CHAPITRE XXIll
Toute religion est fausse qui, dans sa foi, n'adore pas un Dieu comme principe de toutes choses, et qui, dans sa morale, n'aime pas un seul Dieu comme objet de toutes choses.
f Les Juifs avaient une doctrine de Dieu comme nous en avons une de Jésus-Christ, et confirmée par miracles ; et défense de croire à tous faiseurs de miracles, et, de plus, ordre de recourir aux grands prêtres, et de s'en tenir à eux. Et ainsi toutes les raisons que nous avons pour refuser de croire les faiseurs de miracles, ils les avaient à l'égard de leurs prophètes. Et cependant ils étaient très-coupables de refuser les prophètes, à cause de leurs miracles, et Jésus-Ghrist ; et n'eussent pas été coupables s'ils n'eussent point vu les miracles : Nisi fecissem, peccatum non haberent. Donc toute la créance est sur les miracles,
f Les preuves que Jésus-Christ et les apôtres tirent de l'Écriture ne sont pas démonstratives ; car ils disent seulement que Moïse a dit qu'un prophète viendrait, mais ils ne prouvent pas par là que ce soit celui-là, , et c'était toute la question. Ces passages ne servent donc qu'à montrer qu'on n'est pas contraire à l'Écriture, et qu'il n'y paraît point de répugnance, mais non pas qu'il y ait accord. Or cela suffit, exclusion de répugnance, avec miracles.
Jésus-Chrtst dit que les Écritures témoignent de lui, mais il ne montre pas en quoi, * Même les prophéties ne pouvaient pas prouver
Jésus-Christ pendant sa vie. Et ainsi on n'eût pas été coupable de ne pas croire en lui avant sa mort, si les miracles n'eussent pas suffi sans la doctrine. Or ceux qui ne croyaient pas en lui encore vivant étaient pécheurs, comme il le dit lui-même, et sans excuse. Donc il fallait qu'ils eussent une démonstration à laquelle ils résistassent. Or ils n'avaient pas..., mais seulement les miracles ; donc ils suffisent, quand la doctrine n'est pas contraire , et on doit y croire.
f Jésus-Christ a vérifié qu'il était le Méssie, jamais en vérifiant sa doctrine sur l'Écriture et les prophéties, et toujours par ses miracles. Il prouve qu'il remet les péchés, par un miracle.
Nicodème reconnaît par ses miracles, que sa doctrine est de Dieu : Scimus quia a Deo venisti^ magister; nemo enim potest hœc signa facere quœ tu facis, nisi fuerit Deus mm eo. Il ne juge pas des miracles par la doctrine, mais de la doctrine par les miracles.
f II y a un devoir réciproque entre Dieu et les hommes... Quid debui? « Accusez-moi, » dit Dieu dans Isaïe. « Dieu doit accomplir ses promesses, » etc.
Les hommes doivent à Dieu de recevoir la religion qu'il leur envoie. Dieu doit aux hommes de ne les point induire en erreur. Or, ils seraient induits en erreur, si les faiseurs [de] miracles annonçaient une doctrine qui ne parût pas visiblement fausse aux lumières du sens commun, et si un plus grand faiseur de miracles n'avait déjà averti de ne les pas croire. Ainsi, s'il y avait division dans l'Église, et que les ariens, par exemple, qui se disaient fondés en l'Écriture comme les catholiques, eussent fait des.