des miracles pendant tout ce tempslà. Maintenant il n'en faut plus contre les Juifs, car les prophéties accomplies sont un miracle subsistant...

C'est une chose étonnante, et digne d'une étrange attention, de voirie peuple juif subsister depuis tant d'années, et de le voir toujours misérable : étant nécessaire pour la preuve de Jésus-Christ, et qu'ils

subsistent pour le prouver, et qu'ils soient misérables, puisqu'ils l'ont crucifié : et, quoiqu'il soit contraire d'être misérable et-de subsister, il subsiste néanmoins toujours, malgré sa misère.

f Quand Nabuchodonosor emmena le peuple, de "^eur qu'on ne crût que le sceptre fût ôté de Juda, il leur fut dit auparavant qu'ils y seraient peu, et qu'ils seraient rétablis. Ils furent toujours consolés par lés prophètes, leurs rois continuèrent. Mais la seconde destruction est sans promesse de rétablissement, sans prophètes, sans rois, sans consolation, sans espérance, parce que le sceptre est ôté pour jamais.

^ Preuves de Jésus-Christ. — Ce n'est pas avoir été captif que de l'avoir été avec assurance d'être délivré dans soixante-dix ans. Mais maintenant ils le sont sans aucun espoir.

Dieu leur a promis qu'encore qu'il les dispersât aux bouts du monde, néanmoins, s'ils étaient fidèles à sa loi, il les rassemblerait. Ils y sont très-fidèles, et demeurent opprimés...

Si les Juifs eussent été tous convertis par Jésus- Christ, nous n'aurions plus que des témoins suspects; et s'ils avaient été exterminés, nous n'en aurions point du tout.

f Les Juifs le refusent, mais non pas tous : les saints le reçoivent, et non les charnels. Et tant s'en faut que cela soit contre sa gloire, que c'est le dernier trait qui l'achève. Comme Ja raison qu'ils en ont, et la seule qui se trouve dans tous leurs écrits,

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